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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 19:51



« Les grands romans viennent du cœur. » Cette citation extraite de Mémoires intérieures présente d’elle-même l’investissement de son auteur, Mauriac, lors de la rédaction de ses romans. Notamment connu pour avoir reçu de nombreuses distinctions comme la légion d’honneur, le prix Nobel de littérature et pour être entré à l’académie française en 1933, il a aussi et surtout écrit des œuvres comme Thérèse Desqueyroux, Le Sagouin, ou encore Le Nœud de Vipères.

Ce dernier est le réquisitoire d’un homme âgé et riche, Louis, contre la famille qu’il a toujours haïe. Il cherchera alors à se venger, pour finir par pardonner. Dans ce texte extrait du début du troisième chapitre, Mauriac nous présente en détail les relations que Louis tient avec ses proches. Aussi peut-on se demander quel portrait familial l’auteur brosse-t-il ?

Nous verrons dans un premier temps la vision de Louis sur sa famille, avant de porter notre attention sur la personnalité du héros-narrateur.

 

I. La vision du narrateur sur son entourage

 

Ce texte est un véritable réquisitoire du narrateur contre sa famille.

- Il commence par « je me suis arrêté d’écrire [...] et que j’entendais parler au-dessous de moi ». « au-dessous de moi » laisse à penser que Louis se tient à l’étage de Calèse tandis que l’ensemble de sa famille se trouve au rez-de-chaussée. Il est ainsi en dehors des conversations familiales, en dehors de sa famille. Or, lorsque le narrateur interne entends sa famille parler, il est troublé : « Vous parliez à voix basse et c’est cela qui me trouble ». On note que pour accentuer le ressenti de son héros, l’auteur juxtapose une affirmation, « non que vous fissiez beaucoup de bruit » avec « Au contraire : vous parliez à voix basse et c’est cela qui me trouble ». Au contraire est un articulateur logique utilisé ici pour articuler la pensée du narrateur et pour accentuer sur ces impressions. Les deux-points suivants marque l’appuie sur ce qui suit, c'est-à-dire le trouble de Louis, lui-même accentué par « c’est cela qui me ». Ainsi, on sait dès les premières lignes que Louis est écarté de la vie familiale.

- En effet, selon le héros, sa famille se méfie de lui, ils semblent avoir peur de lui : « Mais maintenant, vous vous méfiez, vous chuchotez ». « Mais maintenant montre que ce malaise est présent depuis déjà un certain temps tandis que mis en relation avec « Autrefois » (4), on sait que ce genre de conversations existe depuis assez longtemps.

- Alors que l’on avait déjà pu lire « c’est cela qui me » qui accentué sur le trouble du narrateur, on remarque une structure identique avec « c’est vous qui baissez la voix et qui ne voulez pas que je surprenne vos paroles ». L’idée d’un complot est ainsi répétée plusieurs fois accentué, sans pour autant être explicitement dit.

- Il décrit ensuite sa famille, ou plutôt les hommes, surement plus apte à corroborer son idée d’une famille riche voulant toujours plus de richesses : « Et ils sont tous là, autour de toi, la langue tirée [...] ce garçon qui donne du vingt pour cent ! » (11-15) Louis est méprisant comme l’indique l’utilisation de « et » suivit de « la langue tirée », périphrase  consistant à désigner l’avarice des enfants. Ceux-là font penser à des requins tournant autour d’une proie qui pourrait être ici Louis et son héritage. « autour de toi » montre que Louis semble certain que sa femme Isa soit la meneuse du complot contre sa personne.

-« le gendre qui est dans les rhums » à métonymie indiquant expressément qu’il a une condition assez élevé. « le petit-gendre qui ne fait rien » caractérise Phili, qui pour Louis semble être un parasite. « ...notre fils Hubert, l’agent de change [...] qui donne pourtant du vingt pour cent ! » Donner du 20% pour un agent de change signifie qu’il est déjà très riche, « pourtant »  et l’exclamation accentue sur l’incompréhension et la colère du narrateur : comme un fils aussi riche qui n’est surement pas dans le besoin peut-il tourner autour d’un héritage.

- « Ce serait si simple de couper des pins... » vas-tu me souffler ce soir » Pour Louis, Isa a monté ses enfants contre lui, mais il ne s’arrête pas là ! Il semble aussi penser qu’Isa cherche à le manipuler, lui demandant une part de ses richesses ou des sacrifices (les pins) pour subvenir aux besoins de ceux qu’il hait.

 

II. La personnalité de Louis

 

- L’extrait commence par « je me suis arrêté d’écrire » tandis qu’il rapporte et décrit la scène par le biais d’un imparfait de description : « non que vous fissiez », « vous vous méfiez »... Ainsi Mauriac fait reprendre l’écriture du cahier après que le narrateur est assisté à la scène qu’il rédige ensuite.

- Je me suis interrompu d’écrire parce que la lumière baissait » par cette phrase, Louis semble vouloir légitimer le fait qu’il épie, par un prétexte qui peut sembler fallacieux.

 - Cependant, il poursuit avec « j’entendais parler au-dessous de moi » qui peut laisser penser que le narrateur  est  paranoïaque : Pour lui, le moindre chuchotement le concerne.

- « vous parliez à voix basse et c’est cela qui me trouble » on remarque que dans cette phrase, la première partie est à l’imparfait de description tandis que le verbe suivant, « trouble », est au présent d’énonciation, voire de vérité général. Louis analyse lorsqu’il écrit ce qui s’était passé.

- « C’est vous qui baissez la voix et qui ne voulez pas que je surprenne vos paroles » La paranoïa fait son effet, il commence par énoncé ses pressentiments.

- Il écarte les différentes hypothèses : « j’entends le grondement du train sur le viaduc » pour lui, la réponse d’Isa (« que je devenais dur d’oreille ») n’est pas valable et est une ruse pour lui faire croire que elle est le reste de la famille ne parlent pas derrière son dos.

- Interrogations rhétoriques : « Que me cachez-vous ? Les affaires ne vont pas ? » Méfiant, il cherche et écarte les différentes hypothèses.

- Présence d’un lexique familier traduisant la colère ou le mépris du narrateur : « dur d’oreille », « je ne lâcherai pas le morceau », « langue tirée ».

- Paroles rapportées pour montrer qu’il calcul ce qu’il se passe autour de lui, il sait à l’avance ce qu’on va lui reprocher : « tu me rappelleras », «  tu vas me demander », « vas-tu me souffler »...

- Ce texte est une argumentation rigoureuse, Mauriac donne ainsi à son personnage principale les caractéristiques d’un bon avocat et une démarche analytique propre à ses propos.

- « Je suis privé de mes petits-enfants... » Discours indirect libre montrant par les « ... » le désespoir du narrateur de ne pouvoir voir ses petits-enfants du fait qu’il hait ses enfants. Pour lui, ils ont besoin de pins.

- « C’est de cela qu’il est question entre vous et dont vous parlez à voix basse » après avoir écarté toute hypothèse, Louis fini par se persuader que sa famille complote pour avoir ses richesses.

Ainsi Mauriac nous présente un contexte familial plus qu’imparfait par le biais d’un héros-narrateur méprisant, rancunier, coléreux, paranoïaque... Celui-ci fait véritablement un réquisitoire de ses proches dans ce texte qui tourne autour des hypothèses de la venue de ses enfants et petits-enfants.

Le personnage de Louis est aux antipodes de celui du Père Goriot de Balzac dans son œuvre éponyme. Ce dernier représentant l’amour paternel le plus extrême.

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