Le roman et ses personnages



Texte étudié :

De "Ah ! Madame, lui dit M. de Nemours, quel fantôme de devoir opposez-vous..." à "...vous ont donné assez d'espérance pour ne pas vous rebuter".

Lecture Analytique :

Aujourd’hui considéré comme le premier roman d’analyse moderne de la littérature française, Madame de Clèves fut écrit par Marie-Madeleine de La Fayette et publié anonymement en 1678.


L’action se déroule à la cour du roi Henri II. Mlle de Chartres a 16 ans lorsqu’elle rencontre M. Clèves, qu’elle épouse. Mais bien qu’elle estime son mari, elle va tomber amoureuse du duc de Nemours, un coureur de jupon. Par respect, elle livre ses ressentis à M. de Clèves qui en meurt de jalousie et de chagrin.


Dans ce texte extrait du 4ème livre du roman, Madame de Clèves consent à rencontrer M de Nemours pour une première et dernière conversation. Aussi pouvons-nous nous demander comment Madame de la Fayette peint-elle cette première rencontre entre les deux personnages.

Nous verrons dans un premier temps le discours de M. de Nemours avant de porter notre attention sur celui de Mme de Clèves pour finir sur une brève étude de l’argumentation vu par l’auteur.

 

I. Monsieur de Nemours, un séducteur à la recherche du bonheur

 

M. de Nemours est un coureur de jupon, à la psychologie proche de celle d’un Dom Juan. Dans ces propos, il ne semble pas comprendre le discours de Mme de Clèves :

- A la première ligne, « Ah ! [...] quel fantôme de devoir opposez-vous à mon bonheur ? » accentuée par « Quoi ! [...] une pensée vaine et sans fondement vous empêchera de rendre heureux un homme que vous ne haïssez pas ? » sont deux phrases montrant l’incapacité du personnage à comprendre les décisions de Mme de Clèves. Celle-ci s’impose une « barrière » que M. de Nemours qualifie de « pensée vaine et sans fondement », de « fantôme de devoir » en somme d’un mur d’illusion faussement légitime. On note la présence de deux interjections « Ah ! » et « Quoi ! » marquant tout deux une accentuation sur la consternation du protagoniste. De plus, « opposez-vous » et « empêchera » marque l’idée d’un obstacle. Le fait qu’il s’agisse de deux interrogations montre qu’il argumente et cherche à changer l’avis de la princesse.

- « bonheur », « heureux », « félicité » è M. de Nemours recherche le bonheur (CL).

- Dans son discours, M. de Nemours semble vouloir séduire. En effet, nous pouvons noter qu’il mesure ses propos comme dans « un homme que vous ne haïssez pas ». Cette litote montre qu’il parle de l’amour que la femme lui témoigne, sans le nommer clairement. A l’inverse, il désigne ses ressentis plus explicitement « m’aurait conduit à aimer la plus estimable ».

- Des lignes 3 à 6, il utilise dans son discours le conditionnel, futur hypothétique ayant pour but de montrer ce qui se passerait si la princesse ne s’y opposait pas. De plus, ce temps est joint à un déluge d’hyperbole : « passer ma vie avec vous », « la plus estimable personne », « tout ce qui peut faire une adorable maîtresse », « tout ce qui peut être à désirer dans une femme », « la seule personne en qui ces chose se soient jamais trouvées au degré qu’elles sont en vous », « on ne trouve que des sujets d’admiration »... M. de Nemours flatte et séduit.  On observe d’ailleurs une gradation due aux points-virgules ; les flatteries se suivent pour plus d’impacte chez la femme. Cette longue réplique s’achève sur un point d’interrogation, Monsieur de Nemours veut lui faire entrevoir une vie d’amour parfait.

- « Tous ceux qui [...] mais en vous, madame, rien n’est à craindre, et on ne trouve que des sujets d’admiration » Par cette répartie, il cherche à rendre elle et leur unions différentes de celle existantes. Il la fait être unique et montre qu’il n’a pas peur de l’avenir, main tendue vers la princesse qui se sent responsable de la mort de son mari.  

- « N’aurai-je envisagé, dis-je, une si grande félicité que pour vous y voir apporter vous-même des obstacles ? » La thèse du séducteur est répétée après la description d’un bonheur qui lui est ravi.

- Après cette répétition, il se place en victime avec « vous vous êtes trompée et je me suis flatté » cherchant ainsi à avoir une oreille plus attentive et une réponse concrète à ses questions. Il poursuit ainsi (« une si cruelle raison », « après ce que vous venez de me dire ») jusqu’au discours de Madame de Clèves.

 

Ainsi nous avons pu voir un M. de Nemours sûr de lui, séducteur qui cherche à faire changer d’avis Mme de Clèves pour vivre avec elle. Mais quand est-il de la réponse de la veuve ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

II. Mme de Clèves, amoureuse mais intègre.

 

Alors que M. de Nemours cherche à séduire et à convaincre la princesse de s’abandonner au bonheur et alors qu’il se place en victime avec « Ah ! Madame ! [...] Vous vous êtes trompée et je me suis flatté », la protagoniste répond « elle qui me fait envisager des malheurs à m’attacher à vous ». Elle est fidèle à ses principes et craint des malheurs si elle succombe à sa passion.

- De plus, on apprend ensuite que cette rencontre l’attriste : « j’ai même beaucoup de peine à vous l’apprendre ».

- « je veux vous parler encore, avec la même sincérité que j’ai déjà commencé [...] mais je vous conjure de m’écouter sans m’interrompre » à elle semble à la fois intègre et fragile dans sa volonté. En effet, on sent qu’elle veut en finir au plus vite, exprimer ce qu’elle ressent pour mieux faire son deuil mais le fait qu’on l’interrompt pourrait lui faire changer d’avis.

- 7ème § : on y apprend que si Mme de Clèves refuse de se donner à M. de Nemours, c’est qu’elle a peur de n’être aimé qu’un temps de celui-ci avant d’être délaisser. Elle lui fait donc part de son appréhension « la certitude de ne plus être aimé de vous [...] horrible malheur ». Elle craint qu’il perde sa passion et l’abandonne comme elle a fait avec M. de Clèves.

 

Ainsi nous avons pu voir qu’intègre, Madame de Clèves honore la pensée de son mari et se refuse avec droiture à cet amour qu’elle craint de n’être que passager. Nous allons donc nous attacher à étudier la structure du texte.

 

III. Un discours argumentatif

 

- Respect mutuel «  vous », « madame »... à formalités

- Présent d’énonciation (rendre le texte vivant) et conditionnel (futur hypothétique)

- ponctuation importante & articulateurs logiques à articulation de la pensée, répétitions, gradations et accentuation.

- Points d’exclamations : accentuations

- Points d’interrogations : interrogations rhétoriques

- Litote : mesure des propos et Hyperbole : accentuation

- 7 paragraphes et donc 7 répliques :

- 1er : argumentation de M. de Nemours

- 2ème : Mme de Clèves lui assure qu’elle est amoureuse

- 3ème : M. de Nemours se replace en victime

- 4ème : Mme de Clèves n’est pas dupe et veut finir son argumentation.

- 5ème : M. de Nemours lui demande ce qu’elle a à dire.

- 6ème : Mme de Clèves explique qu’elle sera brève et sincère.

- 7ème : Elle entame son argumentation.

 

Conflit verbal formel, ce discours entre M. de Nemours, un noble séducteur et Mme de Clèves, jeune, belle, veuve mais intègre et craintive met en évidence un conflit psychologique entre deux personnage apparemment différents. C’est cette analyse qui fera de ce roman le premier roman moderne de la littérature française.

Le thème de l’amour impossible se retrouve dans de nombreux ouvrages comme dans La peau de Chagrin où Raphaël de Valentin meurt amoureux.

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