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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:48

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Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du second axe, le « grand seigneur méchant homme » est sauvé de la noyade par un paysan, alors qu’il voulait conquérir la femme d’un autre. Fidèle à lui-même, Dom Juan séduit la promise de son hôte, témoignant ainsi de son libertinage de mœurs. Caricature des rencontres amoureuses ou accentuation  sur la personnalité du héros, cette scène n’en reste pas moins comique.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend t-il pour présenter son héros face à une femme d’un rang social inférieur.

Nous verrons dans un premier temps les stratégies de séduction de Dom Juan, puis l’attitude naïve de Charlotte avant de porter notre attention sur le comique de la scène.

 

I. Les stratégies de « l’épouseur à toute main »

 

Dom Juan débute son approche de manière très sûr de lui. En effet, on note l’utilisation de « Ah ! » interjection ayant pour but d’alerter et d’attirer l’attention sur lui et sur ce qu’il va dire ; c’est une façon d’accentuer ses propos qui sont : « ...la belle personne, et que ses yeux sont pénétrants ! ». Aussi, à peine Charlotte eut-elle l’occasion de répondre une phrase qu’il poursuit son discours par une tirade assez longue ponctuée de point virgule, pour articuler ses propos, de points d’interrogations pour mêler Sganarelle à la conversation même si celui-ci ne prend pas la parole, et de points d’exclamations pour imposer ses idées. « Ah ! » au début de la seconde réplique du héros met en évidence son intelligence et sa répartie : il utilise l’attitude honteuse que Charlotte témoigne comme arme dans son argumentation. De plus, on note un parallélisme syntaxique. « Ah ! » est en effet employé six fois dans ces deux répliques et est à chaque fois utilisé pour une nouvelle idée proche chacune des autres. Comme énoncé, on remarque que Dom Juan prend appuie sur ce que dit Charlotte pour sa démarche séductrice. En effet, celle-ci dit : « vous me rendez toute honteuse », réplique utilisée par le héros dans « n’ayez point de honte d’entendre dire vos vérités ». De plus, celui-ci semble la prendre pour un objet, lui commandant des gestes pour vanter ses mérites : « Tournez-vous », « haussez un eu », « ouvrez vos yeux », « que je vois un peu vos dents, je vous prie »... On note l’utilisation d’une hyperbole, « je n’ai jamais vu une si charmante personne », expression usitée pour rendre « unique » Charlotte et donc la sortir du « lot ». Un champ lexical de la beauté est aussi apparent avec « la belle personne », « de plus agréable », « cette taille est jolie », « ce visage est mignon », « qu’ils sont beaux », « qu’elles sont amoureuses, et ces lèvres appétissantes », « charmante personne », « votre beauté », « elles sont les plus belles du monde »... En outre, Dom Juan utilise dans sa seconde réplique, c'est-à-dire celle où il décrit le physique de Charlotte, une construction syntaxique équivalente avec « ce que... » expression qui accentue les compliments, eux-mêmes intensifiés par des formules comme « les plus belles du monde » etc.

Dom Juan propose sans sourciller le mariage à Charlotte, lui proposant une condition sociale plus élevée, « une meilleur fortune », et utilisant le « Ciel » comme argument de valeur : « le Ciel, qui le connaît bien, m’a conduit ici ». On note que ses tirades sont très largement supérieurs en taille que celles de la jeune femme qui n’a pas le temps (ni l’esprit ?) pour se sortir du piège qui lui est dressé. Dom Juan vouvoie la paysanne, lui témoignant de se fait beaucoup de respect, et mettant son rang noble au même pied d’égalité que le sien.

Ainsi Dom Juan utilise tout les artifices au service de la séduction. Mais qu’en est-il de l’attitude de Charlotte ?

 

II. Charlotte : une paysanne naïve

 

Comme vu précédemment, on remarque que les tirades de Charlottes sont bien moins longues que celles du noble. On a l’impression qu’elle aime entendre ce genre de compliments de la part d’un homme de cette classe, si bien qu’elle ne cherche pas l’affrontement ou le retrait, mais plutôt, elle semble donner à Dom Juan des points à développer comme notamment « Monsieur, elles sont noires comme je ne sais quoi », réplique immédiatement reprise par le libertin avec « elles sont les plus belles du monde ».

Elle témoigne un profond respect pour Dom Juan, le vouvoyant constamment et l’appelant « Monsieur » à chacune de ses répliques. Lorsque le héros lui demande « vous n’êtes pas mariée, sans doute ? », elle répond avec une sorte de naïveté « mais je dois bientôt l’être avec Piarrot, le fils de la voisine Simonette ». Le « mais », articulateur logique d’opposition montre qu’elle résiste un minimum, se méfiant peut être du noble, tout en restant accessible.

Lorsque Dom Juan lui demande de se tourner etc., elle le fait sans rechigner, témoignant d’une servitude à l’égard du héros.

« ...les laver avec du son », le son étant le déchet de la mouture du blé, cette pratique paysanne n’est sans doute pas utilisé par le libertin, et sans doute Molière accentue t-il sur la naïveté de la femme. De plus, lorsqu’il lui parle de mariage et cherche à stopper celui engagé avec Piarrot, elle ne le coupe pas et le laisse exposer ses arguments. 

Paysanne, Charlotte est ainsi une femme faible, naïve, peu instruite et facilement malléable.

 

III. Le comique au service du moraliste

 

Le comique de situation de cette scène ce manifeste par la différence entre les deux personnages : Dom Juan, aristocrate libertin et cultivé et Charlotte, jeune paysanne naïve. Ce contraste de comportements et de tempéraments rend la scène amusante. De plus, il y a trois personnages mais seulement deux s’expriment, voire un puisque Dom Juan à très largement le monopole de la parole. Celui-ci invite Sganarelle à donner son avis mais avant même que celui-ci est eût ne serait-ce que le temps de répondre, Dom Juan part déjà sur une autre idée.

L’ironie à destination des spectateurs dans « le Ciel, qui le connaît bien, m’a conduit ici » amuse puisque l’on est au fait du mensonge et cette proximité entre le héros et le spectateur pour à sourire. Le comique de geste s’opère avec la scène où Dom Juan demande à Charlotte certaines positions pour pouvoir la complimenter, allant de faire d’elle une sorte de jouer ou d’animal auquel on demande de lever une patte pour une récompense. Le grand comique est néanmoins dû au fait que le héros s’est fait sauver de la noyade par Piarrot et pourtant il n’éprouve aucune gêne à chercher à épouser sa fiancée.

Toutes ces marques du comique peuvent être utilisées par Molière pour dénoncer ou pour parodier les rencontres amoureuses.

 

Ainsi Molière joue sur le contraste entre noblesse et paysannerie, nous montrant un Dom Juan toujours très sûr de lui et maîtrisant parfaitement la conversation, et une paysanne, Charlotte, naïve qui se laisse faire... Cette opposition de personnage et cette situation fait de cette scène une parodie voire une caricature des rencontres amoureuses.

D’autres ont joué sur les duos comiques avec des personnages au profil différent, notamment au cinéma avec Le grand blond avec une chaussure noire... En littérature, on note le couple de San-Antonio et Bérurier.

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commentaires

La fouine 18/05/2011 19:31


Super commentaire. J ai eu une super note.
Mais dans la conclusion il fallait dire que dom Juan s adresse pas qu a charlotte mais veut défier pierrot.


Md 20/04/2011 09:58


Très bon Commentaire !! =D

Merci beaucoup !! xD


tom 29/11/2010 20:43


je suis tout à fait d'accord avec cette analyse, néanmoins, "Le grand BLOND avec une chaussure noire" ^^


Ginnungagap 04/12/2010 11:42



Arf oups, désolé !^^'