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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 19:42



Texte étudié :

Début du roman (Incipit : premières pages) et fin (Excipit : Dernières pages) en étude comparée.

Lecture Analytique :

« Les grands romans viennent du cœur. » Cette citation extraite de Mémoires intérieures présente d’elle-même l’investissement de son auteur, Mauriac, lors de la rédaction de ses romans. Notamment connu pour avoir reçu de nombreuses distinctions comme la légion d’honneur, le prix Nobel de littérature et pour être rentré à l’académie française en 1933, il a aussi et surtout écrit des œuvres comme Thérèse Desqueyroux, Le Sagouin, ou encore Le Nœud de Vipères.

Ce dernier est le réquisitoire d’un homme âgé et riche, Louis, contre la famille qu’il a toujours haïe. Il cherchera alors à se venger pour finir par pardonner. Ce roman à registre pathétique se caractérise par un incipit mordant, où les premières pages nous font entrevoir tout le mépris du narrateur pour ceux qu’il déteste. A contrario, l’excipit nous le présente tout autrement. Aussi peut-on se demander comme Mauriac introduit-il et achève la vie du héros de son œuvre.

Nous verrons dans un premier les différentes techniques narratives entre ces deux périodes avant de porter notre attention sur l’évolution des personnages.

 

I. Les différentes techniques narratives

 

  • Les techniques narratives dans l’incipit

 

- L’incipit se compose de 4 paragraphes : Les deux premiers constituent la lettre tandis que dans les deux autres, le narrateur s’exprime sur son histoire.

- Le roman débute par « Tu seras étonnée de découvrir cette lettre dans mon coffre, sur un paquet de titres ». « Tu », premier mot nous donne l’impression d’être les destinataires de ce qui suit. « Etonnée », verbe féminin, nous apprend que le récepteur du message est une femme. Ligne 3 : « Il eût mieux valu peut-être la confier au notaire qui te l’aurait remise après ma mort » montre que la destinatrice est une femme de l’entourage proche du narrateur tandis que « le premier que les enfants forceront avant que j’aie commencé d’être froid » nous indique clairement qu’il s’agit de la femme du narrateur. Ainsi on apprend peu à peu à connaître les personnages par le biais de quelques indices laissés par l’auteur.

- Parole rapportée : « les titres y sont. » (13) Le narrateur sait à l’avance ce qui va se dire, il a tout calculé.

- « Il s’en est fallu de peu qu’ils n’y fussent pas et j’avais bien pris mes mesures » à poursuite de l’impression d’être en présence d’un héros calculateur : cette première scène se déroule après une première rencontre avec Robert : Le héros sait qu’il ne donnera pas tout à son fils illégitime.

- Nouvelles paroles rapportées : « Où sont les titres ? » à Le narrateur met en évidence l’hypothèse des propos tenus par ses enfants après sa mort.

- Temps verbal : Présent de narration

- Forte ponctuation et articulateurs logiques « Et voici qu’aujourd’hui du moins... » (19), Mais c’est que... » (5) : Mauriac articule la pensée de son narrateur, conférant plus d’impact à ses propos, impact qui se retrouve par des figures de rhétoriques comme « ...durant presque un demi-siècle, cuisinée » (9) : réification comparant la haine à un plat, « ...qui n’eût rien contenu d’autre que cette vengeance » à réification comparant la vengeance à un objet, une lettre.

- Rythme ternaire à le narrateur explique ses ressentis (registre explicatif).

 

  • Les techniques narratives dans l’excipit

 

- L’excipit débute par « Depuis un mois qu’elle a fui la maison de santé et que je l’ai recueillie, Janine n’est pas guérie encore ». Mauriac commence se dernier chapitre en plaçant Janine dans les propos du narrateur, celui-ci continuera jusqu’à sa mort à parler de sa petite fille.

- Mauriac poursuit par une description de la cour : « les carcasses des charmilles », « les bosquets maigres grelottent sous la pluie éternelle », « l’humidité pénétrante « , toutes ces personnifications accentuent sur l’aspect larmoyant du temps qui se joint aux larmes de Janine :  « et de même [...] ne lui veulent aucun mal ».

- Louis rapporte les propos de Janine au sujet de Phili « Vous ne pouvez pas [...] Vous ne pouvez pas savoir quel être » et à ce « réquisitoire ou » ce « dithyrambe », il rapporte les propos de l’intéressé, le comparant à une « espèce de chiens ».

- Important champ lexical de la pitié avec « malheureuse », « pitié », « pluie » , « l’alcool à tout le reste », « quelle misère », « ce qui fait mal à mon cœur », « consolation »...

- « Elle aurait dit d’une même voix qu’elle payait ses contributions » : Mise en évidence de l’intonation hypocrite de la voix de Janine lorsqu’elle parle de la religion.

- Dans cette fin, il y a beaucoup plus de points de suspenssions.

- Mort du personnage principal, narrateur, qui s’achève d’écrire sur « ador ». Seul « ce qui m’étouffe », « ce qui fait mal à mon cœur comme s’il allait se rompre, cet amour... » laisse à présager la fin de Louis ; celui-ci croit souffrir de l’amour, mais son mal est plus physique.

- Les points suivant « ador » montre l’intervention de Mauriac, Louis ‘aurait pu écrire « ... » s’il était réellement mort sur ce mot.

 

 

II. L’évolution des personnages

 

  • Les personnages au début de l’histoire

 

- Isa : Dès la première page on note que la femme du narrateur semble davantage préoccupée par l’héritage légué par son époux aux enfants, que par la mort de ce dernier : « Rassure toi, tu es d’ailleurs déjà rassurée : les titres y sont » (13). C’est à elle que Louis destine sa lettre.

- Louis : Narrateur de l’histoire, il est ivre de haine et de vengeance à l’égard de sa femme et ses enfants. « Haine » et « vengeance » sont deux termes qui reviennent très fréquemment dans ce début de texte. Calculateur (« Oui, j’ai été un homme capable de tels calculs ») il semble vouloir se porter en victime, se trouvant quelques excuses à son comportement (« Rendez-moi justice que j’ai offert à Geneviève de lui céder la place »).

Dans le troisième paragraphe, on en apprend plus sur la famille de louis, sans encore savoir son identité. L’incipit s’achève sur « Ils se détestent et ne peuvent se fuir au fond de ces maisons » : cette phrase caractérise aussi la famille de Louis.

- Les enfants sont qualifiés par « les premiers que les enfants forceront avant que j’aie commencé d’être froid » (5)

 

 

  • Les personnages à la fin de l’histoire

 

- A la fin de l’histoire, Louis a recueillie Janine, sa petite fille. On note alors un fort champ lexical de la pitié qui supplante la haine ressentie dans l’incipit. Il ne semble plus haïr, on peut donc s’imaginer que sa haine est partie avec sa femme.

- « cette caricature grossière, cette charge médiocre de la vie chrétienne » à il est toujours anticlérical.

- « qui me rappelait Marie » et Luc que je croyais embrasser » montre que s’il recueille sa petite fille, c’est aussi pour être en contact avec  la fille de celle-ci, qui lui rappel les deux enfants qu’il aima réellement.

- « Vous vous moquez de moi », bien qu’elle soit aux côtés de son grand-père, Janine reste méfiante, distante.

- « Comme ce papillon blanc commun ressemble à tous les papillons blancs » : Critique, Louis témoigne que pour lui, Janine n’a jamais été et ne sera pas la seule à éprouver ces sentiments. Il est très critique sur elle : « Cette femme aux traits réguliers [...] est marquée du signe de celles qui n’arrêtent pas un regard ».

- Il compare Phili à « une espèce de chiens ».

- Sa famille se méfie « Les autres s’imaginent [...] des interminables journées de Calèse ».

- Lui ne leur voue aucune colère : « recommencer indéfiniment de persuader à la petite que ses parents, son frère, son oncle, ne lui veulent aucun mal ». 

 

Ainsi, en comparant le début et la fin du roman de Mauriac, on note que la haine ressentie par Louis contre sa famille s’est dissipée avec la mort de sa femme, Isa. Le début est argumentatif, la fin est pathétique. Les personnages évoluent tout comme les techniques narratives qui, à la fin du roman, accentues sur la pitié plutôt que sur la haine.

Louis semble être l’emblème d’une certaine hypocrisie voué pour sa famille, au même titre que le père Goriot de Balzac représenté l’amour paternel, sans limite.

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