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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 15:59



Né le 18 janvier 1689, Charles-Louis de Secondat du château de La Brède, futur baron de Montesquieu est l’un des plus éminent philosophe français des Lumières. Notamment connu pour  « De l’esprit des lois » (1748), œuvre colossale de trente tomes rédigée sur plus de vingt années, il sera ensuite reconnu comme étant le pionnier du libéralisme en politique. En 1717, trop poli pour ennuyer ses contemporains avec un traité aride, il cherche une façon plus plaisante de transmettre son aversion envers les travers de la société. S’en suit, en 1721, la publication à Amsterdam des Lettres Persanes, roman épistolaire qui, malgré le fait qu’il soit publié anonymement, ne trompera personne quand à l’identité de son auteur.

 

Le texte suivant est extrait de la lettre XCVII du roman. Il s’agit là d’un courrier envoyé par Usbek au dervis Hassein. Il y décrit la raison humaine, science philosophique « féconde » et « pleine de miracle » qu’il oppose à l’obscurantisme de la religion orientale.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Montesquieu s’y prend t’il pour faire l’éloge de la pensée rationnelle.

 

Nous verrons dans un premier temps la critique du religieux, avant de porter notre attention sur l’éloge de la pensée scientifique.

 

I. La pensée religieuse critiquée...

 

  • Une satire des pesanteurs de la religion

 

On remarque que Montesquieu, qui jusqu’alors employé un style occidental, utilise pour cette lettre une écriture beaucoup plus persane.

 

- « Ô toi, sage dervis, dont l’esprit curieux brille de tant de connaissances », dès la première ligne du texte, l’auteur emploie un discours très grandiloquent. Dans « Ô toi », « ô » est une apostrophe, sorte d’invocation qui montre le respect qu’éprouve Usbek pour le dervis. Ce terme accentue la tradition religieuse persane. De plus, Usbek complimente le religieux musulman par des adjectifs comme « sage » et « curieux ». Celui-ci « brille de tant de connaissances » ce qui, mit en relation avec « jusqu’au trône lumineux » ainsi que « elles n’éblouissent point par un faux respect », est une sorte de champ lexical de la lumière employé par l’auteur pour dénoncer l’obscurantisme.

- «...n’ont point atteint jusqu’au faîte de la sagesse orientale : ». Par cette négation, Montesquieu introduit la différence entre la pensée occidentale et celle des orientaux. Les « : » marquent le début d’une description.

- Dans celle-ci, on note plusieurs références au divin comme notamment : « jusqu’au trône lumineux » à Dieu ; « Paroles ineffables dont les concerts des anges retentissent » à Scène divine ; « fureur divine » à Cataclysme pour les scientifiques, souhait de Dieu pour les croyants ; « saintes merveilles » à Splendeurs divines. De plus, on remarque dans ce § une très forte ponctuation ainsi qu’un parallélisme syntaxique avec « ils n’ont point » et « ils n’ont ni » ce qui donne un effet d’accentuation et d’énumération. Celui-ci s’achève avec la conjonction de coordination « mais », articulateur logique d’opposition. Il s’agit là pour l’auteur, d’opposer le religieux et les « saintes merveilles ».

- « Que les législateurs ordinaires [...] dans l’immensité des espaces » Dans ce 4ème § , Montesquieu critique avec véhémence l’obscurantisme religieux. En effet, « législateurs ordinaires » à prophètes ; « Ceux-ci ne nous parlent que... » à Accusation. L’auteur accuse les théologiens de masquer les questions que les peuples peuvent se poser par des lois. La véhémence de l’attaque se note ici par l’utilisation d’une exclamation.

- « Et que crois-tu, homme divin, que soient ces lois ? » Alors que Montesquieu fait prendre à Usbek position contre le dervis, on note que celui-ci le nomme « homme divin ». Dans le contexte, on pourrait penser que cette expression peut être ironique. Cependant, elle fait toutefois partie du style persan.

- « Tu t’imagines peut-être qu’entrant dans le conseil de l’Eternel tu vas être étonné par la sublimité des mystères » à Montesquieu devance le raisonnement du dervis par le biais d’une hypothèse introduite avec « peut être ». De plus, « le conseil de l’Eternel » est une marque du style asiatique où l’Eternel est Dieu.

- « Tu renonces par avance à comprendre, tu ne te proposes que d’admirer » à Prise de position.

- « Voilà, sublime dervis [...] à perte de vue » à L’appellation « sublime dervis » alors que Montesquieu s’en est explicitement pris aux idées religieuses du personnage.

- « La connaissance de cinq ou six [...] de nos saints prophètes ». Dans ce dernier §, Montesquieu résume sa critique de la religion. Cependant, « presque autant » et « nos saints prophètes » atténuent la sévérité des propos.

 

Ainsi nous avons pu voir que Montesquieu critique la religion en général en se masquant derrière la critique des rites musulmans. Mais quel est son point de vue sur la science. C’est ce que nous analyserons dans un second temps.

 

 

 II. ...qui s’oppose à l’éloge de la raison scientifique

 

- Dans le deuxième §, on note une opposition entre le religieux et la science. « Il y a ici des philosophes qui, à la vérité, n’ont point... » s’oppose à « ils suivent dans le silence les traces de la raison humaine » grâce à la conjonction de coordination « mais ». Montesquieu cherche ainsi à montrer qu’imperméable au religieux, les philosophes occidentaux n’en sont pas pour autant attacher à la « raison humaine » ou plutôt, à la science.

- « Tu ne saurais croire jusqu’où ce guide les a conduits ». « Ce guide » qualifie la raison humaine tandis que « tu ne saurais croire » sert à introduire l’éloge de la science.

- « Ils ont débrouillé le chaos » et « ont expliqué [...] l’ordre de l’architecture divine » sont deux expressions où l’on remarque la juxtaposition des termes « débrouillé », « expliqué » avec « chaos » et « architecture divine ». Les deux premiers termes marquent le rationnel, et les deux derniers sont mit pour le divin. Par ce fait, Montesquieu explique que ce que l’on attribut au ciel peut s’expliquer logiquement.

- « Mais tu changeras bientôt de pensée [...] et ce n’est qu’après bien des réflexions qu’on en a vu toute la fécondité et toute l’étendue ». Dans ce 6ème §, Montesquieu explique que la simplicité des trouvailles scientifiques n’en font pas des fausses découvertes.

- « La première est que tout corps tend à décrire [...] approche de la ligne droite ». Dans ce 7ème §, l’auteur décrit les théories de Descartes.

- Il qualifie ensuite celles-ci de « clef de la nature », et de « principes féconds, dont on tire des conséquences à perte de vue ».

- « La connaissance de cinq ou six [...] de nos saints prophètes ». Dans ce dernier §, Montesquieu résume sa critique de la religion et son éloge de la science.

 

Ainsi, par une lettre destinée à un dervis fictif, Montesquieu critique la religion tout en se voilant derrière l’origine et le langage de ses héros. L’auteur fait alors la satire de l’obscurantisme qu’il oppose à l’éloge de la science et de la philosophie.

D’autres auteurs ont prit position contre la religion comme notamment Diderot  et sa célèbre citation extraite de Addition aux Pensées philosophique : « Egaré dans la forêt immense pendant la nuit, je n’ai plus qu’une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit : Mon ami, souffle la chandelle pour mieux trouver ton chemin. Cet inconnu est un théologien. »

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