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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:07

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Né à Paris en 1622, Jean-Baptiste Poquelin, fils du tapissier du roi Jean Poquelin, devait hériter de la charge de son père. Mais il choisira une vie différente, se faisant comédien, fondant avec l’actrice Madeleine Béjart la troupe de l’Illustre Théâtre et prenant pour pseudonyme Molière.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe et en s’inspirant du héros espagnol de Tirso de Molina (1620), il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Il s’agit de l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la pièce, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Le terme libertin trouve son étymologie dans le mot latin « libertinus » signifiant « esclave affranchi ». Au XVII° siècle, le libertin est le libre penseur qui s’affranchi de la morale religieuse tandis que le libertin des mœurs est celui qui s’adonne à la luxure tout en conservant un raffinement cultivé.

Aussi pouvons-nous nous demander quelles sont les différentes faces de la personnalité de Dom Juan.

Nous verrons dans un premier temps l’aristocratie que ce héros représente, puis le libertinage dont il fait preuve avant de porter notre attention sur le blasphémateur.

 

Dom Juan est un noble ; il incarne donc l’aristocratie. Ce rang social se manifeste d’abord par « Dom »,  particule que les nobles espagnoles ont devant leur nom. De plus, il rémunère un valet, Sganarelle, qui semble lui être entièrement dévoué et possède une suite. Dans la première scène de l’acte I, nous pouvons remarquer une réplique de Gusman, écuyer de Done Elvire : « Un homme de sa qualité ferait une action si lâche ? » Ici, « sa qualité » représente la noblesse à laquelle Dom Juan appartient. De plus Done Elvire, elle-même sœur de Dom Carlos et Dom Alonse, est une noble mariée et délaissée par Dom Juan. Elle part à la recherche de son mari qui n’est autre qu’un « épouseur à toutes mains », n’ayant aucun remord à se marier pour ensuite quitter.

Cependant et malgré les libertés que le héros prend avec les mœurs, il semble respecter certaines valeurs propre à l’aristocratie comme notamment le code de l’honneur. A la fin de la seconde scène de l’acte III, il s’exclame « Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté ». Ainsi l’homme dont l’action était qualifiée de lâche par Gusman se transforme en pourfendeur de la lâcheté, allant « se présenter à un péril qui ne le cherche pas » comme l’explique Sganarelle à la scène 3 de l’acte III. La personne sauvée n’est autre que Dom Carlos, frère de Done Elvire, envoyé pour tuer Dom Juan. Cependant, ce même code de l’honneur va sauver ce dernier.

Lorsque Dom Juan est à la campagne (acte II), la distinction entre aristocratie et paysannerie est accentuée par le langage de Charlotte et Pierrot ainsi que par le dialogue entre ce dernier et notre héros. En effet dans la scène 3 de l’acte II, Pierrot est irrité par le fait que Dom Juan cherche à lui prendre sa fiancée mais lui parle de manière respectueuse avec notamment « Tout doucement, Monsieur, tenez-vous s’il vous plaît » tandis que le noble repousse rudement l’intervenant en le raillant : « Qui m’amène cet impertinent ? ». Ainsi Dom Juan semble croire posséder toutes les personnes qu’il rencontre.

Ce sentiment se retrouve avec le comportement qu’il a avec son valet, allant lui demander à la fin de l’acte II de risquer sa vie à sa place. Même impression avec le dialogue entre Dom Juan et M. Dimanche qu’il renvoie de manière hypocrite.

En outre son père, Dom Louis, représente lui aussi l’entourage aristocrate de Dom Juan, allant lui rappeler les bonnes manières bien que celui-ci ne soit pas justement écouté.

 

Ainsi, Dom Juan est un aristocrate dont le comportement et l’entourage trahi sa position sociale. Cependant, il prend certaines libertés avec les mœurs. C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

Dom Juan est un libertin. Dès la première scène de la pièce, voire même dès la première réplique, on apprend qu’il est « un épouseur à toutes mains », se mariant puis quittant sans le moindre remord. En effet, il sort Done Elvire d’un couvent pour l’épouser et la fuie si tôt fait. De plus, on remarque dans l’acte II, qu’il n’hésite pas à séduire la fiancée de celui qui la sauvé de la noyade et ce, devant son  nez. Il s’agit là d’une ingratitude. De plus, alors qu’il quitte Done Elvire pour briser un mariage, il arrive cependant à abuser deux sœurs à force de langage (scène 4 acte II).

Hormis cela, il prend d’énormes libertés avec les mœurs comme notamment le fait de railler sa victime, le commandeur, en l’invitant à diner. En outre, la deuxième scène de l’Acte III nous le montre en train de corrompre un pauvre pour que celui-ci blasphème, chose qu’il ne fera pas. Ainsi, il ne respecte pas la charité.

Il n’honore pas sa parole comme nous le montre son attitude face à Elvire, M. Dimanche, et à la fin de la pièce, il se joue d’hypocrisie avec tous les protagonistes. Son propre père, qui appartient tout de même à sa famille, est abusé par son fils.

 

Ainsi, Dom Juan est un libertin qui se joue des codes sociaux. Mais pas seulement ! Il pousse le vice jusqu’au blasphème, cette même impiété qui value à la pièce d’être suspendue dans les théâtres et qui fera l’objet d’un nouvel axe d’étude.

 

Le libertinage dont fait preuve Dom Juan se retranscrit aussi en blasphème. En effet, on remarque son irrespect pour les sacrements comme les mariages ou les enterrements. Il se moque de l’ermite, l’accusant de prier inutilement et le poussant à outrager Dieu pour un Louis d’or. De plus, il achève la seconde scène de l’acte III par « pour l’amour de l’humanité », expression détourné de celle initiale qui est : « pour l’amour de Dieu ». De plus, Dom Juan fait un éloge hypocrite de la religion dans les trois premières scènes de l’acte V affirmant de manière ironique (scène 4 acte V) «  si le ciel me donne un avis, il faut qu’il parle un peu plus clairement, s’il veut que je l’entende ». Cette réplique est suivie d’une apparition d’un spectre, messager du Ciel. Mais Dom Juan le frappe de son épée. S’e suit l’arrivée de la statue, qui achèvera la pièce par une punition divine (scène 6 acte V).

 

Ainsi Dom Juan est un personnage ambivalent. Son rend social se manifeste par son comportement et par ses proches qui adoptent des valeurs parfois inverses et condamnent son libertinage. Mais il reste tel quel, se riant du Ciel qui aura cependant le dernier mot.

Eric-Emmanuel Schmitt donnera au personnage de Dom Juan une personnalité différente, en  le faisant souffrir de ne pas aimer.

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