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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:32



« Aie le courage de te servir de ton propre entendement », écrit par Kant. Vous vous demanderez pourquoi cette formule vous semble effectivement pouvoir être, comme le précise ensuite le philosophe allemand, « la devise des Lumières ».

 

Emmanuel Kant (1724 – 1804) est un philosophe allemand qui identifia la loi morale avec la loi de la raison et posa en principe l’universalité de la morale et le respect de la personne humaine. « Aie le courage de te servir de ton propre entendement » est la devise de l’« Aufklärung » (équivalent allemand de nos Lumières) énoncée par Kant en 1784, lors de la rédaction de son ouvrage consacré à ce mouvement philosophique : Réponse à la question : « Qu’est-ce que les Lumières ? ».

Aussi pouvons-nous nous demander en quoi cette courte citation résume à elle seule l’esprit novateur des Lumières.

Nous analyserons dans un premier temps le sens de cette phrase, avant de porter notre attention sur l’idéologie des Lumières, qu’elle dépeint.

 

Dans la citation « Aie le courage de te servir de ton propre entendement », trois expressions forment le sens global de la phrase : « courage », « servir » et « entendement ». Dans le contexte, le courage désigne à la foi la résolution permettant de supporter ou d’affronter avec bravoure certains dangers, ainsi que l’énergie fournie dans la réalisation d’une entreprise. « Servir » à l’infinitif représente l’usage. Quand à l’entendement, il s’agit de l’intelligence, de la pensée, de la faculté de comprendre et de concevoir. Hormis ces termes, on note la présence du verbe « avoir » à l’impératif. Il exprime ainsi un ordre ou un conseil mais aussi une possession. De plus, cette phrase est à la seconde personne du singulier, ce qui signifie qu’elle s’adresse au lecteur. L’adjectif « propre » qualifie « l’entendement » du lecteur. Il représente ainsi la pensée saine du destinataire, non souillée par celle d’autrui. Ainsi cette expression invite le lecteur à penser par lui-même. L’impératif, présent par le verbe « avoir », ainsi que l’utilisation du mot « courage », laisse à penser que cette phrase semble être un slogan révolutionnaire écrit dans le but de défendre l’idée d’un progrès de l’humanité.

Par cette citation, Kant partage son vœu d’une progression intellectuelle de l’humanité, mais en quoi représente t’elle l’idéologie des Lumières ? C’est ce que nous étudierons dans un second temps.

 

Les principaux combats des Lumières trouvent un sens dans la citation de Kant. En effet, les philosophes ont lutté contre l’obscurantisme en dénonçant la superstition, le fanatisme, l’intolérance et donc, la manipulation et l’ignorance. Ils se sont opposés aussi à la censure en défendant la liberté d’expression et ils ont tenté de diffuser la pensée et le savoir par l’écrit de textes militant. D’autre part, ils croient en l’avancée de la science et au progrès de l’humanité.

« Aie le courage de te servir de ton propre entendement » souligne les combats des Lumières et sonne comme un slogan révolutionnaire visant à rallier chacun à l’attitude intellectuelle des philosophes. Il semblerait que cette devise soit toute indiquée pour représenter les Lumières.

 

***

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:24



Né le 27 mars 1787 à Loches, Alfred Victor comte de Vigny était un poète, dramaturge et écrivain français. Contemporain de Victor Hugo, il est une figure du romantisme. Il écrira aussi bien des poèmes que des nouvelles, des romans ou encore des drames comme notamment Chatterton.

La maison du Berger, publié en 1864 dans Les destinées, est un poème romantique, le seul parlant d’amour écrit par Alfred de Vigny. Ce texte en est la fin. Le poète présente un discours lyrique composé de septains dont les vers sont des alexandrins par lequel il met en contraste la froideur de la Nature et la tendresse de la femme, du couple, de l’Homme.

Aussi peut-on se demander comment l’auteur s’y est-il prit pour façonner le seul poème d’amour de sa carrière.

Nous verrons tout d’abord l’accusation faite par l’auteur envers la Nature, celle-ci même qui s’oppose à la beauté d’un couple magnifié.

 

I. La Nature : déesse froide, menaçante et despotique.

 

C’est extrait se compose de trois strophes de sept vers chacune que l’on peut définir en deux parties. Dans la première, de Vigny accuse la Nature d’être froide et menaçante, l’auteur utilise alors la seconde personne du pluriel « vous », montrant un certain respect voir une servitude face à cette « déesse » (3). La seconde à pour destinataire une femme. La personne a changé, il s’agit de la seconde du singulier mise pour une « voyageuse indolente » (8) dont « l’amour taciturne » est « menacé » (21).

Le texte débute par une répétition dans « Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse... ». Celle-ci met en évidence l’immuabilité de la Nature, définie comme une entité qui se perpétue « sans cesse » (1)  tandis que l’homme est un « humble passager » mortel (4). Cette Nature est qualifiée de « déesse » indifférente dans le troisième vers avec « vivez et dédaignez, si vous êtes déesses ». Celle-ci est à la fois perpétuelle mais aussi omniprésente comme nous l’indique « sous nos pieds, sur nos fronts ». L’Homme est ainsi entouré et la « loi » de la Nature semble l’écraser. La Nature est ainsi perçu comme despotique. L’auteur utilise l’impératif pour s’exprimer ce qui indique qu’il reproche à la Nature ce qu’elle est.

« Vivez et dédaignez [...] l’homme, humble passager, qui dut vous être un roi » (3-4) Comparaison implicite entre l’homme mortel et la Nature déifiée : l’homme est un roi dont le pouvoir vient de la Nature comme le roi absolu tient le sien de Dieu. Ainsi, on peut s’imaginer qu’Alfred de Vigny place la Nature comme une maîtresse que l’Homme doit servir.

«  Plus que tout votre règne et que ses splendeurs vaines, / J’aime la majesté des souffrances humaines ; / Vous ne recevrez pas un cri d’amour de moi ». L’auteur se dévoile par « je » et « moi » : il est le narrateur de cette accusation et par une litote, il montre sa haine pour la Nature « Vous ne recevrez pas un cri d’amour de moi » (7). « Recevrez » est au futur, ce qui implique que l’auteur se projette dans l’avenir, il gardera sa rancœur bien après l’avoir écrit. Les points-virgules après « loi », « roi » et « humaines » donnent plus d’impact aux reproches du poète. De plus, le son de ces deux rimes est [-aine] ce qui nous rappelle la haine qu’il porte en lui. On note une légère concession, en effet, il accorde à la Nature sa beauté qu’il qualifie de « vaine », car pour lui, derrière ses apparats, elle est une déesse sans pitié qui « règne » sur les hommes.

Dans la troisième strophe, de Vigny qualifie la terre « d’ingrate » et de lieu grâce au pronom relatif « où »  et la juxtapose aux « morts » comme s’il reprochait à la Nature d’être éternelle. En outre, la déesse est menaçante comme nous l’indique « appuyée aux branches incertaines » et « ton amour taciturne et toujours menacé ». Si elle s’appuie sur la branche, celle-ci peut casser, mais si elle appuie son front contre l’auteur, elle peut rêver en paix : nouvelle comparaison entre l’homme et la nature.

Ainsi nous avons pu voir qu’Alfred de Vigny se place comme accusateur de la Nature, qu’il qualifie de despotique, menaçante, froide, immuable, sans pitié... Mais nous verrons dans un second temps que ce réquisitoire s’oppose au dithyrambe qu’il fait sur la femme, le couple, l’homme et l’amour.

 

 

II. L’éloge de l’Homme et de l’amour fait par un auteur dévoilé

 

La seconde strophe débute sur une opposition sur ce qui a été dit précédemment. En effet, « Mais toi » montre que le regard de mépris porté sur la Nature s’oppose à celui que l’auteur porte sur la femme qu’il interpelle, nouvelle destinatrice du message à suivre qualifiée de « voyageuse indolente ».

« La majesté des souffrances humaines » l’Homme est qualifié de majestueux.

Le poète a témoigné sa haine par une litote mais l’oppose avec l’image de l’affection qu’il porte en lui pour les femmes. En effet, on note qu’au lieu d’avoir des affirmations tranchantes comme au premier paragraphe, il utilise une interrogation, proposant à la voyageuse de rêver : « ne veux-tu pas, voyageuse indolente, / Rêver sur mon épaule, en y posant ton front » (8-9). Outre l’affection, on note la confiance qu’il témoigne et qui s’oppose à la menace de « branches incertaines » (19).

Dans cette seconde partie, il y a un véritable champ lexical de la quiétude avec « rêver », « indolente », « paisible », « Esprit pur », « pays muets » qui trouve ses limites dans « l’amour taciturne » qui s’oppose à la « souffrance » énoncée dans la première strophe.

« la maison roulante » (10) symbolise le voyage ce qui peut être mis en relation avec « voyageuse » (8). On peut aussi l’interpréter comme l’impossibilité que l’auteur a d’avoir des attaches ou encore comme les diverses femmes qu’il dû rencontrer au cours de sa vie.

Par « voir ceux qui sont passés et ceux qui passeront », de Vigny donne au couple un avenir : pour lui, l’union se poursuivra dans le temps, ce même futur qui se caractérise par le futur simple dans « passeront ».

Le poète propose à cette femme de quitter la ville pour la campagne, ce que nous pouvons clairement retrouver dans : « Tous les tableaux humains qu’un Esprit pur m’apporte / S’animeront pour toi devant notre porte / Les grands pays muets longuement s’étendront ». Ces « grands pays muets » (14) se différencient du vacarme de la ville. « Les tableaux humains » est une métaphore qui met en relief l’analyse que l’auteur fait des autres hommes : il est en effet connu pour être un brillant philosophe, ce qui implique un regard externe sur le monde qui l’entoure et « Esprit pur » pourrait qualifier cet esprit philosophique. « s’animeront pour toi », de Vigny conçoit un amour bâti sur du partage tandis que « notre » dans « notre porte » met en avant le couple, et l’union entre les deux personnages.

La troisième strophe débute sur « Nous marcherons ainsi, ne laissant que notre ombre / Sur cette terre ingrate où les morts ont passé » ce qui nous rappelle « l’homme, humble passager ». Pour l’auteur, le couple et par extension l’homme n’est que de passage et ne vit que pour l’amour et la passion. Par « Nous nous parlerons », « nous marcherons », de Vigny nous présente un couple paisible qui marche, parle et aime alors que la menace rôde autour d’eux : « ombre », « sombre ». Ces deux rimes ont un son disgracieux contrairement à la majorité des autres ce qui accentue davantage sur l’oppression et fait donc référence à la Nature, seule réelle coupable.

La femme est qualifiée de « voyageuse indolente », rêveuse, paisible, sensible comme nous l’indique « Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines » et où le lyrisme est très présent car la femme est comparée à la Diane de Shakespeare et le rapprochement entre « pleurant » et « fontaine » accentue sur la tristesse qu’elle éprouve. Elle semble aussi fragile (« appuyée aux branches incertaines »). « Où tu te plais à suivre un chemin effacé », dans ce vers, on peut se demander si son passé fut effacé par le temps, ce qui indiquerait que de Vigny veut lui faire contempler un avenir qu’ils fonderaient en couple. Cette « voyageuse » est en quête de son passé et « d’un amour taciturne et toujours menacé » (21).

 

Ainsi Alfred de Vigny nous propose un poème d’amour où l’auteur demande à une femme de quitter la ville pour le rejoindre en campagne. Il met en relation la Nature et l’image du couple, montrant une haine tenace pour la première, et un amour inconsidéré pour la seconde. 

Gérard de Nerval a, dans Vers dorés, proposé des thèses inverses à celles de Vigny. Pour lui, l’homme doit craindre et respecter la Nature qui donne vie à chaque chose.

 

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:18



Né à Besançon en 1802, Victor Hugo occupe une place exceptionnelle dans l’histoire de nos lettres. Nommé « père des lettres » par ses contemporains, il domine le XIXème siècle par la durée de sa vie, de sa carrière, par la fécondité de son génie et la diversité de son œuvre. Il est le chef de fil du Romantisme, courant majeur du début de ce siècle et s’est illustré par des chefs d’œuvres comme Les Misérables, Les Contemplations, Les Châtiments et des actes : la bataille d’Hernani.

Les Contemplations est un recueil de poèmes écrit par Hugo après la mort de sa fille, Léopoldine. Ce texte en est un extrait. Il s’agit d’un poème à registre lyrique composé de 28 vers. L’auteur y témoigne son amour pour sa maîtresse, Juliette, alors qu’il est exilé à Guernesey.

Aussi peut-on se demander comment l’auteur s’y prend-il pour définir ses sentiments.

Nous verrons dans un premier temps ce texte comme un poème d’amour avant d’analyser le lyrisme de ce dernier.

 

I. Un poème d’amour

 

Ecrite par Victor Hugo à sa maîtresse Juliette, ce poème est une lettre d’amour. L’auteur y décrit une scène où sur l’île de Serk, il cueille une fleur pour l’offrir à son aimée. La présence des sentiments de l’auteur son présents en nombre important.

Dès le premier, on remarque que l’auteur se dévoile et dévoile la destinataire : « J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline ». Victor Hugo parle ainsi à la première personne du singulier, il est le narrateur interne à l’histoire tandis que « toi » est mis pour Juliette, sa maîtresse. Vers le centre du poème, au vers 13, il reprend cette construction avec « J’ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien aimée ». « toi » représente donc ma « bien-aimée » tandis que la juxtaposition de ces deux termes accentues sur l’intention, sur l’amour que l’auteur porte à la lectrice : il la rend importante car elle est l’unique destinatrice de ses buts. Ces mêmes buts que l’on note par « pour toi » que l’on peut remplacer par « dans l’intention de te... »

 

II. Victor Hugo : Un poète lyrique

 

Le lyrisme de l’auteur se manifeste dans toute son œuvre de manière croissante. Ce dernier usant des souvenirs, émotions, rêves et sensations, il se qualifia d’« écho sonore répercutant toutes les voix du monde, voix des hommes, de la nature et de Dieu ». L’exil lui a permis d’approfondir ses ressentis, touchant à de nombreux sujets comme Dieu, l’immensité, la patrie, la noblesse, la liberté, la nature et ses multiples visages et ici, l’amour.

Dans son poème, l’auteur utilise de nombreuses personnifications. Ainsi l’escarpement s’incline dans « Dans l’âpre escarpement qui sur le flot s’incline » (v.2). L’inclinaison de l’escarpement est la pente abrupte qui finie une côte et qui se plonge dans la mer. Par cette figure de rhétorique, Victor Hugo nous dépeint un paysage majestueux qui s’incline respectueusement devant la mer comme un serviteur pouvait le faire devant son roi.

« Que l’aigle connaît seul et seul peut approcher », l’aigle est le seul à connaître cet endroit isolé et difficile d’accès

 

« L’aigle connaît » (v.3), la fleur est « paisible » (v.4), « l’ombre baignait les flancs du morne promontoire » (v.5)

 

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:12



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Le dénouement de Dom Juan se caractérise par une gradation de la colère divine, une constance dans le comportement du héros et s’achève sur une scène symbolique dans laquelle le libertin blasphémateur est condamné à l’enfer.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend-il pour concevoir une fin aussi surprenante.

Nous verrons dans un premier temps les scènes 4, 5 et 6 du dernier acte comme un dénouement resserré, puis nous analyserons le spectaculaire avant de porter notre attention sur l’aspect paradoxal.

 

Tout au long de la pièce, les scènes sont dans l’ensemble assez équivalentes en taille, et les actes ont un nombre de lignes semblables. Ceci est notamment dû aux bougies, seul moyen d’éclairer la scène au XVIIIème siècle et qui avaient une durée de vie proche de la vingtaine de minutes. Molière et bien d’autres auteurs devaient ainsi s’astreindre à respecter un temps de parole pour chaque acte de chaque pièce. De plus, la durée moyenne de l’une d’elle avoisinait les 1 h 30. En effet, les acteurs n’ayant pas une mémoire illimitée, l’auteur avait une nouvelle contrainte temporelle. De ce fait, on remarque que la fin du cinquième acte de Dom Juan est très rapide voire expéditive. Le temps de vie des bougies et les capacités des acteurs peuvent nous l’expliquer.

Cependant, une autre hypothèse est à faire valoir. En effet, en temps de censure, on peut s’imaginer que Molière redoutait d’être blâmé comme il l’avait pu l’être un an plus tôt avec Tartuffe. De ce fait, il a pu avoir voulu faire en sorte que les spectateurs n’aient pas le temps de s’interroger sur le devenir de Dom Juan.

En outre, or mis les contraintes temporelles et celles dues à la censure, on remarque aussi que l’intrigue se resserre sur les héros : Dom Juan et Sganarelle. Ceux-là affronte ensemble les derniers événements (Dom Juan : « Allons, suis-moi. » fin de la scène 5) avant d’être séparé.

Ainsi, l’intrigue se resserre autour des deux personnages principaux. Les scènes sont plus courtes pour éviter la censure et à cause des problèmes techniques de l’époque. Mais que peut-on dire du spectaculaire de cette fin ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

 

La scène 5 témoigne de l’entrée du surnaturel. Un spectre en femme voilée vient en effet donner le dernier avertissement à Dom Juan qui campe sur sa position rationaliste. L’apparition semble représenter les victimes du libertin (« je reconnais cette voix »). Elle est l’envoyée du Ciel pour avertir Dom Juan comme nous l’indique l’utilisation de « Ciel », « miséricorde », « repent », « diable »... On note « Le spectre change de figure, et représente le Temps avec sa faux à la main », didascalie qui corse un peu plus les effets spéciaux. De plus, lorsque le spectre s’est envolé, s’est autour de la statue du Commandeur de participer à l’intrigue. Ce protagoniste est, comme pour le spectre, assez périlleux à réaliser si l’on veut qu’il soit bien fait. En fin, le plus spectaculaire reste la scène représentée par la didascalie : « Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan ; la terre s’ouvre et l’abîme ; et il sort de grands feux de l’endroit où il est tombé »  Celle-ci nous laisse à penser à une chute continuelle de Dom Juan à travers les enfers et semble révéler un spectacle prodigieux.

Ainsi nous avons vu que cette fin est pour le moins spectaculaire, voire irréalisable pour les moyens de l’époque. Mais en quoi cette fin est-elle paradoxale ? C’est ce que nous tâcherons d’étudier.

 

Le paradoxe de cette fin repose sur le fait que Dom Juan, le héros de la pièce, meurt alors qu’il s’agit d’une comédie. De plus, alors que son maître est amené aux enfers dans une scène spectaculairement terrible, Sganarelle réclame son argent dans une tirade comique tant elle sort radicalement du sujet sérieux : « Ah ! Mes gages, mes gages ! ».

Or mis l’attitude assez spéciale du valet, Dom Juan ne semble pas être affecté parce qu’il lui arrive, il tend sa main sans rechigner à la statue et seul la souffrance physique semble le toucher.

 

Ainsi, le dénouement de la pièce est resserré autour des personnages principaux mais aussi dans le temps, spectaculaire avec l’intervention divine, les enfers, le spectre et la statue, et paradoxale car elle mélange les registres tragiques et comiques.

D’autres auteurs ont imaginé la suite de Dom Juan aux enfers, comme notamment C. Baudelaire dans Les Fleurs du mal.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:07

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Né à Paris en 1622, Jean-Baptiste Poquelin, fils du tapissier du roi Jean Poquelin, devait hériter de la charge de son père. Mais il choisira une vie différente, se faisant comédien, fondant avec l’actrice Madeleine Béjart la troupe de l’Illustre Théâtre et prenant pour pseudonyme Molière.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe et en s’inspirant du héros espagnol de Tirso de Molina (1620), il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Il s’agit de l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la pièce, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Le terme libertin trouve son étymologie dans le mot latin « libertinus » signifiant « esclave affranchi ». Au XVII° siècle, le libertin est le libre penseur qui s’affranchi de la morale religieuse tandis que le libertin des mœurs est celui qui s’adonne à la luxure tout en conservant un raffinement cultivé.

Aussi pouvons-nous nous demander quelles sont les différentes faces de la personnalité de Dom Juan.

Nous verrons dans un premier temps l’aristocratie que ce héros représente, puis le libertinage dont il fait preuve avant de porter notre attention sur le blasphémateur.

 

Dom Juan est un noble ; il incarne donc l’aristocratie. Ce rang social se manifeste d’abord par « Dom »,  particule que les nobles espagnoles ont devant leur nom. De plus, il rémunère un valet, Sganarelle, qui semble lui être entièrement dévoué et possède une suite. Dans la première scène de l’acte I, nous pouvons remarquer une réplique de Gusman, écuyer de Done Elvire : « Un homme de sa qualité ferait une action si lâche ? » Ici, « sa qualité » représente la noblesse à laquelle Dom Juan appartient. De plus Done Elvire, elle-même sœur de Dom Carlos et Dom Alonse, est une noble mariée et délaissée par Dom Juan. Elle part à la recherche de son mari qui n’est autre qu’un « épouseur à toutes mains », n’ayant aucun remord à se marier pour ensuite quitter.

Cependant et malgré les libertés que le héros prend avec les mœurs, il semble respecter certaines valeurs propre à l’aristocratie comme notamment le code de l’honneur. A la fin de la seconde scène de l’acte III, il s’exclame « Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté ». Ainsi l’homme dont l’action était qualifiée de lâche par Gusman se transforme en pourfendeur de la lâcheté, allant « se présenter à un péril qui ne le cherche pas » comme l’explique Sganarelle à la scène 3 de l’acte III. La personne sauvée n’est autre que Dom Carlos, frère de Done Elvire, envoyé pour tuer Dom Juan. Cependant, ce même code de l’honneur va sauver ce dernier.

Lorsque Dom Juan est à la campagne (acte II), la distinction entre aristocratie et paysannerie est accentuée par le langage de Charlotte et Pierrot ainsi que par le dialogue entre ce dernier et notre héros. En effet dans la scène 3 de l’acte II, Pierrot est irrité par le fait que Dom Juan cherche à lui prendre sa fiancée mais lui parle de manière respectueuse avec notamment « Tout doucement, Monsieur, tenez-vous s’il vous plaît » tandis que le noble repousse rudement l’intervenant en le raillant : « Qui m’amène cet impertinent ? ». Ainsi Dom Juan semble croire posséder toutes les personnes qu’il rencontre.

Ce sentiment se retrouve avec le comportement qu’il a avec son valet, allant lui demander à la fin de l’acte II de risquer sa vie à sa place. Même impression avec le dialogue entre Dom Juan et M. Dimanche qu’il renvoie de manière hypocrite.

En outre son père, Dom Louis, représente lui aussi l’entourage aristocrate de Dom Juan, allant lui rappeler les bonnes manières bien que celui-ci ne soit pas justement écouté.

 

Ainsi, Dom Juan est un aristocrate dont le comportement et l’entourage trahi sa position sociale. Cependant, il prend certaines libertés avec les mœurs. C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

Dom Juan est un libertin. Dès la première scène de la pièce, voire même dès la première réplique, on apprend qu’il est « un épouseur à toutes mains », se mariant puis quittant sans le moindre remord. En effet, il sort Done Elvire d’un couvent pour l’épouser et la fuie si tôt fait. De plus, on remarque dans l’acte II, qu’il n’hésite pas à séduire la fiancée de celui qui la sauvé de la noyade et ce, devant son  nez. Il s’agit là d’une ingratitude. De plus, alors qu’il quitte Done Elvire pour briser un mariage, il arrive cependant à abuser deux sœurs à force de langage (scène 4 acte II).

Hormis cela, il prend d’énormes libertés avec les mœurs comme notamment le fait de railler sa victime, le commandeur, en l’invitant à diner. En outre, la deuxième scène de l’Acte III nous le montre en train de corrompre un pauvre pour que celui-ci blasphème, chose qu’il ne fera pas. Ainsi, il ne respecte pas la charité.

Il n’honore pas sa parole comme nous le montre son attitude face à Elvire, M. Dimanche, et à la fin de la pièce, il se joue d’hypocrisie avec tous les protagonistes. Son propre père, qui appartient tout de même à sa famille, est abusé par son fils.

 

Ainsi, Dom Juan est un libertin qui se joue des codes sociaux. Mais pas seulement ! Il pousse le vice jusqu’au blasphème, cette même impiété qui value à la pièce d’être suspendue dans les théâtres et qui fera l’objet d’un nouvel axe d’étude.

 

Le libertinage dont fait preuve Dom Juan se retranscrit aussi en blasphème. En effet, on remarque son irrespect pour les sacrements comme les mariages ou les enterrements. Il se moque de l’ermite, l’accusant de prier inutilement et le poussant à outrager Dieu pour un Louis d’or. De plus, il achève la seconde scène de l’acte III par « pour l’amour de l’humanité », expression détourné de celle initiale qui est : « pour l’amour de Dieu ». De plus, Dom Juan fait un éloge hypocrite de la religion dans les trois premières scènes de l’acte V affirmant de manière ironique (scène 4 acte V) «  si le ciel me donne un avis, il faut qu’il parle un peu plus clairement, s’il veut que je l’entende ». Cette réplique est suivie d’une apparition d’un spectre, messager du Ciel. Mais Dom Juan le frappe de son épée. S’e suit l’arrivée de la statue, qui achèvera la pièce par une punition divine (scène 6 acte V).

 

Ainsi Dom Juan est un personnage ambivalent. Son rend social se manifeste par son comportement et par ses proches qui adoptent des valeurs parfois inverses et condamnent son libertinage. Mais il reste tel quel, se riant du Ciel qui aura cependant le dernier mot.

Eric-Emmanuel Schmitt donnera au personnage de Dom Juan une personnalité différente, en  le faisant souffrir de ne pas aimer.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:04



Né à Paris en 1622, Jean-Baptiste Poquelin, fils du tapissier du roi Jean Poquelin, devait hériter de la charge de son père. Mais il choisira une vie différente, se faisant comédien, fondant avec l’actrice Madeleine Béjart la troupe de l’Illustre Théâtre et prenant pour pseudonyme Molière.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Il s’agit de l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la pièce, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. L’une des grandes caractéristiques de l’œuvre de Molière réside dans la peinture sociale faîte par l’auteur. En effet, se croisent dans Dom Juan aussi bien les nobles, les bourgeois, les serviteurs mais aussi  les paysans et les plus pauvres.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend-il pour peindre la société au travers de sa pièce ?

Nous verrons dans un premier temps la peinture de la noblesse, avant de porter notre attention sur la satire de la bourgeoisie pour enfin remarquer la représentation contrastée du peuple.

 

Dans cette pièce, la noblesse se caractérise par l’attitude de personnages tels que le héros, Dom Juan, son père, Dom Louis, son épouse, Done Elvire et les frères de celle-ci, Dom Carlos et Dom Alonse. Cette diversité de protagonistes nous propose différentes approches de cette classe sociale.

Dom Juan est un libertin. Il ne respecte pas les codes tels que nous le montre la deuxième scène de l’Acte III où il propose de donner un louis d’or à un pauvre si celui-ci blasphème. Ce chantage met en évidence le vœu de l’auteur de créer un personnage contre-nature qui s’oppose à celui de Done Elvire, son épouse délaissée. Celle-ci est détentrice de valeurs morales. Elle est pour le respect de la Femme et possède le sens de l’honneur comme nous l’indique l’Acte III où elle envoie ses frères tuer Dom Juan pour laver l’honneur de sa famille. A la scène 6 de l’Acte IV, son comportement change radicalement. Elle n’est alors plus la femme voulant faire justice mais la messagère du courroux divin. Le Ciel est alors le représentant des valeurs à adopter (« Le Ciel a banni de mon âme toutes ces indignes ardeurs que je sentais pour vous », « vos offenses ont épuisé sa miséricorde »). Ainsi cette femme, par sa droiture, son intégrité, sa foi en ses principes et sa piété est l’opposée de Dom Juan et représente une noblesse d’honneur.

Le héros est « un épouseur à toutes mains », qui se rit aussi bien de l’amour que les femmes lui portent, que de la religion et du mariage qui n’est autre qu’un pacte passé devant Dieu. Pour lui, passer sa vie avec une même épouse serait-ce priver des plaisirs de la vie tandis que les couvents lui paraissent comme un lieu où les femmes lui sont interdites, ce qui attise son envie (il a en effet enlevé Done Elvire d’un couvent). Son père, Dom Louis semble se rattacher dans son attitude à Done Elvire puisque comme elle, il vient trouver son fils pour lui faire changer de comportement. Sans succès puisque comme pour M. Dimanche pour qui il n’a pas payé ses créances, Dom Juan utilise la séduction et l’hypocrisie pour manipuler ceux qui tentent de s’opposer à lui. De ce fait, il ne semble ni respecter ses engagements (créances), ni même sa famille (son père). En outre, en plus de blasphémer, il va jusqu’à railler les morts comme nous l’indique la scène 5 de l’Acte III où il propose à sa victime, le Commandeur, de venir souper chez lui. De plus, Dom Juan n’a aucun remord à manipuler Charlotte et Mathurine, deux paysannes qui l’ont pourtant sauvé de la mort.

Pour ce qui est des frères de Done Elvire, ceux-ci nous montre un bel exemple de loyauté et de sens de l’honneur car même s’ils doivent tuer Dom Juan pour essuyer l’honneur de leur faille, ils n’osent s’en prendre à l’homme qui sauva l’un d’entre eux (Dom Carlos à la scène 3).

 

Ainsi, la noblesse est peinte de différente façon. D’un côté certains nobles ont le sens de l’honneur, le respect des morts,  du mariage, du Ciel, des codes sociaux...et d’un autre, Dom Juan s’oppose radicalement à tout cela. Mais qu’en est-il de la bourgeoisie ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

Moins représentée que la noblesse, la Bourgeoisie se caractérise par un personnage, M. Dimanche, ainsi que par le rôle que joue Sganarelle en revêtant l’habit de médecin. Cette classe sociale est véritablement critiquée par Molière. En effet, il met en scène (Acte IV scène 3) un commerçant, M. Dimanche, créancier de Dom Juan et Sganarelle. Usant d’hypocrisie et de familiarités, le héros en va jusqu’à demander des nouvelles du chien et coupe systématiquement son invité à chaque début de répliques. Le bourgeois semble alors effacé devant le noble. De plus, lorsque Dom Juan quitte le commerçant, Sganarelle joue le même rôle pour éviter de payer ses dettes.

Pour ce qui est de la médecine, Molière l’a toujours critiqué tout au long de ses pièces. Dans celle-ci, Sganarelle porte le vêtement médical pour passer inaperçu. S’en suit un dialogue entre lui et son maître sur l’importance des médecins, dialogue qui se transforme très vite en satire implicite. En effet, Sganarelle s’octroie le droit de donner des diagnostics faux tandis que Dom Juan pense qu’ils ne peuvent pas l’être davantage que ceux délivrés par les véritables guérisseurs (Acte III scène 1 ; Dom Juan : « Et pourquoi non ? Par quelle raison n’aurais-tu pas les mêmes privilèges qu’ont tous les autres médecins ? »). Cette satire de la médecine induit aussi de la part de Dom Juan une éloge de la science et la foie en l’esprit humain (Dom Juan : « Je crois que deux et deux font quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit »).

 

Ainsi nous avons pu voir la satire de la bourgeoisie présente chez M. Dimanche ainsi que chez les médecins. Nous allons donc poursuivre sur la peinture du peuple.

 

Le peuple est quand à lui présent à la fois grâce aux serviteurs comme notamment Sganarelle, Gusman, La Violette et Ragotin, par les paysans comme Charlotte, Mathurine, Pierrot mais aussi par le pauvre.

Ce dernier symbolise une valeur : l’intégrité. En effet, Francisque se voit proposé par Dom Juan un louis d’or s’il se met à blasphémer. Mais il s’y refuse et obtient tout de même son argent. Ainsi Molière montre que l’on peut être pauvre et honnête. Cependant, on note que dans l’acte II, Charlotte, fiancée à Pierrot, semble accepter la proposition de mariage de Dom Juan si celui-ci tient ses promesses en évitant de la tromper. Elle fait alors le choix de partir pour un autre homme que son amant en faisant confiance à un étranger richement vêtu. On peut donc s’imaginer qu’elle est à la fois attirée par l’homme et par les richesses.

Dom Juan n’a aucun mal à manipuler les deux paysannes (Acte II scène 4). De plus, Molière leur donne une langue assez rurale, truffée d’injures à Dieu. Ces éléments montrent une infériorité intellectuelle entre les paysans et Dom Juan. Celle-ci se note ensuite avec l’affrontement de la noblesse et de la paysannerie remarquable à travers le conflit entre Pierrot et le noble. Cependant, Molière fait de cette scène un passage comique.

Les serviteurs sont quand à eux différents. D’une part Gusman semble être aussi moraliste que Done Elvire, tandis que Sganarelle est à la fois complice et soumis à Dom Juan (ce dernier n’hésite pas à la mettre en danger à sa place à la fin de l’acte II).

La diversité de personnages appartenant au peuple est telle qu’elle met en évidence d’importants contrastes.

 

Ainsi Molière nous présente une société où les classes sont très présentes et facilement remarquables. Les nobles sont respectueux des codes d’honneurs et de conduite mise à part Dom Juan, qui par son attitude outrage les siens. Les bourgeois sont vivement et implicitement critiqués par l’auteur. M. Dimanche, seul commerçant de la pièce, est en effet à la fois manipulé par Dom Juan et par son valet tandis que le noble critique ouvertement la médecine qu’il juge infondée et mal pratiquée. Le peuple est contrasté. On note à la fois un ermite qui vit reclus pour Dieu, des paysans qui dans leur langue insulte le Ciel et des serviteurs influencés par leurs maîtres.

 

***

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:00



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du troisième axe, le « grand seigneur méchant homme » rencontre un ermite et lui propose un louis d’or si celui-ci consent à jurer. Peu choquante à notre époque, elle a cependant était largement censurée lors du vivant de son auteur.

Aussi pouvons-nous nous demander quel est l’intérêt de cette scène.

Nous verrons dans un premier temps la peinture faîte de la religion par l’auteur, avant de porter notre attention sur les caractéristiques du héros.

 

I. Les différentes marques du fantastique et du surnaturel

 

A la fin de la quatrième scène de l’acte V, Dom Juan réplique à Sganarelle : « Si le Ciel me donne un avis, il faut qu’il parle un peu plus clairement, s’il veut que je l’entende ». Cette réplique sera suivie par deux scènes témoignant de la manifestation du surnaturel et du fantastique...

 

  • Une intrusion du surnaturel

 

Le spectre en femme voilée :

 

- Champ lexical du Ciel avec : « Ciel », « miséricorde », « repent », « diable » à Le spectre est l’envoyé des cieux pour un ultime avertissement.

- « en femme voilée », « je crois connaître cette voix » à Représentation des victimes du donjuanisme.

- Le spectre semble être catégorique dans ses propos dû à l’utilisation en fin de phrase de « résolu » : « Dom juan n’a plus qu’un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel ; et s’il ne se repent pas ici, sa perte est résolue ». De plus, il parle au héros à la 3ème personne du singulier ce qui rend compte d’u certain aspect solennel.

- Il s’agit là d’un avertissement, la repentance due à la miséricorde divine ou la mort.

 

Ultime avertissement : le temps avec sa faux à la main

 

- « Le spectre change de figure, et représente le Temps avec sa faux à la main » à la faucheuse : représentation de la mort médiévale.

- Le « temps » à ce qui reste à Dom Juan pour se repentir avant la mort, « la faux ».

- Le « spectre s’envole » à comme Dom Juan, les spectateurs ne doivent pas être sûrs de cette apparition.

 

  • La marque du fantastique

 

La statue du commandeur

 

- « Arrêtez, Dom Juan » à après le dernier avertissement (le spectre), la Statue se charge de stopper les agissements du héros.

- « Arrêtez » à impératif : Ordre mais avec un vouvoiement à Affrontement courtois

- Statue à Etre de pierre, être insensible qui exécute la parole divine sans se soucier des sentiments de Dom Juan et qui ne peut être séduit par le héros.

- « Donnez-moi la main » à lien / pacte funeste

 

Les enfers médiévaux

 

- « Le tonnerre tombe [...] où il est tombé » tous les éléments s’abattent sur le héros.
Molière nous décrit des enfers médiévaux.

 

II. L’attitude de Dom Juan face à sa perte

 

Face à Sganarelle :

 

- « Si le Ciel me donne un avis, il faut qu’il parle un peu plus clairement, s’il vaut que je l’entende » à impiété.

 

Face au spectre :

 

- « Qui ose... ? » Orgueil

- « Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c’est » à Dom Juan reste rationaliste.

- « Je veux éprouver avec mon épée si c’est un corps ou un esprit » à le héros campe sur sa position.

- « Non, non [...] Allons, suis-moi » à il est déterminé.

- «  Quoi qu’il arrive », Dom Juan bravera Dieu même dans l’au-delà.

 

Face à la statue :

 

- « Où faut-il aller ? », « la voilà » à Cynisme et intégrité du personnage.

- «  Ô Ciel ! » invocation divine pour s’échapper  de son trépas, mais il est trop tard.

- Cependant, « que sens-je ? » montre que même au bord de l’enfer, Dom Juan reste rationnel.

 

III. Une fin originale

 

  • A mi-chemin entre le comique et le tragique

 

- Fin tragique à Le héros semble mourir

- Pièce comique à Dom Juan n’a pas peur d’être enlevé par la statue et reste droit jusqu’au dernier instant à héroïsme et courage

- Sganarelle à « Mes gages, mes gages », antithèse entre noblesse et servants.

 

  • Une fin rapide

 

- Vœu de Molière de créer une fin très rapide pour éviter que les spectateurs s’interroge sur le devenir de Dom Juan

 

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:56



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du troisième axe, le « grand seigneur méchant homme » rencontre un ermite et lui propose un louis d’or si celui-ci consent à jurer. Peu choquante à notre époque, elle a cependant était largement censurée lors du vivant de son auteur.

Aussi pouvons-nous nous demander quel est l’intérêt de cette scène.

Nous verrons dans un premier temps la peinture faîte de la religion par l’auteur, avant de porter notre attention sur les caractéristiques du héros.

 

Une peinture de la religion par le biais d’un Pauvre

 

  • Un ermite entre soumission et résistance

 

Cette seconde scène du troisième acte se caractérise par l’arrivée d’un protagoniste : Le Pauvre.

- Il est introduit par Sganarelle qui se charge de lui demander le chemin : « Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville ».

- On remarque dès les premières répliques du nouveau personnage, qu’il y a une très large répétition de « Monsieur » ou « Messieurs » (toutes les répliques), qui peut être synonyme de soumission.

- Dans cette optique, on note l’utilisation du vouvoiement du Pauvre à Sganarelle et Dom Juan et de Sganarelle au Pauvre tandis que Dom Juan tutoie l’ermite. Ainsi, une barrière marquée par le respect se créé entre les deux héros et le Pauvre.

- Cependant, c’est le valet qui demande le chemin, on peut donc imaginer que Dom Juan veut garder une séparation entre la pauvreté et la noblesse.

- « J’aime mieux mourir de faim » à il utilise l’argent pour se nourrir.

- « J’aime mieux mourir de faim » à Il ne veut pas se soumettre au vœu de Dom Juan, même s’il doit lui en couter la vie.

 

  • Un anachorète gardien des valeurs religieuses

 

- Le nouveau personnage n’a pas d’identité, il est juste nommé « Le Pauvre » tandis que Dom Juan et Sganarelle sont représenté par leur nom (et leur particule). Cet indéfinition peut nous laisser penser qu’il représente la religion elle-même.

- On connaît ensuite son statut dans la société « Quelle est ton occupation parmi ces arbres ? [...] Prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens qui me donnent quelque chose » à le Pauvre est un anachorète : personne retirée qui prie pour le salut du monde.

- En plus de donner le chemin, il prévient du danger : « depuis quelque temps, il y a des voleurs ici autour » ainsi à il n’est pas seulement « intéressé ».

- « des gens de bien » à des religieux.

 

Ainsi le Pauvre est à la fois soumis face à la noblesse mais résiste à l’argent, lui préférant les valeurs religieuses qu’il défend. Mais qu’en est-il de l’attitude de Dom Juan ? C’est ce que nous verrons dans un second.

 


L’attitude de Dom Juan

 

  • Dom Juan prophète du rationalisme et porteur de valeurs nobles

 

- «  ...il ne croit qu’en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit » à éloge des mathématiques et athéisme de Dom Juan qui ne croit qu’en ce qui est rationnel.

- « Tu te moques : un homme [...] bien dans ses affaires » : cheminement logique de la pensée.

- « Voilà qui est étrange » à « Etrange » est l’inverse de « tangible » et donc, l’occupation du pauvre et sa soumission à l’irrationnel est pour Dom Juan, contestable.

- Articulation de la pensée de Dom Juan avec une forte ponctuation et des articulateurs logiques.

 

- « Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté » à le verbe « devoir » met en évidence les valeurs morales que le statut de noble impose à Dom Juan de respecter.

- Il fini par donner le louis. 

  • Dom Juan blasphémateur

 

- Présence de deux parties : La première met en évidence la rencontre entre le Pauvre et les deux héros et s’arrête à la 20ème ligne ; la seconde se poursuit jusqu’à la fin et se manifeste par un affrontement idéologique entre le Pauvre et Dom Juan.

- Dom Juan est extrêmement polie : « je te suis bien obligé », « je te rends grâce de tout mon cœur »... Cependant, le héros n’aime pas les pauvres à « Ah, ah ! Ton avis est intéressé, à ce que je vois ». Pour lui, donner de l’argent à un nécessiteux ne rime à rien.

- « Quelle est ton occupation parmi ces arbres ? » à pour Dom Juan la religion est inutile et les ermites ne font pas avancer la société.

- Présence d’interjections, de phrases exclamatives et interrogatives dans le discours du héros : Dom Juan séduit par la parole et est à l’aise.

- Cynisme : « je te le donne pour l’amour de l’humanité »

- « Je m’en vais te donner un louis d’or tout à l’heure, pourvu que tu veuilles jurer » à jurer était à l’époque un crime lourdement puni en plus d’aller à l’encontre de la morale.  

 

Ainsi s’opère dans cette scène un conflit idéologique entre un Pauvre, gardien des valeurs morales et un Dom Juan à la fois cynique et loyal. Ce dernier va à l’encontre des principes de la société, mais pas envers les siens, qu’il respecte avec justesse et raison. Le but de cette scène est certainement de heurter les esprits dévots, ce qui conduira la scène puis la pièce à être censuré par le roi.

D’autres on critiqué la religion comme notamment Diderot avec Additions aux pensées philosophiques.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:48

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Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du second axe, le « grand seigneur méchant homme » est sauvé de la noyade par un paysan, alors qu’il voulait conquérir la femme d’un autre. Fidèle à lui-même, Dom Juan séduit la promise de son hôte, témoignant ainsi de son libertinage de mœurs. Caricature des rencontres amoureuses ou accentuation  sur la personnalité du héros, cette scène n’en reste pas moins comique.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend t-il pour présenter son héros face à une femme d’un rang social inférieur.

Nous verrons dans un premier temps les stratégies de séduction de Dom Juan, puis l’attitude naïve de Charlotte avant de porter notre attention sur le comique de la scène.

 

I. Les stratégies de « l’épouseur à toute main »

 

Dom Juan débute son approche de manière très sûr de lui. En effet, on note l’utilisation de « Ah ! » interjection ayant pour but d’alerter et d’attirer l’attention sur lui et sur ce qu’il va dire ; c’est une façon d’accentuer ses propos qui sont : « ...la belle personne, et que ses yeux sont pénétrants ! ». Aussi, à peine Charlotte eut-elle l’occasion de répondre une phrase qu’il poursuit son discours par une tirade assez longue ponctuée de point virgule, pour articuler ses propos, de points d’interrogations pour mêler Sganarelle à la conversation même si celui-ci ne prend pas la parole, et de points d’exclamations pour imposer ses idées. « Ah ! » au début de la seconde réplique du héros met en évidence son intelligence et sa répartie : il utilise l’attitude honteuse que Charlotte témoigne comme arme dans son argumentation. De plus, on note un parallélisme syntaxique. « Ah ! » est en effet employé six fois dans ces deux répliques et est à chaque fois utilisé pour une nouvelle idée proche chacune des autres. Comme énoncé, on remarque que Dom Juan prend appuie sur ce que dit Charlotte pour sa démarche séductrice. En effet, celle-ci dit : « vous me rendez toute honteuse », réplique utilisée par le héros dans « n’ayez point de honte d’entendre dire vos vérités ». De plus, celui-ci semble la prendre pour un objet, lui commandant des gestes pour vanter ses mérites : « Tournez-vous », « haussez un eu », « ouvrez vos yeux », « que je vois un peu vos dents, je vous prie »... On note l’utilisation d’une hyperbole, « je n’ai jamais vu une si charmante personne », expression usitée pour rendre « unique » Charlotte et donc la sortir du « lot ». Un champ lexical de la beauté est aussi apparent avec « la belle personne », « de plus agréable », « cette taille est jolie », « ce visage est mignon », « qu’ils sont beaux », « qu’elles sont amoureuses, et ces lèvres appétissantes », « charmante personne », « votre beauté », « elles sont les plus belles du monde »... En outre, Dom Juan utilise dans sa seconde réplique, c'est-à-dire celle où il décrit le physique de Charlotte, une construction syntaxique équivalente avec « ce que... » expression qui accentue les compliments, eux-mêmes intensifiés par des formules comme « les plus belles du monde » etc.

Dom Juan propose sans sourciller le mariage à Charlotte, lui proposant une condition sociale plus élevée, « une meilleur fortune », et utilisant le « Ciel » comme argument de valeur : « le Ciel, qui le connaît bien, m’a conduit ici ». On note que ses tirades sont très largement supérieurs en taille que celles de la jeune femme qui n’a pas le temps (ni l’esprit ?) pour se sortir du piège qui lui est dressé. Dom Juan vouvoie la paysanne, lui témoignant de se fait beaucoup de respect, et mettant son rang noble au même pied d’égalité que le sien.

Ainsi Dom Juan utilise tout les artifices au service de la séduction. Mais qu’en est-il de l’attitude de Charlotte ?

 

II. Charlotte : une paysanne naïve

 

Comme vu précédemment, on remarque que les tirades de Charlottes sont bien moins longues que celles du noble. On a l’impression qu’elle aime entendre ce genre de compliments de la part d’un homme de cette classe, si bien qu’elle ne cherche pas l’affrontement ou le retrait, mais plutôt, elle semble donner à Dom Juan des points à développer comme notamment « Monsieur, elles sont noires comme je ne sais quoi », réplique immédiatement reprise par le libertin avec « elles sont les plus belles du monde ».

Elle témoigne un profond respect pour Dom Juan, le vouvoyant constamment et l’appelant « Monsieur » à chacune de ses répliques. Lorsque le héros lui demande « vous n’êtes pas mariée, sans doute ? », elle répond avec une sorte de naïveté « mais je dois bientôt l’être avec Piarrot, le fils de la voisine Simonette ». Le « mais », articulateur logique d’opposition montre qu’elle résiste un minimum, se méfiant peut être du noble, tout en restant accessible.

Lorsque Dom Juan lui demande de se tourner etc., elle le fait sans rechigner, témoignant d’une servitude à l’égard du héros.

« ...les laver avec du son », le son étant le déchet de la mouture du blé, cette pratique paysanne n’est sans doute pas utilisé par le libertin, et sans doute Molière accentue t-il sur la naïveté de la femme. De plus, lorsqu’il lui parle de mariage et cherche à stopper celui engagé avec Piarrot, elle ne le coupe pas et le laisse exposer ses arguments. 

Paysanne, Charlotte est ainsi une femme faible, naïve, peu instruite et facilement malléable.

 

III. Le comique au service du moraliste

 

Le comique de situation de cette scène ce manifeste par la différence entre les deux personnages : Dom Juan, aristocrate libertin et cultivé et Charlotte, jeune paysanne naïve. Ce contraste de comportements et de tempéraments rend la scène amusante. De plus, il y a trois personnages mais seulement deux s’expriment, voire un puisque Dom Juan à très largement le monopole de la parole. Celui-ci invite Sganarelle à donner son avis mais avant même que celui-ci est eût ne serait-ce que le temps de répondre, Dom Juan part déjà sur une autre idée.

L’ironie à destination des spectateurs dans « le Ciel, qui le connaît bien, m’a conduit ici » amuse puisque l’on est au fait du mensonge et cette proximité entre le héros et le spectateur pour à sourire. Le comique de geste s’opère avec la scène où Dom Juan demande à Charlotte certaines positions pour pouvoir la complimenter, allant de faire d’elle une sorte de jouer ou d’animal auquel on demande de lever une patte pour une récompense. Le grand comique est néanmoins dû au fait que le héros s’est fait sauver de la noyade par Piarrot et pourtant il n’éprouve aucune gêne à chercher à épouser sa fiancée.

Toutes ces marques du comique peuvent être utilisées par Molière pour dénoncer ou pour parodier les rencontres amoureuses.

 

Ainsi Molière joue sur le contraste entre noblesse et paysannerie, nous montrant un Dom Juan toujours très sûr de lui et maîtrisant parfaitement la conversation, et une paysanne, Charlotte, naïve qui se laisse faire... Cette opposition de personnage et cette situation fait de cette scène une parodie voire une caricature des rencontres amoureuses.

D’autres ont joué sur les duos comiques avec des personnages au profil différent, notamment au cinéma avec Le grand blond avec une chaussure noire... En littérature, on note le couple de San-Antonio et Bérurier.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:32



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du premier axe, Dom Juan, fidèle à lui-même, argumente en faveur de l’inconstance et contre les remontrances faîtes par son valet, Sganarelle.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend-il pour peindre la psychologie de son héros emblématique.

Nous verrons dans un premier temps l’éloge que Dom Juan fait de l’inconstance, avant de porter notre attention sur le portrait du héros.

 

I. Une argumentation paradoxale

 


1.1. Dom Juan se rit de la fidélité...

 

On remarque que dès les premières lignes jusqu’à la 52ème, Dom Juan reprend la théorie de la constance énoncée par Sganarelle pour mieux la contredire avec vigueur.

 

- Reprise de la thèse de Sganarelle : « Quoi ? Tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? » à Dépréciation de celle-ci : « La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! »

- « au premier objet qui nous prend » à réification : la femme est considérée comme un bien matériel.

- « un faux honneur d’être fidèle », contrairement à son valet, Dom Juan ne pense pas qu’être fidèle soit une valeur morale mais plutôt une idiotie.

- « qu’on renonce au monde pour lui » : le « monde » à les autres femmes, pour DJ, être fidèle revient à se priver de liberté.

- « de s’ensevelir » à « et d’être mort » : DJ clame qu’être fidèle revient à s’enterrer vivant.

- « Non, non » : double négation pour insister sur l’opposition entre la thèse de Sganarelle et celle du maître.

- « la constance n’est bonne que pour des ridicules » : Constance à idiotie

- « toutes les belles ont le droit de nous charmer » : Pour DJ, charmer est un droit naturel.

 

1.2. ...et clame les bienfaits de l’inconstance

 

Ensuite, on remarque un changement dans le discours du héros : « Pour moi » introduit une certaine forme de lyrisme.

- Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement [...] dont elle nous entraîne » : « douce violence » à Oxymore : Atténuation de l’argumentation qui vise à accepter l’idée de la faiblesse.

- « la beauté me ravit partout où je la trouve » : paradoxe à C’est DJ qui cherche les femmes, mais c’est elles qui sont coupable d’être trouvées.

- «  J’ai beau être engagé [...] où la nature nous oblige » : « engagé », « n’engage point », « oblige » : DJ se justifie en expliquant que l’homme est fait pour rendre hommage à la femme. Vocabulaire galant, DJ cherche à séduire dans son argumentation.

- «  Quoi qu’il en soit [...] ce que je vois d’aimable » : « quoi qu’il en soit » à DJ ne cherche pas à savoir quelle position est la bonne, il suit ses principes, « un beau visage me le demande » à DJ est attiré par la beauté comme nous pouvons le voir tout au long de la tirade, « je vois d’aimable » à pour DJ, toutes les femmes sont dignes d’aimer et d’être aimer.

- « tout le plaisir de l’amour est dans le changement » à idée force.

 

II. Un personnage emblématique

 

2.1. Un séducteur conquérant

 

- « On goûte une douceur extrême à réduire [...] nous avons envie de la faire venir » : « une douceur extrême à réduire », « à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait », à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous propose, vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir » à Dans ce portrait que DJ nous fait de sa perception de la séduction, il semblerait qu’il considère la femme comme un animal à dresser. Mais il utilise aussi des thermes guerriers comme « combattre », « vaincre », « réduire », « résistances », « oppose ». Ce mixe entre les champs lexicaux du combat et du dressage nous font penser à la corrida...

- « Mais lorsque l’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter [...] et présenter  à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. » : Lorsque DJ gagne la bataille, il cherche une nouvelle conquête. Il aime la résistance. à « Enfin il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne  [...] à borner les souhaits ».

 - « triompher », « résistance », « ambition », « conquérant », « victoire », suite du champ lexical de la bataille.

- Comparaison finale avec Alexandre le Grand dans « et comme Alexandre [...] pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses ».

 

2.2. Un orateur brillant

 

- Présence d’un présent de vérité général

- Séduction : vocabulaire galant dans « les tributs où la nature nous oblige ».

- Utilisation de « nous », « notre » etc. dans « nous nous endormons », « nous avons envie de la faire venir »... à il intègre donc d’autres personnes dans son argumentaire.

- Présence de phrases et expressions rhétoriques : « douce violence » à alléger l’argumentaire.

- Phrase interrogative en début de texte pour reprendre et contrer la thèse de Sganarelle.

Présence d’une importante ponctuation et de connecteurs logiques pour structurer sa tirade et faire passer au mieux ses idées.

- Présence de  phrases exclamatives et de thermes forts comme « ridicules », « mort dès sa jeunesse »... pour accentuer et donner du poids à ses propos.

 

Ainsi, par le biais de son héros emblématique, Molière nous propose un éloge paradoxal où la fidélité est critiquée au profit d’un éloge à l’inconstance. Pour se faire, l’auteur donne à DJ toutes les caractéristiques du conquérant et du brillant orateur.

Dans Lettre Portugaise, une religieuse cède aussi a un amant dans un couvent. Celle-ci peut se rapprocher de Done Elvire.

 

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