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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:22



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du troisième axe, le « grand seigneur méchant homme » rencontre un ermite et lui propose un louis d’or si celui-ci consent à jurer. Peu choquante à notre époque, elle a cependant était largement censurée lors du vivant de son auteur.

Aussi pouvons-nous nous demander quel est l’intérêt de cette scène.

Nous verrons dans un premier temps la peinture faîte de la religion par l’auteur, avant de porter notre attention sur les caractéristiques du héros.

 

I. Sganarelle décrit son maître...

 

- « Je n’ai pas de grande peine à le comprendre, moi » Sganarelle rappelle sa situation de valet, affirmant le connaître, il s’agit d’un argument de valeur pour la suite.

- « le pèlerin », lexique dépréciatif

- « par précaution [...] je vois en lui le plus grand scélérat que la Terre ait jamais portée » : « par précaution » montre que pour parler, il prend des grands et on note avec « scélérat » et « plus grand » (hyperbole) marque le début d’un long champs lexical de la dépréciation qui se poursuit avec « un enragé [...] tout ce que nous croyons » : gradation à S. s’emporte, les virgules marquant le rythme plus soutenu.

- « un mariage ne [...] c’est un épouseur à toute main » : la gradation atteint son paroxysme avec cette constatation.

- présence d’ironie : « lui, son chat, son chien »

- Il semblerait qu’il est besoin de se confier

- « pour sa pulsion » DJ est animé par ses envies.

- « Dame [...] paysanne » : toutes les classes sociales sont représentées.

- « rien de trop chaud ni de trop froid pour lui » : métaphore avec la nourriture, il aime tout et mange de tout.

- « si je te disais le nom de toutes celles » : il a de nombreuses épouses.

- « grand seigneur méchant homme ».

 

II. ...et se présente par la même occasion

 

- Gradation : S s’emporte

- Ironie, cynisme

- Longue tirade ce qui montre son emportement

- Articulateurs logiques et ponctuation à argumente et articule sa pensée

- soumission : « je souhaiterais qu’il fut déjà je ne sais où » qui s’oppose à « je dirais hautement que tu aurais menti » : « me réduit d’applaudir »

- loyauté envers son maître bien qu’il soit contre lui : cl dépréciatif.

(Il manque pas mal de choses mais bon, sa fait une idée de plan...)

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:09



Né à Paris en 1622, Jean-Baptiste Poquelin, fils du tapissier du roi Jean Poquelin, devait hériter de la charge de son père. Mais il choisira une vie différente, se faisant comédien, fondant avec l’actrice Madeleine Béjart la troupe de l’Illustre Théâtre et prenant pour pseudonyme Molière.

 

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois.

 

Ce texte extrait la scène 1 de l’acte I est la première réplique de Sganarelle, valet de Dom Juan. Celui-ci fait l’éloge du tabac avant d’expliquer à Gusman, écuyer de Done Elvire, que son maître a peu de chance de revenir un jour à son épouse délaissée.

 

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend-il pour poser les fondations de la trame de sa pièce ?

 

Nous verrons dans un premier temps l’éloge du valet pour le tabac avant de porter notre attention sur la description que celui-ci fait de la trame.

 

I. Un éloge déroutant

 

Une réplique surprenante

 

- La pièce semble se débuter in mediares : le rideau s’ouvre sur une action déjà débutée.

- S’en suit le début de la réplique de Sganarelle ; celui-ci fait l’éloge du tabac en « tenant une tabatière ». La singularité se pose ici par le fait que le personnage encense un bien matériel superficiel sans grande qualité.

- Cet éloge se manifeste par des compliments tels que : « passion des honnêtes gens », « réjouit et purge les cerveaux humains », « qui vit dans tabac n’est pas digne de vivre », « introduit les âmes à la vertu », « apprend [...] à devenir honnête homme », « d’honneur », « de vertu »... Ainsi pour Sganarelle, le tabac est incontournable et a des propriétés qui rendent les consommateurs honnêtes et vertueux.

- « passion », « purge », « réjouit », « instruit », « digne », « vertu », « ravi », « souhait » conforte les louanges faites par le personnage.

- On note aussi « on court en donner au-devant du souhait des gens » ou encore « on est ravi d'en donner à droite et à gauche ». Ces expressions montrent l’allégresse que l’on éprouve avec le tabac.

- De plus, dans son réquisitoire, on sent que Sganarelle ne maîtrise pas son sujet ce qui le rend comique. Ainsi il nous parle d’Aristote dans « Aristote et toute sa philosophie » or il n’existait pas de tabac dans l’Antiquité. De plus, le language est simple, les termes redondants, et certaines expressions mal employées (« si bien donc » ne convient pas avec le reste de la phrase).

Ainsi l’éloge que Sganarelle fait pour un bien futile en début de pièce est surprenant.

 

Une tirade structurée

 

- Sganarelle, ou plutôt Molière, énonce dès le début du texte sa thèse : « il n’est rien d’égal au tabac ».

- Un paragraphe décomposable en deux (éloge / histoire)

- Les verbes sont en majorité au présent de vérité général (« il n’est rien d’égal », « il réjouit »...)

- Interrogation rhétorique : « Ne voyez-vous donc pas [...] partout où l’on se trouve ? »

- Présence d’expressions et de connecteurs logiques articulateurs de la pensée : « tant il est vrai que » induit une conclusion, « Quoi que » expression dévolutive des « théories » d’Aristote. « Non seulement » introduit l’idée d’une énumération d’exemples. « Mais encore » engendre un autre exemple. « et », conjonction de coordination au même titre que « mais », articule le texte.

- « Qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre » : utilisation simultanée d’une affirmation puis d’une négation pour donner plus d’impacte. Celui-ci se manifeste par le double emploi de  « vivre » qui donne une sonorité et un rythme à la phrase.

- « Mais c’est assez de cette manière. Reprenons notre discours. » Sganarelle met fin à son monologue pour introduire le discours qui situera le lecteur dans l’espace et dans la trame de l’histoire.

Ce texte est structuré ; il s’agit donc d’un réquisitoire en faveur du tabac.

 

Ainsi nous avons pu voir l’aspect déroutant de ce début qui, même s’il est très surprenant, n’en est pourtant pas moins structuré. Mais qu’en est-il du reste de la réplique ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.  

 

II. Les bases de l’histoire

 

Description de la trame

 

- Le fait que l’action soit déjà commencée est prouvé par l’utilisation de « si bien donc ».

- On apprend qu’une certaine Done Elvire, aimante du maître de Sganarelle (Dom Juan), est partie rechercher son amant parti. Celui-ci semble vouloir s’écarter d’elle par manque d’amour (« J’ai peur qu’elle ne soit mal payée de son amour [...] son voyage en cette ville produise peu de fruit ...»).

- On note l’utilisation par Molière d’une interrogation sans attente de réponse : « Veux-tu qu’entre nous je te dise ma pensée ? » Celui-ci utilise ce procédé pour pouvoir continuer de poser les bases de l’histoire tout en conservant l’intérêt du lecteur.

- « J’ai peur que [...] autant gagné à ne bouger de là » On note une légère gradation. Sganarelle commence en effet par dire qu’il serait peu probable que Dom Juan revienne vers Done Elvire puis, à l’aide de « et que », il semble plus catégorique en montrant que son voyage est inutile.

 

 

Description des personnages

 

- Done Elvire : Aimante de Dom Juan, elle est partie à la recherche de son époux qui l’a délaissé (« s’est mise en campagne après nous », « mon maître a su toucher trop fortement », « j’ai peur qu’elle ne soit mal payé de son amour).

- Don Juan : Maître de Sganarelle (« mon maître a su toucher »), c’est un homme volage qui semble séduire avant de délaisser (« mon maître a su toucher trop fortement », « j’ai peur qu’elle ne soit mal payé de son amour »)

- Gusman : Dans le texte, on apprend qu’il est le subordonné de Done Elvire (« Cher Gusman, que Done Elvire, ta maîtresse ») et le messager de sa venue.

- Sganarelle est quand à lui le subordonné de Don Juan. Vif dans le rythme qu’il donne à ses phrases, il semble être loyal envers son maître tout en condamnant son comportement (« Veux-tu qu’entre nous je te dise ma pensée ? »)

 

Ainsi, Molière débute sa pièce par un éloge surprenant mais structuré au tabac avant de décrire les bases de la trame. On peut alors s’imaginer que l’auteur a cherché à surprendre le lecteur pour l’inciter dès le début à se prendre à l’histoire. Mais on peut aussi penser que Molière s’oppose à l’interdiction du tabac par l’Eglise au XVII° voulant peut-être avoir Colbert (qui prône le monopole d’Etat) pour protecteur.

De nombreuses pièces débutent in mediares comme notamment Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux (1730)

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:00



Le Roman

                                                                                                    

Le Roman épistolaire

 

Historique :

 

- Cette forme littéraire émerge en 1669 avec Lettres portugaises de Guilleragues.

 

- Au XVIII° siècle, on note en Angleterre Richardson avec Clarisse Harlowe, en Allemagne Goethe et Les souffrances du jeune Werther,  tandis qu’en France s’impose Montesquieu (Lettres Persanes) puis à la fin du siècle Rousseau (La nouvelle Héloïse) et Laclos (Les Liaisons dangereuses). C’est son apogée.

 

- Au XIX° siècle, Balzac poursuit perpétue l’utilisation de cette forme (Mémoires de deux jeunes mariées et Le lys dans la vallée)

 

- Au XX° siècle, le roman épistolaire passe de mode mais quelques auteurs semblent résister comme Marguerite Yourcenar (Alexis ou le Traité du vain combat) et Etienne Vilain (Un automne sans alcool, ou les lettres deviennent des mails).

 

Intérêts de cette forme :

 

- L’effet du réel (document authentifiant le récit) et l’effet de recul (renforce par la distance entre le récit et la narration de l’aspect critique).

- La double énonciation permet à l’auteur d’adresser son message aux lecteurs en ayant des intermédiaires (les protagonistes) et l’omniscience permet l’accès à l’ensemble des lettres (tandis que les personnages n’en ont qu’une partie).

- Autres effets : Roman monodique (une voix) permet de rentrer dans l’intimité) tandis que le roman polyphonique fait combiner les styles et les points de vue.

 

Le personnage du picaro

 

Le picaro est un terme d’origine espagnol signifiant aventurier et désignant un antihéros jeune, de basse naissance cherchant à faire son chemin dans le monde utilisant la ruse face aux expériences et contraintes matérielles qu’il rencontre.

Souvent écrit à la première personne, le roman picaresque est le récit des aventures de ce picaro, suivant de ce fait l’itinéraire du héros-narrateur. Souvent seul, son histoire traduit une réflexion sur la place de l’individu dans la société et à sa liberté face aux déterminismes sociaux.

Lesage (Gil Blas de Santillane où le héros est d’origine bourgeoise) et Diderot (Jacques le Fataliste et son maître) font la fortune de cette forme au XVIII° siècle, usant de la parodie et du questionnement philosophique.

Au XIX° siècle, il évoluera vers le roman d’apprentissage.

 

 

Le personnage du libertin

 

Le libertinage est un mouvement intellectuel né au XVII° siècle qui se définit par une attitude critique face aux dogmes religieux, une indépendance d’esprit (Théophile de Viau et Cyrano de Bergerac) et une recherche de liberté et de plaisir (Dom Juan de Molière concilie les deux facettes).

Dans le roman, le libertin est un aristocrate arrogant qui méprise les lois morales et sociales, déifie le plaisir prenant appuie sur la décadence de la noblesse et une relative libération des mœurs suite à la mort de Louis XIV (1715). Il représente la société dite d’Ancien Régime.

Au XVIII° siècle, Meilcour et Versac (Les Egarements du cœur et de l’esprit de Crébillon), Valmont et La Merteuil (Les liaisons dangereuses) et Sade qui ira dans l’extrême (1740-1814) sont des auteurs qui font du libertin un personnage récurant du roman.

 

Les personnages des Rougon-Macquart

 

Les Rougon-Macquart, sous titré Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire, est l’œuvre de la vie d’Emile Zola. Imaginé en 1869, il se compose de 20 romans, où l’auteur narre l’histoire d’une famille scindé en deux branches : l’une légitime (issu du premier mariage d’Adélaïde Fouque avec Pierre Rougon, un agriculteur robuste qui finira par mourir) et une autre illégitime (née du remariage après veuvage d’Adélaïde Fouque avec Macquart, un contrebandier violent et impulsif).

Dans son œuvre naturaliste, Zola incorpore la thèse de l’hérédité, donnant une conception scientifique de la personne et élaborant une transmission de la névrose de l’aïeule commune (A. Fouque) aux autres générations.

Se documentant et allant sur le terrain, le romancier va entreprendre de peindre avec un souci du détail presque maladif, l’époque du Second Empire (1852-1870). Monde de la spéculation immobilière, de l’armée, de la paysannerie, des ouvriers, de la petite bourgeoisie, du clergé, ces romans font office d’études dans lesquels les personnages sont pris entre hérédité et influences sociales. Le monde zolien évolue suivant les générations, les influences historiques et idéologiques. Zola pend à travers eux, sa vision d’une société future.

 

Le Personnage en question au XX° siècle

 

Le Nouveau roman s’affirme entre 1950 et 1970 par les effets de la psychanalyse, de l’évolution de la société moderne, et d’un changement de la conception du monde et de l’humanité suite à la Seconde guerre mondiale.

Cette remise en question est initiée par Proust, Kafka, Woolf, Joyce et Faulkner. On regroupe aussi Sarraute, Robbe-Grillet, Duras, Simon et Butor.

Les personnages de romans deviennent des figures indécises, à la psychologie complexe. Virginia Woolf et James Joyce parlent d’un monologue intérieur pour rendre compte de la conscience des personnages tandis que Nathalie Sarraute s’intéresse aux comportements stéréotypés et aux lieux communs de la conversation.

On note une perte d’identité des personnages qui n’ont parfois plus de nom, une initiale (« k » chez Franz Kafka) ou un pronom personnel (« vous » chez Michel Butor). Le roman privilégie des êtres socialement indéterminés, marginaux (Camus, l’Etranger), ayant des difficultés à s’exprimer en société.

 

Les origines du roman

 

Au Moyen-âge, le mot « roman » désigne, par opposition au latin, la langue vulgaire, celle parlée. Dans le prologue du Chevalier à la charrette (1176-1181), Chrétien de Troyes affirme « entreprendre un roman », donnant sa terminologie à un genre où le récit repose sur la représentation de l’homme dans son devenir (comme le souligne Bakhtine en 1978).

Les premiers romans seraient issus des sociétés en mutation, notamment grecque et romaines (Ier et IIIème siècle avant J.C)  qui accordent plus de place à la notion d’individu. Très vite, le roman peint le réalisme.

L’histoire du roman français émerge au XII° siècle, avec le passage de l’écriture en vers à la prose, et  les écrits de chevaleries. On note alors trois matières : La France (épopées), l’Antiquité et la Bretagne (légendes Arthuriennes).

Le XIII° et XIV° siècles prolongent cette période avec de nombreuses réécritures tandis que l’essor d’une certaine bourgeoisie et l’évolution du gout de la Cour entraînent des mutations dans le romanesque : le réalisme et l’idéalisation.

Les romans de chevalerie restent des succès populaires au XVI° siècle, bien que seul Rabelais perce réellement avec sa fiction annonçant l’Humanisme. Mais le roman devient un genre mineur.

 

Le roman à l’âge classique

 

Le mépris du XVI° siècle pour le roman s’accentuera au XVII° siècle, notamment avec l’aire héroïque et sentimentale. Pour le clergé, il est impossible d’atteindre la vérité et le réel à travers la fiction et le mensonge, l’illusion romanesque détournant selon eux la réalité.  

Néanmoins, entre le XVII° et le XVIII° siècles, le roman est un genre fécond, beaucoup lu et écrit, permettant aux auteurs une certaine liberté (tous les procédés d’écriture y sont possible), si bien qu’il passera au stade d’art de vivre chez nobles et bourgeois.

Sont appréciés les romans romanesques d’idéalisation (L’Astrée), accumulant héroïsme et sentimentalisme, les romans comiques (Sorel, Histoire comique de Francion, Scaron, Le roman bourgeois) plus proche du réalisme, et les romans picaresque (Cervantès, Dom Quichotte). Le classicisme impose sa sobriété face aux excès du baroque. Ainsi naissent des romans d’analyse comme La Princesse de Clèves (Mme de la Fayette).

Au XVIII°, la tendance se poursuit avec l’apparition du roman-mémoire (Manon Lescaut), du roman épistolaire et de l’antiroman (Diderot : Jacques le Fataliste).

 

Le triomphe du Roman au XIX° siècle

 

Méprisé aux XVI° et XVII° siècles, le roman connaît un véritable triomphe au XIX° siècle, dû notamment à l’émergence de la bourgeoisie. S’imposent le Réalisme avec des auteurs comme Stendhal, Balzac et Flaubert qui cherchent à peindre l’histoire et les faits sociaux actuels avec minutie, et le Naturalisme de Zola, qui pousse à l’excès le réalisme, devenant un instrument de connaissance.

Mais écrire la réalité est impossible pour beaucoup (Flaubert, Balzac ...) et peu acceptent appartenir au Réalisme. Pour Flaubert, prédomine surtout le beau style et la mélodie, celui-ci passant 7 ans à l’écriture de Madame de Bovary.

 

 

L’éclatement du roman au XX° siècle

 

Le roman du XX° siècle est à de nombreuses échelles, un héritage de celui du siècle précédent. A l’image de Balzac et Stendhal, Proust, Aragon et bien d’autres ont poursuivit la peinture du réel, perpétuant de ce fait le réalisme. Mauriac, Proust, Camus et Sarraute font de leurs romans, des analyses psychologiques tandis que Céline ou encore Simon rejoignent Flaubert quand à l’importance du style.

Au début du siècle, le Surréalisme récuse le roman jugé « bourgeois » tandis qu’après la Seconde guerre mondiale, le Nouveau Roman met à mal les illusions réalistes. On préfère parler alors de récits plutôt que de romans. Cependant, ces crises aboutissent paradoxalement à une révolution romanesque par laquelle le style évolue et où la progression cesse d’être linéaire pour devenir complexe. L’écriture devient plus proche de la parole, et le schéma narratif évolue.

 

Le personnage de roman

 

Le personnage n’est pas une personne, mais une représentation construite par la fiction et relevant de la conception que l’auteur fait de la personne, vision influencée par l’époque d’écriture (« personnage de papier » ; procès de Flaubert pour Madame de Bovary...). Le héros de roman incarne ainsi les valeurs de l’époque à laquelle l’auteur écrit. Il peut aussi être un type, ayant les caractéristiques d’un milieu, d’une culture ; ou un individu ayant une identité plus ou moins complexe mais évoluant. Le personnage est placé dans un schéma actantiel, mis en relation avec d’autres. Il peut alors être objet, sujet, destinateur (pousse le sujet vers une quête), destinataire (bénéficie de cette quête), opposant, adjuvant. C’est une force qui agit, il est actant.

Le personnage peut avoir une signification suivant son identité, ayant un rôle thématique (mettant l’accent sur une caractéristique), s’inscrivant dans un système hiérarchique (nombre d’apparitions...).

 

Narrateur et Narration

 

Externe, Interne ou omniscient, le narrateur est la voix du récit, celui qui transmet et qui organise l’histoire. Il fait la communication avec le narrataire et peut exposer ses sentiments, ses jugements, son savoir et sa position idéologique. Un narrateur peut varier d’un récit à l’autre. Il peut soit être proche des faits relatés, créant une dimension objective, ou loin, rendant son discours subjectif.

L’intrigue classique suit un processus de transformation allant d’une situation initiale à une situation finale. Elle peut être linéaire ou complexe (prolepses (avant) et analepses (après)). La narration peut être ultérieure, antérieure, simultanée ou intercalée (mélange de situations ultérieures et antérieures). Elle donne sa vitesse au roman qui varie suivant les scènes.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 19:51



« Les grands romans viennent du cœur. » Cette citation extraite de Mémoires intérieures présente d’elle-même l’investissement de son auteur, Mauriac, lors de la rédaction de ses romans. Notamment connu pour avoir reçu de nombreuses distinctions comme la légion d’honneur, le prix Nobel de littérature et pour être entré à l’académie française en 1933, il a aussi et surtout écrit des œuvres comme Thérèse Desqueyroux, Le Sagouin, ou encore Le Nœud de Vipères.

Ce dernier est le réquisitoire d’un homme âgé et riche, Louis, contre la famille qu’il a toujours haïe. Il cherchera alors à se venger, pour finir par pardonner. Dans ce texte extrait du début du troisième chapitre, Mauriac nous présente en détail les relations que Louis tient avec ses proches. Aussi peut-on se demander quel portrait familial l’auteur brosse-t-il ?

Nous verrons dans un premier temps la vision de Louis sur sa famille, avant de porter notre attention sur la personnalité du héros-narrateur.

 

I. La vision du narrateur sur son entourage

 

Ce texte est un véritable réquisitoire du narrateur contre sa famille.

- Il commence par « je me suis arrêté d’écrire [...] et que j’entendais parler au-dessous de moi ». « au-dessous de moi » laisse à penser que Louis se tient à l’étage de Calèse tandis que l’ensemble de sa famille se trouve au rez-de-chaussée. Il est ainsi en dehors des conversations familiales, en dehors de sa famille. Or, lorsque le narrateur interne entends sa famille parler, il est troublé : « Vous parliez à voix basse et c’est cela qui me trouble ». On note que pour accentuer le ressenti de son héros, l’auteur juxtapose une affirmation, « non que vous fissiez beaucoup de bruit » avec « Au contraire : vous parliez à voix basse et c’est cela qui me trouble ». Au contraire est un articulateur logique utilisé ici pour articuler la pensée du narrateur et pour accentuer sur ces impressions. Les deux-points suivants marque l’appuie sur ce qui suit, c'est-à-dire le trouble de Louis, lui-même accentué par « c’est cela qui me ». Ainsi, on sait dès les premières lignes que Louis est écarté de la vie familiale.

- En effet, selon le héros, sa famille se méfie de lui, ils semblent avoir peur de lui : « Mais maintenant, vous vous méfiez, vous chuchotez ». « Mais maintenant montre que ce malaise est présent depuis déjà un certain temps tandis que mis en relation avec « Autrefois » (4), on sait que ce genre de conversations existe depuis assez longtemps.

- Alors que l’on avait déjà pu lire « c’est cela qui me » qui accentué sur le trouble du narrateur, on remarque une structure identique avec « c’est vous qui baissez la voix et qui ne voulez pas que je surprenne vos paroles ». L’idée d’un complot est ainsi répétée plusieurs fois accentué, sans pour autant être explicitement dit.

- Il décrit ensuite sa famille, ou plutôt les hommes, surement plus apte à corroborer son idée d’une famille riche voulant toujours plus de richesses : « Et ils sont tous là, autour de toi, la langue tirée [...] ce garçon qui donne du vingt pour cent ! » (11-15) Louis est méprisant comme l’indique l’utilisation de « et » suivit de « la langue tirée », périphrase  consistant à désigner l’avarice des enfants. Ceux-là font penser à des requins tournant autour d’une proie qui pourrait être ici Louis et son héritage. « autour de toi » montre que Louis semble certain que sa femme Isa soit la meneuse du complot contre sa personne.

-« le gendre qui est dans les rhums » à métonymie indiquant expressément qu’il a une condition assez élevé. « le petit-gendre qui ne fait rien » caractérise Phili, qui pour Louis semble être un parasite. « ...notre fils Hubert, l’agent de change [...] qui donne pourtant du vingt pour cent ! » Donner du 20% pour un agent de change signifie qu’il est déjà très riche, « pourtant »  et l’exclamation accentue sur l’incompréhension et la colère du narrateur : comme un fils aussi riche qui n’est surement pas dans le besoin peut-il tourner autour d’un héritage.

- « Ce serait si simple de couper des pins... » vas-tu me souffler ce soir » Pour Louis, Isa a monté ses enfants contre lui, mais il ne s’arrête pas là ! Il semble aussi penser qu’Isa cherche à le manipuler, lui demandant une part de ses richesses ou des sacrifices (les pins) pour subvenir aux besoins de ceux qu’il hait.

 

II. La personnalité de Louis

 

- L’extrait commence par « je me suis arrêté d’écrire » tandis qu’il rapporte et décrit la scène par le biais d’un imparfait de description : « non que vous fissiez », « vous vous méfiez »... Ainsi Mauriac fait reprendre l’écriture du cahier après que le narrateur est assisté à la scène qu’il rédige ensuite.

- Je me suis interrompu d’écrire parce que la lumière baissait » par cette phrase, Louis semble vouloir légitimer le fait qu’il épie, par un prétexte qui peut sembler fallacieux.

 - Cependant, il poursuit avec « j’entendais parler au-dessous de moi » qui peut laisser penser que le narrateur  est  paranoïaque : Pour lui, le moindre chuchotement le concerne.

- « vous parliez à voix basse et c’est cela qui me trouble » on remarque que dans cette phrase, la première partie est à l’imparfait de description tandis que le verbe suivant, « trouble », est au présent d’énonciation, voire de vérité général. Louis analyse lorsqu’il écrit ce qui s’était passé.

- « C’est vous qui baissez la voix et qui ne voulez pas que je surprenne vos paroles » La paranoïa fait son effet, il commence par énoncé ses pressentiments.

- Il écarte les différentes hypothèses : « j’entends le grondement du train sur le viaduc » pour lui, la réponse d’Isa (« que je devenais dur d’oreille ») n’est pas valable et est une ruse pour lui faire croire que elle est le reste de la famille ne parlent pas derrière son dos.

- Interrogations rhétoriques : « Que me cachez-vous ? Les affaires ne vont pas ? » Méfiant, il cherche et écarte les différentes hypothèses.

- Présence d’un lexique familier traduisant la colère ou le mépris du narrateur : « dur d’oreille », « je ne lâcherai pas le morceau », « langue tirée ».

- Paroles rapportées pour montrer qu’il calcul ce qu’il se passe autour de lui, il sait à l’avance ce qu’on va lui reprocher : « tu me rappelleras », «  tu vas me demander », « vas-tu me souffler »...

- Ce texte est une argumentation rigoureuse, Mauriac donne ainsi à son personnage principale les caractéristiques d’un bon avocat et une démarche analytique propre à ses propos.

- « Je suis privé de mes petits-enfants... » Discours indirect libre montrant par les « ... » le désespoir du narrateur de ne pouvoir voir ses petits-enfants du fait qu’il hait ses enfants. Pour lui, ils ont besoin de pins.

- « C’est de cela qu’il est question entre vous et dont vous parlez à voix basse » après avoir écarté toute hypothèse, Louis fini par se persuader que sa famille complote pour avoir ses richesses.

Ainsi Mauriac nous présente un contexte familial plus qu’imparfait par le biais d’un héros-narrateur méprisant, rancunier, coléreux, paranoïaque... Celui-ci fait véritablement un réquisitoire de ses proches dans ce texte qui tourne autour des hypothèses de la venue de ses enfants et petits-enfants.

Le personnage de Louis est aux antipodes de celui du Père Goriot de Balzac dans son œuvre éponyme. Ce dernier représentant l’amour paternel le plus extrême.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 19:42



Texte étudié :

Début du roman (Incipit : premières pages) et fin (Excipit : Dernières pages) en étude comparée.

Lecture Analytique :

« Les grands romans viennent du cœur. » Cette citation extraite de Mémoires intérieures présente d’elle-même l’investissement de son auteur, Mauriac, lors de la rédaction de ses romans. Notamment connu pour avoir reçu de nombreuses distinctions comme la légion d’honneur, le prix Nobel de littérature et pour être rentré à l’académie française en 1933, il a aussi et surtout écrit des œuvres comme Thérèse Desqueyroux, Le Sagouin, ou encore Le Nœud de Vipères.

Ce dernier est le réquisitoire d’un homme âgé et riche, Louis, contre la famille qu’il a toujours haïe. Il cherchera alors à se venger pour finir par pardonner. Ce roman à registre pathétique se caractérise par un incipit mordant, où les premières pages nous font entrevoir tout le mépris du narrateur pour ceux qu’il déteste. A contrario, l’excipit nous le présente tout autrement. Aussi peut-on se demander comme Mauriac introduit-il et achève la vie du héros de son œuvre.

Nous verrons dans un premier les différentes techniques narratives entre ces deux périodes avant de porter notre attention sur l’évolution des personnages.

 

I. Les différentes techniques narratives

 

  • Les techniques narratives dans l’incipit

 

- L’incipit se compose de 4 paragraphes : Les deux premiers constituent la lettre tandis que dans les deux autres, le narrateur s’exprime sur son histoire.

- Le roman débute par « Tu seras étonnée de découvrir cette lettre dans mon coffre, sur un paquet de titres ». « Tu », premier mot nous donne l’impression d’être les destinataires de ce qui suit. « Etonnée », verbe féminin, nous apprend que le récepteur du message est une femme. Ligne 3 : « Il eût mieux valu peut-être la confier au notaire qui te l’aurait remise après ma mort » montre que la destinatrice est une femme de l’entourage proche du narrateur tandis que « le premier que les enfants forceront avant que j’aie commencé d’être froid » nous indique clairement qu’il s’agit de la femme du narrateur. Ainsi on apprend peu à peu à connaître les personnages par le biais de quelques indices laissés par l’auteur.

- Parole rapportée : « les titres y sont. » (13) Le narrateur sait à l’avance ce qui va se dire, il a tout calculé.

- « Il s’en est fallu de peu qu’ils n’y fussent pas et j’avais bien pris mes mesures » à poursuite de l’impression d’être en présence d’un héros calculateur : cette première scène se déroule après une première rencontre avec Robert : Le héros sait qu’il ne donnera pas tout à son fils illégitime.

- Nouvelles paroles rapportées : « Où sont les titres ? » à Le narrateur met en évidence l’hypothèse des propos tenus par ses enfants après sa mort.

- Temps verbal : Présent de narration

- Forte ponctuation et articulateurs logiques « Et voici qu’aujourd’hui du moins... » (19), Mais c’est que... » (5) : Mauriac articule la pensée de son narrateur, conférant plus d’impact à ses propos, impact qui se retrouve par des figures de rhétoriques comme « ...durant presque un demi-siècle, cuisinée » (9) : réification comparant la haine à un plat, « ...qui n’eût rien contenu d’autre que cette vengeance » à réification comparant la vengeance à un objet, une lettre.

- Rythme ternaire à le narrateur explique ses ressentis (registre explicatif).

 

  • Les techniques narratives dans l’excipit

 

- L’excipit débute par « Depuis un mois qu’elle a fui la maison de santé et que je l’ai recueillie, Janine n’est pas guérie encore ». Mauriac commence se dernier chapitre en plaçant Janine dans les propos du narrateur, celui-ci continuera jusqu’à sa mort à parler de sa petite fille.

- Mauriac poursuit par une description de la cour : « les carcasses des charmilles », « les bosquets maigres grelottent sous la pluie éternelle », « l’humidité pénétrante « , toutes ces personnifications accentuent sur l’aspect larmoyant du temps qui se joint aux larmes de Janine :  « et de même [...] ne lui veulent aucun mal ».

- Louis rapporte les propos de Janine au sujet de Phili « Vous ne pouvez pas [...] Vous ne pouvez pas savoir quel être » et à ce « réquisitoire ou » ce « dithyrambe », il rapporte les propos de l’intéressé, le comparant à une « espèce de chiens ».

- Important champ lexical de la pitié avec « malheureuse », « pitié », « pluie » , « l’alcool à tout le reste », « quelle misère », « ce qui fait mal à mon cœur », « consolation »...

- « Elle aurait dit d’une même voix qu’elle payait ses contributions » : Mise en évidence de l’intonation hypocrite de la voix de Janine lorsqu’elle parle de la religion.

- Dans cette fin, il y a beaucoup plus de points de suspenssions.

- Mort du personnage principal, narrateur, qui s’achève d’écrire sur « ador ». Seul « ce qui m’étouffe », « ce qui fait mal à mon cœur comme s’il allait se rompre, cet amour... » laisse à présager la fin de Louis ; celui-ci croit souffrir de l’amour, mais son mal est plus physique.

- Les points suivant « ador » montre l’intervention de Mauriac, Louis ‘aurait pu écrire « ... » s’il était réellement mort sur ce mot.

 

 

II. L’évolution des personnages

 

  • Les personnages au début de l’histoire

 

- Isa : Dès la première page on note que la femme du narrateur semble davantage préoccupée par l’héritage légué par son époux aux enfants, que par la mort de ce dernier : « Rassure toi, tu es d’ailleurs déjà rassurée : les titres y sont » (13). C’est à elle que Louis destine sa lettre.

- Louis : Narrateur de l’histoire, il est ivre de haine et de vengeance à l’égard de sa femme et ses enfants. « Haine » et « vengeance » sont deux termes qui reviennent très fréquemment dans ce début de texte. Calculateur (« Oui, j’ai été un homme capable de tels calculs ») il semble vouloir se porter en victime, se trouvant quelques excuses à son comportement (« Rendez-moi justice que j’ai offert à Geneviève de lui céder la place »).

Dans le troisième paragraphe, on en apprend plus sur la famille de louis, sans encore savoir son identité. L’incipit s’achève sur « Ils se détestent et ne peuvent se fuir au fond de ces maisons » : cette phrase caractérise aussi la famille de Louis.

- Les enfants sont qualifiés par « les premiers que les enfants forceront avant que j’aie commencé d’être froid » (5)

 

 

  • Les personnages à la fin de l’histoire

 

- A la fin de l’histoire, Louis a recueillie Janine, sa petite fille. On note alors un fort champ lexical de la pitié qui supplante la haine ressentie dans l’incipit. Il ne semble plus haïr, on peut donc s’imaginer que sa haine est partie avec sa femme.

- « cette caricature grossière, cette charge médiocre de la vie chrétienne » à il est toujours anticlérical.

- « qui me rappelait Marie » et Luc que je croyais embrasser » montre que s’il recueille sa petite fille, c’est aussi pour être en contact avec  la fille de celle-ci, qui lui rappel les deux enfants qu’il aima réellement.

- « Vous vous moquez de moi », bien qu’elle soit aux côtés de son grand-père, Janine reste méfiante, distante.

- « Comme ce papillon blanc commun ressemble à tous les papillons blancs » : Critique, Louis témoigne que pour lui, Janine n’a jamais été et ne sera pas la seule à éprouver ces sentiments. Il est très critique sur elle : « Cette femme aux traits réguliers [...] est marquée du signe de celles qui n’arrêtent pas un regard ».

- Il compare Phili à « une espèce de chiens ».

- Sa famille se méfie « Les autres s’imaginent [...] des interminables journées de Calèse ».

- Lui ne leur voue aucune colère : « recommencer indéfiniment de persuader à la petite que ses parents, son frère, son oncle, ne lui veulent aucun mal ». 

 

Ainsi, en comparant le début et la fin du roman de Mauriac, on note que la haine ressentie par Louis contre sa famille s’est dissipée avec la mort de sa femme, Isa. Le début est argumentatif, la fin est pathétique. Les personnages évoluent tout comme les techniques narratives qui, à la fin du roman, accentues sur la pitié plutôt que sur la haine.

Louis semble être l’emblème d’une certaine hypocrisie voué pour sa famille, au même titre que le père Goriot de Balzac représenté l’amour paternel, sans limite.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 18:44



« Je suis moi-même Mme Bovary » Cette citation extraite des propos de Flaubert qui, perfectionniste et auteur réaliste malgré lui, nous offre un chef d’œuvre de la littérature française, tant par le style d’écriture que par la psychologie peinte des personnages.

Né en 1821 et mort en 1880, Flaubert est un des plus illustres auteurs du XIXème siècle, au même titre que Balzac, Sand ou encore Stendhal. Critiquant avec véhémence le Réalisme, courant littéraire davantage connu par des auteurs ni figurant pas que par les réels réalistes, Gustave Flaubert à eu tout au long de sa vie  un souci maladif pour le détail, consultant plus de milles livres pour la seule rédaction de Salammbô.

Ecrit sur plus de sept ans, Madame Bovary est le roman de la consécration de Flaubert. Il y peint avec minutie la vie d’une provinciale qui cherche à échapper au traintrain quotidien en trouvant l’amour en la personne de Rodolphe, un noble libertin.

Dans ce texte extrait du chapitre 13 de la deuxième partie de Madame Bovary, Rodolphe, séducteur et amant de l’héroïne, écrit une lettre de rupture à Emma.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Flaubert brosse-t-il le portrait d’un homme lâche ?

Nous verrons dans un premier temps le regard que porte Rodolphe sur Emma avant d’analyser le triple portrait de l’auteur fait du personnage.

 

I. Le regard de Rodolphe sur Emma Bovary

 

Cet extrait ne fait pas directement intervenir l’héroïne. Ainsi, on apprend à la connaître par le biais du regard que lui porte son amant, Rodolphe :

 

- Pour Rodolphe, Emma Bovary est tout d’abord naïve. En effet, on peut le remarquer grâce aux adjectifs « confiante et folle » qualifiant la jeune femme dans la lettre qui lui est adressée.  La confiance est une espérance en une personne, en un acte, en une chose. Or lorsqu’elle est mêlée de folie, cette espérance relève de la naïveté.

- « Si je lui disais que ma fortune est perdue ?...Ah ! non, et, d’ailleurs, cela n’empêcherait rien. Ce serait à recommencer pus tard. » Pour l’auteur de la lettre, Emma est attirée par le luxe et par les titres. Mais elle est aussi amoureuse à l’excès et « Ce serait à recommencer pus tard » insiste sur le fait qu’elle est autant attirée par l’homme que par son capital.

- « Est-ce qu’on peut faire entendre raison à des femmes pareilles ? » : Pour Rodolphe, Emma le prive de liberté. Il est libertin et elle est amoureuse. Elle est donc plus difficilement malléable, ce qui semble pousser le personnage à la rupture.  

- « Pourquoi étiez-vous si belle ? » et « Soyez toujours bonne ! » : L’héroïne est alors considérée pour sa beauté, non pour sa personnalité.

- « N’en accusez que la fatalité » : cette citation peut être un clin d’œil de l’auteur, en effet à la fin du roman, Charles Bovary accuse la fatalité lorsqu’il se penche sur le corps sans vie de son épouse. L’incapacité des personnages à maîtriser leur destin semble mettre en évidence un registre tragique. Il est cependant pathétique.

- « Partout où nous eussions été » à La jeune femme veut s’enfuir avec son amant ; elle retranscrit dans sa vie ce qu’elle lit dans ses romans. Emma est le personnage type romanesque.

- « Si vous eussiez été une de ces femmes au cœur frivole comme on en voit » : Emma s’implique trop dans la relation : elle veut s’enfuir avec l’homme qu’elle aime.

- De plus, étant donné que Rodolphe mesure ses propos avec « Comment vais-je signer, maintenant ? », on peut s’imaginer que Emma est une femme émotionnellement fragile.

- « Pour qu’elle ne vienne pas à ma relancer » : par cette phrase, on sait que Rodolphe trouve Emma envahissante.

Ainsi Flaubert nous dépeint un personnage libertin, noble de province, qui séduit les femmes lui laissant suffisamment de liberté. Or, il considère Emma comme  amoureuse, belle, naïve, romanesque et envahissante ce qui le poussera à la rupture. Mais qu’en est-il de la personnalité de Rodolphe ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

II. Une double personnalité

  • Le Rodolphe connu par Emma

 

- « Si je lui disais que ma fortune est perdue ? » et « elle va peut être croire que c’est par avarice que je renonce » : Emma connaît Rodolphe en parti pour son rang dans la société et pour son capital. La jeune femme étant attirée par le luxe et la renommée, elle est donc amoureuse.

- « L’idée seule des chagrins qui vous arrivent me torture » : L’héroïne peut penser, par les expressions et l’écriture de Rodolphe, que l’homme est attentionné, qu’il la voit comme une personne entière et qu’il ressent réellement ce qu’il écrit.

- « Oubliez-moi ! » à le dramatisme de cette expression semble légitimer l’acte de Rodolphe, ce qui peut pousser Emma à le croire réellement amoureux.

- « j’agis dans son intérêt ; je suis honnête. » Par cette phrase, Rodolphe essaie de se trouver des excuses. L’honnêteté qu’il se trouve transparait dans son tempérament, aussi peut-on imaginer qu’Emma le croit honnête. 

- « Pauvre ange », par cette métaphore, Rodolphe se montre compatissant. Emma peut le croire réellement amoureux.

  • Le véritable portrait de Rodolphe

 

Rodolphe apparaît comme un homme lâche, fuyant ses responsabilités en jouant sur l’hypocrisie :

 

- « J’ai voulu m’enfuir au plus vite », « si vous eussiez été une de ces femmes » (21)à lorsque Rodolphe parle d’amour et de leur liaison, il le fait au passé ce qui implique que leur relation est finie.

- « L’idée seule des chagrins qui vous arrivent me torture » à le présent utilisé pour la description des ressentis d’après union accentue sur la rupture et la rend quasi irrémédiable.

- Dans sa lettre, Rodolphe parait faussement lyrique tandis que Flaubert nous le décrit plus terre à terre en retranscrivant ses propos :

 Le lyrisme se retrouve grâce à :

- Des apostrophes et des injonctions : « Du courage, Emma ! », « Emma ! Oubliez-moi ! » (3 ;17)...

- Des exclamations : « Ô mon Dieu ! non, non, n’en accusez que la fatalité ! » (19), « je n’en sais rien, je suis fou ! » (33)...

- Des interrogations rhétoriques donnent l’impression d’une argumentation : « Avez-vous mûrement pesé votre détermination ? » (5)

- Des hyperboles : « l’abime où je vous entraînais » (5), « et moi qui voulais vous faire asseoir sur un trône » (31)

- Comparaison : « moi qui emporte votre pensée comme un talisman » (32)

- « Insensés » (7), « pourquoi étiez-vous si belle ? » (18), « confiante et folle » (6), « l’ombre de ce bonheur idéal comme à celle du mancenillier, sans prévoir les conséquences » : illusion d’un bonheur perdu

- De plus, l’acte d’écrire sa rupture met en évidence la lâcheté du personnage. En effet, il peut réfléchir à ses idées : « si je lui disais que ma fortune est perdue ? » (9), « Comment vais-je signer ? » (44), « voilà un mot qui fait toujours de l’effet » (20)... De plus, écrire peut le sécuriser dans son entreprise : « j’agis dans son intérêt ; je suis honnête ».

- Le regard du narrateur se superpose au discours de Rodolphe ce qui accentue sur la psychologie du personnage « Rodolphe s’arrêta ici pour trouver quelque bonne excuse »(8)

 

Par son texte, Flaubert nous dépeint les traits d’un libertin lâche, cherchant des conquêtes naïves et mariées pour sauver sa liberté. Or lorsqu’Emma décide de, sous l’impulsion de ce qu’elle lu dans ses romans, partir avec son amant, celui-ci décide de se séparer par le biais d’une lettre. Hypocrite, Rodolphe considère Emma comme une femme aussi jolie qu’envahissante. Nous avons donc pu voir que le personnage du lâche possède deux personnalités : une connue par sa conquête, Emma, l’autre connue par les lecteurs.

Le thème de la déception amoureuse revient régulièrement dans les œuvres réalistes du XIXème comme notamment avec la liaison impossible entre Raphaël de Valentin, pauvre cherchant à se faire un nom, et Foedora, riche et belle noble célibataire se jouant des hommes dans La peau de chagrin de Balzac.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 18:36


Texte étudié :

"Eh - qu'est-ce qui est simple, à ce compte-là?" intervint, assez mal à propos, l'étudiant à lunettes.
"Comment, qu'est-ce qui est simple? Vous ne le savez pas? Vous ne vous en doutez donc pas quand même un peu, vous?" Adam eut un geste vers sa poche pour prendre le paquet de cigarettes, mais, nerveusement, sa main s'arrêta.
"Vous ne la voyez donc pas, cette vie, cette putain de vie, autour de vous? Vous ne voyez pas que les gens vivent, qu'ils vivent, qu'ils mangent, etc? Qu'ils sont heureux? Vous ne voyez pas que celui qui a écrit, "la terre est bleue comme une orange" est un fou, ou un imbécile? - Mais non , vous vous dites, c'est un génie, il a disloqué la réalité en deux mots. Ça décolle de la réalité. C'est un charme infantile. Pas de maturité. Tout ce que vous voudrez. Mais moi, j'ai besoin de systèmes, ou alors je deviens fou. Ou bien la terre est orange, ou bien l'orange est bleue. Mais dans le système qui consiste à se servir de la parole, la terre est bleu et les oranges sont orange. Je suis arrivé à un point où je ne peux plus souffrir d'incartades. Vous comprenez, j'ai trop de mal à trouver la réalité. Je manque d'humour? Parce que d'après vous il faut de l'humour pour comprendre ça? Vous savez ce que je dis? Je manque si peu d'humour que je suis allé beaucoup plus loin que vous. Et voilà. J'en reviens ruiné. Mon humour, à moi, il était dans l'indicible. Il était caché et je ne pouvais le dire. Et comme je ne pouvais le mettre en mots, il était beaucoup plus énorme que le vôtre. Hein. En fait il n'avait pas de dimensions. Vous savez. Moi je fais tout comme ça. La terre est bleue comme une orange, mais le ciel est nu comme une pendule, l'eau rouge comme un grêlon. Et même mieux: le ciel coléoptère inonde les bractées. Vouloir dormir. Cigarette cigare galvaude les âmes. 11è. 887. A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, Q, R, S, T, U, V, W, X, Y, Z. et Cie."
"Attendez, attendez un moment, je -" commença la jeune fille. Adam continua:
"Je voudrais arrêter ce jeu stupide. Si vous saviez comme je voudrais. Je suis écrasé, bientôt presque écrasé..." dit-il, la voix non pas plus faible, mais plus impersonnelle.



Lecture Analytique :

Né à Nice en 1940, Jean-Marie Gustave Le Clézio est un romancier français contemporain. Détenteur du prix Nobel de littérature en 2008, il est l’auteur de Le Procès-verbal, son premier roman écrit à l’âge de 23 ans qui lui vaudra le prix Renaudot. Dans ce roman, l’auteur met en scène Adam Pollo, homme jugé fou qui est placé dans un asile psychiatrique. Le Clézio nous présente à travers ce texte à registre polémique et grâce à la psychologie déjantée de son héros le procès du langage, peu apte à retranscrire toutes les idées imaginées par l’Homme.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Le Clézio fixe la frontière entre le normal et l’anormal ?

Nous verrons dans un premier temps la normalité présentée avant d’étudier la folie du héros.

 

I. Les différentes marques de la normalité

 

  • La normalité chez Pollo

 

Par ses écrits, Le Clézio nous fait nous interroger sur : Qu’est-ce que la normalité ? Aussi chercherons-nous à étudier celle-ci comme un comportement se rapprochant des normes, des valeurs et des pratiques acquises et partagées par l’ensemble des individus membre de notre société.

- Adam Pollo, dans son argumentation, utilise un discours tout à fait cohérent, si bien que l’on peut réellement se poser la question de sa folie. La cohérence se note par la forte ponctuation utilisée. Les phrases interrogatives sont très présentes ce qui montre qu’il a un message à transmettre, et qu’il ne parle pas de manière purement superficielle comme pourrait le faire un fou. On note de nombreuses virgules lorsqu’il argumente un peu ou lorsqu’il y a gradation. On voit des deux points dans « Et même mieux : » (21) tandis qu’il y a beaucoup de connecteurs logiques come « Et même mieux », « Ou bien la terre » (12)...

- Adam Pollo dévoile une courte réflexion sur lui-même et surtout sur son humour avec « Je manque d’humour ?... » Il est apte à se remettre en cause et à voir ses défauts.

- « Souffrir d’incartades » cette allusion au poète surréaliste Paul Eluard montre que le héros a de la culture et sait s’en servir avec talent : il n’est pas si fou.

- « Mon humour, à moi, il était dans l’indicible [...] je ne pouvais le mettre en mots... » (18) La thèse de Le Clézio et donc, d’Adam Pollo est que le langage est trop restrictif, il ne permet pas de dire tout ce que l’on peut imaginer.

 

  • Autres marques du « normal »

 

La normalité se situe aussi grâce aux deux autres protagonistes : « l’étudiant à lunettes » et la jeune fille.

- « Eh – qu’est-ce qui est simple, à ce compte-là ? » (1) l’étudiant, qui intervient « assez mal », s’intéresse à ce que peut penser Adam Pollo. »

 

 

II. La folie du héros 

 

  • Une argumentation agressive...

 

- « J’ai trop de mal » (14), « j’en reviens ruiné » (17), « je suis allé beaucoup plus loi que vous » (16). Les hyperboles présentes dans ce texte ont pour but d’accentuer sur les propos d’Adam Pollo.

- Dans son discours, dam Pollo utilise 9 interrogations rhétoriques. Tout d’abord, les six premières sont rapprochées au début du texte, puis il poursuit sur une série de courtes affirmations pour reprendre avec trois autres questions sans réponse.

- Ce discours dénombres de nombreuses gradations notables par des répétitions « Comment, qu’est-ce qui est simple ? [...] Vous ne vous en doutez donc pas quand-même un peu, vous ? ». Des parallélismes syntaxiques « C’est beau. Ça décolle de la réalité. C’est un charme infantile » sont présent, accentuant et accroissant la portée des idées

- Les phrases affirmatives sont courtes pour imposer sans développer son ressenti. Le rythme est alors binaire tandis que pour les phrases interrogatives, plus utilisées pour provoquer un questionnement chez les destinataires, le rythme est plus long.

- Le Clézio donne à son personnage un lexique assez familier, voire mordant. Celui-ci cherche à faire passer ses idées, sa perception à son interlocuteur par le biais de noms chocs. « Vous ne la voyez donc pas, cette vie, cette putain de vie, autour de vous ? » Putain accentue sur le fait qu’il ne se sente pas à son aise dans la société auquel il appartient. « celui qui a écrit [...] est un fou, ou un imbécile ? » : Nous sommes en présence d’une petite gradation caractérisée par « fou », qualifiant l’individu de malade, et « imbécile » qualificatif plus fort où l’homme n’a plus la légitimité de sa maladie pour se défendre. Ainsi Adam montre qu’il s’oppose à se schéma de pensé, celui-là même qu’il va condamner dans la suite de son argumentaire.

- Adam Pollo répète certaines idées et certains mots pour accentuer sur ce qu’il cherche à mettre en évidence : « Comment, qu’est-ce qui est simple ? [...] Vous ne vous en doutez donc pas quand-même un peu, vous ? » (3) Ici, « vous » est répété trois fois, accentuant sur le destinataire qui n’est autre que l’étudiant et le lecteur. « Savez » et « doutez » son deux mots à sens proche qui, dans le contexte, appuis sur ce qui va suivre. « Vous ne la voyez donc pas, cette vie, cette putain de vie, autour de vous ? » (6) « Vous » est répété encore deux fois tandis qu’il accentue sur la « vie » qu’il, comme nous l’avons vu précédemment, qualifie de « putain », mot qui laisse à penser qu’il ne se sent pas à son aise dans son milieu social d’appartenance. Par « Hein » (19), Le Clézio souligne ce qu’il avait spécifié avant, et Adam recueille l’avis de son interlocuteur sans pour autant attendre sa réponse.

 

 

  • ...faite par un héros déjanté

 

- Les trois dernières interrogations rhétoriques sur son manque d’humour montrent qu’il est assez « excité » et nerveux. En effet, il n’attend pas les questions et les réponses, il parle, affirme, et délivre un abadons d’idées en une multitude de phrases courtes. De plus, sa nervosité se lit dans « mais, nerveusement, sa main s’arrêta » (5).

 

 

Ainsi, par le biais d’un héros qui est dit fou, Le Clézio met en évidence un questionnement philosophique sur la normalité et un procès-verbal du langage. Or, Adam Pollo ne parait pas être fou mais semble avoir une perception des choses bien différente à celle des autres personnages présents.

Cette vision de la normalité peut se retrouver dans Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley où le héros, un homme se rapprochant par sa manière de pensée, d’agir et de vivre de nous, évolue dans un milieu ou aimer et remettre en cause est un crime. Cette opposition et l’attache qui se créée entre lui et le lecteur donne à cet univers toute sa splendeur et sa noirceur.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 18:26



Texte étudié :

De "Ah ! Madame, lui dit M. de Nemours, quel fantôme de devoir opposez-vous..." à "...vous ont donné assez d'espérance pour ne pas vous rebuter".

Lecture Analytique :

Aujourd’hui considéré comme le premier roman d’analyse moderne de la littérature française, Madame de Clèves fut écrit par Marie-Madeleine de La Fayette et publié anonymement en 1678.


L’action se déroule à la cour du roi Henri II. Mlle de Chartres a 16 ans lorsqu’elle rencontre M. Clèves, qu’elle épouse. Mais bien qu’elle estime son mari, elle va tomber amoureuse du duc de Nemours, un coureur de jupon. Par respect, elle livre ses ressentis à M. de Clèves qui en meurt de jalousie et de chagrin.


Dans ce texte extrait du 4ème livre du roman, Madame de Clèves consent à rencontrer M de Nemours pour une première et dernière conversation. Aussi pouvons-nous nous demander comment Madame de la Fayette peint-elle cette première rencontre entre les deux personnages.

Nous verrons dans un premier temps le discours de M. de Nemours avant de porter notre attention sur celui de Mme de Clèves pour finir sur une brève étude de l’argumentation vu par l’auteur.

 

I. Monsieur de Nemours, un séducteur à la recherche du bonheur

 

M. de Nemours est un coureur de jupon, à la psychologie proche de celle d’un Dom Juan. Dans ces propos, il ne semble pas comprendre le discours de Mme de Clèves :

- A la première ligne, « Ah ! [...] quel fantôme de devoir opposez-vous à mon bonheur ? » accentuée par « Quoi ! [...] une pensée vaine et sans fondement vous empêchera de rendre heureux un homme que vous ne haïssez pas ? » sont deux phrases montrant l’incapacité du personnage à comprendre les décisions de Mme de Clèves. Celle-ci s’impose une « barrière » que M. de Nemours qualifie de « pensée vaine et sans fondement », de « fantôme de devoir » en somme d’un mur d’illusion faussement légitime. On note la présence de deux interjections « Ah ! » et « Quoi ! » marquant tout deux une accentuation sur la consternation du protagoniste. De plus, « opposez-vous » et « empêchera » marque l’idée d’un obstacle. Le fait qu’il s’agisse de deux interrogations montre qu’il argumente et cherche à changer l’avis de la princesse.

- « bonheur », « heureux », « félicité » è M. de Nemours recherche le bonheur (CL).

- Dans son discours, M. de Nemours semble vouloir séduire. En effet, nous pouvons noter qu’il mesure ses propos comme dans « un homme que vous ne haïssez pas ». Cette litote montre qu’il parle de l’amour que la femme lui témoigne, sans le nommer clairement. A l’inverse, il désigne ses ressentis plus explicitement « m’aurait conduit à aimer la plus estimable ».

- Des lignes 3 à 6, il utilise dans son discours le conditionnel, futur hypothétique ayant pour but de montrer ce qui se passerait si la princesse ne s’y opposait pas. De plus, ce temps est joint à un déluge d’hyperbole : « passer ma vie avec vous », « la plus estimable personne », « tout ce qui peut faire une adorable maîtresse », « tout ce qui peut être à désirer dans une femme », « la seule personne en qui ces chose se soient jamais trouvées au degré qu’elles sont en vous », « on ne trouve que des sujets d’admiration »... M. de Nemours flatte et séduit.  On observe d’ailleurs une gradation due aux points-virgules ; les flatteries se suivent pour plus d’impacte chez la femme. Cette longue réplique s’achève sur un point d’interrogation, Monsieur de Nemours veut lui faire entrevoir une vie d’amour parfait.

- « Tous ceux qui [...] mais en vous, madame, rien n’est à craindre, et on ne trouve que des sujets d’admiration » Par cette répartie, il cherche à rendre elle et leur unions différentes de celle existantes. Il la fait être unique et montre qu’il n’a pas peur de l’avenir, main tendue vers la princesse qui se sent responsable de la mort de son mari.  

- « N’aurai-je envisagé, dis-je, une si grande félicité que pour vous y voir apporter vous-même des obstacles ? » La thèse du séducteur est répétée après la description d’un bonheur qui lui est ravi.

- Après cette répétition, il se place en victime avec « vous vous êtes trompée et je me suis flatté » cherchant ainsi à avoir une oreille plus attentive et une réponse concrète à ses questions. Il poursuit ainsi (« une si cruelle raison », « après ce que vous venez de me dire ») jusqu’au discours de Madame de Clèves.

 

Ainsi nous avons pu voir un M. de Nemours sûr de lui, séducteur qui cherche à faire changer d’avis Mme de Clèves pour vivre avec elle. Mais quand est-il de la réponse de la veuve ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

II. Mme de Clèves, amoureuse mais intègre.

 

Alors que M. de Nemours cherche à séduire et à convaincre la princesse de s’abandonner au bonheur et alors qu’il se place en victime avec « Ah ! Madame ! [...] Vous vous êtes trompée et je me suis flatté », la protagoniste répond « elle qui me fait envisager des malheurs à m’attacher à vous ». Elle est fidèle à ses principes et craint des malheurs si elle succombe à sa passion.

- De plus, on apprend ensuite que cette rencontre l’attriste : « j’ai même beaucoup de peine à vous l’apprendre ».

- « je veux vous parler encore, avec la même sincérité que j’ai déjà commencé [...] mais je vous conjure de m’écouter sans m’interrompre » à elle semble à la fois intègre et fragile dans sa volonté. En effet, on sent qu’elle veut en finir au plus vite, exprimer ce qu’elle ressent pour mieux faire son deuil mais le fait qu’on l’interrompt pourrait lui faire changer d’avis.

- 7ème § : on y apprend que si Mme de Clèves refuse de se donner à M. de Nemours, c’est qu’elle a peur de n’être aimé qu’un temps de celui-ci avant d’être délaisser. Elle lui fait donc part de son appréhension « la certitude de ne plus être aimé de vous [...] horrible malheur ». Elle craint qu’il perde sa passion et l’abandonne comme elle a fait avec M. de Clèves.

 

Ainsi nous avons pu voir qu’intègre, Madame de Clèves honore la pensée de son mari et se refuse avec droiture à cet amour qu’elle craint de n’être que passager. Nous allons donc nous attacher à étudier la structure du texte.

 

III. Un discours argumentatif

 

- Respect mutuel «  vous », « madame »... à formalités

- Présent d’énonciation (rendre le texte vivant) et conditionnel (futur hypothétique)

- ponctuation importante & articulateurs logiques à articulation de la pensée, répétitions, gradations et accentuation.

- Points d’exclamations : accentuations

- Points d’interrogations : interrogations rhétoriques

- Litote : mesure des propos et Hyperbole : accentuation

- 7 paragraphes et donc 7 répliques :

- 1er : argumentation de M. de Nemours

- 2ème : Mme de Clèves lui assure qu’elle est amoureuse

- 3ème : M. de Nemours se replace en victime

- 4ème : Mme de Clèves n’est pas dupe et veut finir son argumentation.

- 5ème : M. de Nemours lui demande ce qu’elle a à dire.

- 6ème : Mme de Clèves explique qu’elle sera brève et sincère.

- 7ème : Elle entame son argumentation.

 

Conflit verbal formel, ce discours entre M. de Nemours, un noble séducteur et Mme de Clèves, jeune, belle, veuve mais intègre et craintive met en évidence un conflit psychologique entre deux personnage apparemment différents. C’est cette analyse qui fera de ce roman le premier roman moderne de la littérature française.

Le thème de l’amour impossible se retrouve dans de nombreux ouvrages comme dans La peau de Chagrin où Raphaël de Valentin meurt amoureux.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 16:24

Biographies d’auteurs

 

Montesquieu

 

Né au château de la Brède, au sud de Bordeaux, en janvier 1689, Charles-Louis de Secondat, qui sera baron de la Brède et de Montesquieu, appartient à la noblesse de robe. Fils de magistrat, il devient lui-même conseiller en 1714 puis président à mortier au parlement de Guyenne en 1716 après avoir suivi de solides études de droit.

Le succès des Lettres Persanes publié anonymement en 1721 à Amsterdam lui ouvrira l’accès des plus grands salons parisiens.

Il découvre l’Europe de 1728 à 1731, notamment les mœurs politiques. Il sera lui-même théoricien du libéralisme, défenseur de la liberté et du parlementarisme.

En Octobre 1748, De l’esprit des lois paraît à Genève et tandis que sa vision baisse et son état se détériore, il poursuit son travail avec la Défense de l’Esprit des Lois (1750) avant de mourir à Paris le 10 février 1755.

 

Voltaire

 

Né à Paris en 1694, François-Marie Arouet, fils d’un notaire gardera de ses origines le sens des affaires et l’ambition d’égaler les nobles. Il reçu des études classiques, mènera avec négligence des études de droit et se passionnera très tôt pour la poésie.

En 1717, à la suite de l’écriture de plusieurs textes satiriques contre le Régent, il est embastillé. Il écrira lors de sa captivité une tragédie, Œdipe (1718), et un poème La Ligue (1723) qui lui vaudront sa célébrité. Il a alors 24 ans lorsqu’il prend pour nom Voltaire. En 1726, une violente dispute avec le chevalier de Rohan l’envoie de nouveau à la bastille puis le fait s’exiler en Angleterre où, dans ce pays plus libertaire, il écrira la plupart de ses œuvres. Il terminera son apprentissage par une amère expérience ; celle du courtisan déçu qui tombe de désillusion en désillusion.

Alors qu’il a 70 ans, le « roi Voltaire » créateur du « déisme » va véritablement « civiliser » la région de Ferney près de la Suisse, où il s’était installé pour passer la frontière à la moindre alerte. Il meurt à Paris le 30 mai 1778 au sommet de la gloire.

 

Quelques œuvres : Œdipe et La Ligue (1718), Zaïre (1732), Lettres Anglaises (1734), Zadig (1747), Micromégas (1752), Essais sur les mœurs (1756), Poème sur le désastre de Lisbonne (1756), Candide (1759), Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763)...

 

Diderot

 

Aîné d’une famille de sept enfants, Denis Diderot naquit à Langres en octobre 1713. Il passera une jeunesse bohème, tâtant de divers de métiers, ne mangeant pas à sa faim. Il se lie avec Rousseau et Grimm vers 1742.

En 1745, sa carrière philosophique commence avec de petits ouvrages (Pensées Philosophiques (1745) puis Addition aux pensées philosophiques (1770)) dont la dureté et le libertinisme de propos lui vaudra un emprisonnement au château de Vincennes (1749). Déiste puis matérialiste, il s’oriente vers un comportement plus prudent. En 1746, Le breton lui confie la rédaction de l’Encyclopédie (1746 – 1765) qui durera plus de 20 ans et pour lequel il fera appelle à ses amis philosophes. Il meurt à Paris le 30 Juillet 1784.

Quelques œuvres : L’Encyclopédie, Pensées Philosophiques, Le neveu de Rameau (1762)

Florian

 

Né en 1755 dans les Basses Cévennes au sein d’une famille noble de tradition militaire, Jean-Pierre Claris de Florian choisira cependant une carrière dans la littérature, soutenu et protégé par son oncle, le duc de Penthièvre. Petit neveu de Voltaire, il fut notamment connu et reconnu pour ses talents de fabulistes. Il entrera à l’académie française en 1788 mais quelques années plus tard, en 1794, il mourra suite à la captivité qu’il dut subir lors de la Révolution.

 

Citation : « Pour vivre heureux, vivons caché » Fables. De nombreux adages couramment utilisés viennent de cet auteur autrefois très connu mais maintenant beaucoup moins. Il serait pour beaucoup le second plus fameux fabuliste de l’histoire derrière La Fontaine.

 

Dumarsais

 

Né à Marseille en 1676, César Chesneau Dumarsais fut très tôt attiré par les livres. Elevé seul par sa mère, son enfance ne se fut pas dans le luxe. Il suivit des études de droits pour devenir en 1704 avocat avant de devenir précepteur dans diverses grandes familles. Il commence alors à publier quelques écrits qui ne lui permettent cependant pas de vivre. Connu pour être modéré et calme, il meurt dans la misère à Paris le 2 juin 1756. Qualifié par d’Alembert comme le « La Fontaine des philosophes », son œuvre notamment composé d’ouvrages sur l’éducation (Méthode raisonnée pour apprendre la langue latine) et sur la grammaire (Traité des Tropes) sera publié en sept volumes en 1797. Ami des philosophes, il participa grandement à l’élaboration de l’Encyclopédie en écrivant 149 articles. 

 

Tirso de Molina

 

Tirso de Molina (15831648), de son vrai nom Gabriel Téllez est un des grands auteurs de théâtre du siècle d’or espagnol. Il est notamment connu pour avoir écrit la première pièce de théâtre sur le personnage de Don Juan, avant Molière : El Burlador de Sevilla (1625). Auteur fécond avec 317 pièces à son actif, il fut accusé de corrompre les mœurs par des « pièces profanes ».

 

Albert Camus

 

Né en 1913 et mort en 1960, Camus est un écrivain complet qui a touché à tous les genres mis-à-part la poésie. Romancier du XXème siècle, notamment connu pour L’Etranger et La Peste, il reçu le prix Nobel de littérature en 1957.

 

Victor Hugo

 

Né à Besançon en 1802 et mort à Paris en 1885 (funérailles nationales), Victor Hugo domine le XIXème siècle par son génie. Chef de fil du romantisme dont la préface de Cromwell représente le manifeste, il est aussi un auteur complet (ayant écrit dans tous les genres) et un homme politique et écrivain engagé (député puis sénateur, il a dû s’exiler de 1851 à 1870 pour avoir prit parti contre Louis-Napoléon). Ayant eût une vie longue, il a vu disparaître les uns après les autres tout ses proches.

Citation : « La poésie, c’est tout ce qu’il y a d’intime dans tout » (1822).

 

 

 

Balzac 

 

Né à Tours en 1799 et mort à Paris en 1850, Honoré de Balzac est un romancier né pauvre qui gardera toute sa vie le vœu d’être riche, sans grand succès car il accumulera des dettes. Pour rembourser ces dernières, il écrit sans discontinuer (93 romans publiés). Auteur classé dans le réalisme, il créé le retour des personnages (plus de 1400 personnages inventés dont 300 reviennent régulièrement) et nommera son œuvre : la Comédie Humaine (son objectif étant de « faire concurrence à l’état-civil).

Œuvres : Les Chouans (1829), La Peau de Chagrin (1831), Le Père Goriot, Illusions Perdues...

 

Molière

 

Fils du tapisser du roi, Jean-Baptiste Poquelin est né à Paris en 1622, dans un milieu de bourgeoisie aisée. Censé hériter de la charge de son père, il choisi son avenir dans le théâtre malgré les nombreux préjugés en vigueur. Il choisi Molière comme pseudonyme et fonde la troupe de l’Illustre Théâtre avec l’actrice Madeleine Béjart. Partant de rien (emprisonnement pour dettes à ses débuts), il finit en 1658 par être protégé par Monsieur le frère du roi et donne régulièrement des représentations au Louvre et au Palais-Royal. Il meurt quelques heures après avoir représenté  le Malade Imaginaire en 1673.

Premier grand succès : Les précieuses ridicules (1659)

 

Rimbaud

 

Né à Charleville en 1854, Arthur Rimbaud se distingue par sa vivacité d’esprit et sa révolte contre le milieu familial, les convenances, la morale et la religion. Précoce, il commence à écrire en 1870 (16 ans). Attiré par Paris, il est invité par Verlaine à si rendre. Tout deux partiront en 1872 et mènerons une existence vagabonde qui tournera mal. Auteur prolifique, il cessera d’écrire en 1875 (21 ans) et entamera une carrière de négoce en Afrique. Il meurt en 1891 après s’être fait amputé d’une jambe pour cause de cancer au genou (37 ans).

 

 

Verlaine

 

Né à Metz en 1844, Paul Verlaine est un poète majeur du XIX° siècle d’inspiration parnassienne. De tempérament nostalgique,  il ressent le besoin de sentiments simples lorsqu’il s’éprend de Mathilde Mauté, une jeune fille de seize ans (1869). Mais l’idylle ne dure pas. Il rencontre Rimbaud et mène à ses côtés une existence vagabonde jusqu’au jour où il tire deux coups de revolver sur le poète, le blessant légèrement. En prison, il se tournera vers Dieu mais alcoolique depuis ses débuts poétiques, il continuera à maltraiter sa mère. Cette dernière meurt, il est seul. Il meurt lui-même en 1896, misérablement. Il reçu vers la fin de sa vie le titre de « Prince des poètes » et la reconnaissance de ses pairs.

 

Baudelaire

 

Né à Paris en 1821 et mort en aout 1867. Il se situe entre le Parnasse et le Symbolisme.

Orphelin de père à l’âge de six ans, il ne s’entendra pas avec son beau-père. Il fréquente la bohème littéraire de Paris et découvre des grands noms de la littérature à l’image de Leconte de Lisle... Un voyage en partance pour les Indes lui révélera l’exotisme. Mélancolique, il retourne très vite à Paris où il aura plusieurs relations avec Jeanne Duval (métisse), Marie Daubrun et Mme Sabatier. Il dépense son patrimoine, devient un critique d’art assez réputé, poursuit la poésie, traduit Edgar Allan Poe et restera marqué par les romantiques. Révolutionnaire en 1848, il aura la syphilis.

Œuvre majeure : Les Fleurs du Mal (1857), condamnées pour immoralité.

 

Mallarmé

 

Poète tourné vers l’hermétisme (raffinement, il traduit les choses en symboles et créé une poésie accessible qu’aux rares initiés), Stéphane Mallarmé (1842 – 1898) consacrera sa vie à la poésie. Poète mineur jusqu’en 1884, il sera après cette date considéré comme le maître de la jeune école symboliste.

Œuvres majeures : Les Fenêtres, L’Azur...

 

Vigny

 

Né à Loches en Touraine en 1797, Alfred de Vigny fut éduqué avec la fierté d’être noble et le sens de l’honneur. Appartenant à une famille de tradition militaire, il prépare l’école polytechnique avant d’être, durant la Restauration, fait sous-lieutenant. Sa carrière militaire se résumera à de nombreuses déceptions et à la morne existence des garnisons. Poète et dramaturge à succès, il est notamment connu pour avoir écrit Chatterton (1835), La Maison du Berger (1844)... Il vivra une fin de vie seul, renfermé dans son amertume. Il meurt d’un cancer à l’estomac en 1863.

 

Nerval

 

Né à Paris en 1808, Gérard de Nerval (de son vrai nom Gérard Labrunie) ne connaîtra pas sa mère. Elevé dans le Valois, il sera marqué par les paysage, les légendes et impressions de cette région. En 1836, il s’éprend d’une actrice, Jenny Colon, qui deviendra dans son œuvre Aurélie ou Aurélia (1853). Il s’intéresse à la mythologie, à l’ésotérie, à l’occulte et au surnaturel qu’il retraduit dans ses œuvres. Auteur sensible, il perd peu à peu la raison. En janvier 1855, on le retrouve pendu.

Œuvres : Traduction de Goethe (Faust...), Aurélia, Pandora, Les Chimères...

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Published by Ginnungagap - dans Mouvements et méthodes
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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 16:19



Synthèse de l’Encyclopédie

 

Chronologie :

 

1745 : Le Breton (libraire) obtient une autorisation pour la traduction de Cyclopaedia (1728) de l’anglais Chambers.

1748 : Il obtient la publication d’une encyclopédie originale.

1750 : publication du Prospectus rédigé par Diderot.

1751 : premier tome précédé du Discours préliminaire de d’Alembert.

1752 : Condamnation et interdiction des deux premiers volumes par le conseil du roi.

1753 - 1757 : Reprise de la publication grâce à Malesherbes (directeur de la librairie)

1758 - 1765 : Suspension de la publication par interdiction royale.

1765 : Publication des dix derniers volumes et début de la publication des 11 volumes de planches.

1772 : Fin de la publication.

 

L’Encyclopédie compte 17 volumes, 15000 pages, 60660 articles et 11 volumes de planches. Elle a mobilisé 178 collaborateurs (Voltaire, Diderot (1000 articles), Jaucourt (17000 articles), Condillac, d’Holbach, Daubenton, Turgot, les abbés Morellet, Raynal...


Le but de l’Encyclopédie est de rassembler les connaissances pour les retransmettre. Celles-ci sont présentées dans un ordre alphabétique. De plus, un système de renvoi d’un article à un autre permet au lecteur d’établir des liaisons entre les questions posées. L’ouvrage porte comme sous titre : Dictionnaire des arts, des sciences et des métiers. L’Encyclopédie est aussi une entreprise de vulgarisation du savoir par laquelle les philosophes manifestent leur foi envers le progrès.


L’ouvrage manifeste une unité de démarche : celle des philosophes. Il s’agit donc d’exposer les connaissances par le biais d’un discours informatif et explicatif, non dénué d’une visée argumentative voire polémique (« Autorité » de Diderot ou « Théocratie » de d’Holbach).


Cependant, on peut noter un dialogue entre les philosophes, car dans leurs rédactions, ceux-ci expriment leurs opinions qui peuvent être divergentes.


Ainsi, par le fait que l’Encyclopédie soit un inventaire organisé des connaissances, et par la dimension idéologique de l’œuvre, on peut dire que cet œuvre s’inscrit comme symbole de l’esprit des Lumières.

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