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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 15:45



Né le 18 janvier 1689, Charles-Louis de Secondat du château de La Brède, futur baron de Montesquieu est l’un des plus éminent philosophe français des Lumières. Notamment connu pour  « De l’esprit des lois » (1748), œuvre colossale de trente tomes rédigée sur plus de vingt années, il sera ensuite reconnu comme étant le pionnier du libéralisme en politique. En 1717, trop poli pour ennuyer ses contemporains avec un traité aride, il cherche une façon plus plaisante de transmettre son aversion envers les travers de la société. S’en suit, en 1721, la publication à Amsterdam des Lettres Persanes, roman épistolaire qui, malgré le fait qu’il soit publié anonymement, ne trompera personne quand à l’identité de son auteur.

 

L’extrait suivant se compose des lettres XI et XII du roman. Il s’agit là d’un comte envoyé par Usbek à son ami Mirza. Il y fait mention d’un peuple, les troglodytes, qui après avoir connu les pires horreurs dues à leur manque d’humanité, pourront se sauver grâce à la vertu.

Aussi pouvons-nous nous demander pour quelle raison Montesquieu place-t-il un apologue dans son roman épistolaire.

 

Nous verrons dans un premier temps l’histoire de ce peuple, avant de porter notre attention sur l’utilisation de l’apologue.

 

I. L’histoire des troglodytes

 

1.1 Un peuple décadent  animé par la cupidité…

 

  • Les Troglodytes sauvages : Un régime politique plus qu’instable

 

- « ressemblaient plus à des bêtes qu’à des hommes », Montesquieu marque par une comparaison le fait que ce peuple n’est pas d’organisation sociale apparente. Il montre aussi l’aspect sauvage des troglodytes qui n’ont aucune valeur humaine. Cette comparaison entre la bestialité (ours, serpent) et l’humanité se poursuit ensuite avec « Ceux-ci n’étaient point si contrefaits […] ni de justice. Dans « principe d’équité et de justice », Montesquieu sous-entend équilibre et démocratie.

- « Ils avaient un roi d’une origine étrangère […] et exterminèrent toute la famille royale. » Montesquieu continu son récit en expliquant qu’une monarchie n’a pas put s’intégrer chez ce peuple. «…les traitaient sévèrement » nous rappelle le despotisme.

- « ils créèrent des magistrats […] ils les massacrèrent encore. » Montesquieu montre une seconde fois l’impossibilité de faire régner un gouvernement chez les troglodytes. Il semblerait que l’histoire de ce peuple colle avec celle des romains (roi étranger à Tarquin le Superbe (étrusque) ; magistrats à consuls de Rome).

- « libre de ce nouveau joug » Le joug en question étant celui qui se sont eux-mêmes imposer, on en conclut que les troglodytes ne peuvent supporter aucune contrainte, même celle qui ont une légitimité. La démocratie est alors impossible à « tous les particuliers convinrent qu’ils n’obéiraient plus à personne ».

- « Chacun veillerait uniquement à ses intérêts » Montesquieu met en avant l’anarchie.

L’absence d’équité, de solidarité et de cohésion engendre une impossibilité de placer un gouvernement à la tête des troglodytes ce qui les poussera à en partie disparaître.

- Champs lexical péjoratif : comparaison à des bêtes, « indigne de leur présence », « méchanceté naturel », « féroces », « méchants », « je ne me soucie point que tous les autres troglodytes soient misérables »… De plus, on remarque que pour les scènes sombres, Usbek ou plutôt Montesquieu emploie un style léger ce qui montre un peu plus l’aspect pitoyable des « sauvages ».

- Les troglodytes sont eux-mêmes divisés entre « les peuples des montagnes » et ceux « des plaines » pourtant, ils sont autant ignobles les uns avec les autres et la calamité les affecte tous.

 

1.2 …qui sera sauvé grâce à la vertu.

 

  • Les troglodytes vertueux : Naissance d’un régime politique stable

 

- «  Il y avait dans ce pays deux hommes bien singuliers » Montesquieu nous décrit ici deux troglodytes tout ce qu’il y a de plus humains. Contrairement au lexique péjoratif constater précédemment pour la description des « sauvages », ceux là ont de l’humanité, connaisse la justice, aiment la vertu, sont intègre, capable de compatir à la souffrance des autres, aiment le travail et leurs femmes… Il existe une union entre ces deux hommes (« une sollicitude commune », « un intérêt commun »). Ils semblent vivre en autarcie pour se protéger des autres pour qui ils ont de la compassion.

- « Ils aiment leurs femmes » s’oppose aux viols et aux enlèvements chez les mauvais troglodytes.

- « Ils eurent bientôt la consolation des pères vertueux qui est d’avoir des enfants qui leur ressemblent » ils cherchent à transmettre leur savoir et y arrivent grâce aux mariages et à la nouvelle génération (accroissement biblique de la population mis en relation avec « chéri des dieux ».

- Changement du comportement des troglodytes : « un peuple si juste devait être chéri des dieux », « ils instituèrent des fêtes », « ne régnait pas moins que la frugalité », « nature naïve », « donner le cœur et le recevoir », « pudeur virginale », « les tendres mères », « une union douce et fidèle », « de pareils souhaits étaient indignes des heureux troglodytes », « la santé de leurs pères, l’union de leurs frères… », « la cupidité était étrangère », « les troupeaux étaient toujours confondus » (confiance).

On note alors que la vertu à rendu les anciens troglodytes et leurs cortèges de vices à devenir des hommes pleins de bonté, de fraternité, d’égalité, de confiance, d’amour, de compassion sans pour autant être privé de liberté (absence de gouvernement mais naissance de religion avec la vertu). Montesquieu nous fait l’éloge d’une utopie basée sur « l’humanité » dans le bon sens du terme.

 

II. L’utilisation de l’apologue

 

2.1 Le comte dans un roman épistolaire

 

  • La place de l’apologue dans une lettre fictive

 

Lettres Persanes est un roman épistolaire. Montesquieu utilise ainsi une correspondance entre plusieurs persans pour dénoncer les travers de la société occidentale. Ainsi, comme pour toute lettre, on remarque un destinataire (Mirza), un lieu (D’Erzeron à Ispahan), une date (le 3 de la lune de Gemmadi 2, 1711). De plus, l’auteur utilise une nouvelle arme pour critiquer, il insère un apologue dans sa lettre, pratique déjà utilisée par les persans.

- En effet on passe d’un dialogue adressé à Mirza (premier paragraphe) au comte par « il y avait en Arabie », expression souvent trouvée au début d’histoires et d’apologues au même titre que « il était une fois ».

- Présence d’un imparfait de description et d’un vocabulaire assez basique. Celui-ci peut sans doute provenir du vœu de l’auteur de répandre sa réflexion au plus grand nombre.

- Rythme soutenu dû à l’emploi d’une forte ponctuation ce qui donne une fluidité au texte.

- Cet effet « historique » dû à « peut être ce morceau d’histoire te touchera plus qu’une philosophie subtile » donne un semblant d’objectivité à Usbek et donc à Montesquieu. De plus, toute la subtilité de la philosophie de l’auteur provient justement de l’utilisation de cette histoire.

- L’histoire des troglodytes se compose de plusieurs lettres. La première (11ème) fait mention des mauvais troglodytes. On remarque alors l’utilisation de questions rhétoriques comme « Qu’ai-je affaire d’aller me tuer à travailler pour des gens dont je ne me soucie point ?... » qui montrent toute la cupidité, la méchanceté et l’ignominie de ces personnages. L’auteur utilise toute sorte de procédés pour montrer la sauvagerie de ces personnes à ils sont alors noyés dans l’obscurantisme.

- Cependant, dans la lettre 12, deux troglodytes à l’écart du groupe cherchent à changer les travers de leurs confrères. Ceux-là nous font alors penser aux philosophes des Lumières qui sont « l’œil externe de la société » cherchant sans cesse à montrer les injustices et les défauts de celle-ci. De plus, ils sont comparés à « des pères vertueux » : la vertu signifiant le goût qu’ils peuvent avoir à faire les choses plus que correctement avec le sens du devoir accompli.

 

2.2 Le message de Montesquieu

 

  • La dimension politique de ce texte

- Montesquieu montre qu’il est nécessaire que les hommes soient liés pour que chacun trouve son compte.

- L’auteur fait l’apologie du libéralisme et de l’utopisme en montrant les biens faits d’une société sans gouvernement, mais basée sur la vertu (« pères vertueux » à philosophes à Montesquieu s’encens lui-même ainsi que le travail de ses amis et confrères philosophes des Lumières)

- Dimension déiste avec l’apparition de la religion qui prend d’elle-même une place importante chez les bons troglodytes. De plus, la religion peut être synonyme de valeurs morales chez Montesquieu, plus que de fanatisme.

- Opposition entre la cupidité, l’orgueil et l’intérêt particulier avec l’intérêt général, la fraternité, l’équité et l’entraide.

- Perpétuation des valeurs grâce à l’éducation.

 

Ainsi, l’utilisation de l’apologue ainsi que de nombreux autres procédés permet à Montesquieu d’exposer son vœu d’un bonheur individuel et durable. Celui-ci recherche en effet une société libertaire, égalitaire, où chacun vit en harmonie sans qu’il y est pour autant de gouvernement ou de monarque pour diriger le tout. Contrairement aux mauvais troglodytes, les bons sont uniquement animés par les valeurs morales et humaines que des philosophes leurs ont inculqués. Ainsi, l’auteur place le conte pour démontrer de manière légère que « les hommes sont nés pour être vertueux » et qu’avec cette vertu innée, on peut créer un société que l’on peut qualifier d’utopiste.

Montesquieu a dans d’autres ouvrages parlé de ses opinions politiques comme notamment dans De l’esprit des lois, qui n’est ni plus ni moins que l’œuvre de sa vie.

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