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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:12



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Le dénouement de Dom Juan se caractérise par une gradation de la colère divine, une constance dans le comportement du héros et s’achève sur une scène symbolique dans laquelle le libertin blasphémateur est condamné à l’enfer.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend-il pour concevoir une fin aussi surprenante.

Nous verrons dans un premier temps les scènes 4, 5 et 6 du dernier acte comme un dénouement resserré, puis nous analyserons le spectaculaire avant de porter notre attention sur l’aspect paradoxal.

 

Tout au long de la pièce, les scènes sont dans l’ensemble assez équivalentes en taille, et les actes ont un nombre de lignes semblables. Ceci est notamment dû aux bougies, seul moyen d’éclairer la scène au XVIIIème siècle et qui avaient une durée de vie proche de la vingtaine de minutes. Molière et bien d’autres auteurs devaient ainsi s’astreindre à respecter un temps de parole pour chaque acte de chaque pièce. De plus, la durée moyenne de l’une d’elle avoisinait les 1 h 30. En effet, les acteurs n’ayant pas une mémoire illimitée, l’auteur avait une nouvelle contrainte temporelle. De ce fait, on remarque que la fin du cinquième acte de Dom Juan est très rapide voire expéditive. Le temps de vie des bougies et les capacités des acteurs peuvent nous l’expliquer.

Cependant, une autre hypothèse est à faire valoir. En effet, en temps de censure, on peut s’imaginer que Molière redoutait d’être blâmé comme il l’avait pu l’être un an plus tôt avec Tartuffe. De ce fait, il a pu avoir voulu faire en sorte que les spectateurs n’aient pas le temps de s’interroger sur le devenir de Dom Juan.

En outre, or mis les contraintes temporelles et celles dues à la censure, on remarque aussi que l’intrigue se resserre sur les héros : Dom Juan et Sganarelle. Ceux-là affronte ensemble les derniers événements (Dom Juan : « Allons, suis-moi. » fin de la scène 5) avant d’être séparé.

Ainsi, l’intrigue se resserre autour des deux personnages principaux. Les scènes sont plus courtes pour éviter la censure et à cause des problèmes techniques de l’époque. Mais que peut-on dire du spectaculaire de cette fin ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

 

La scène 5 témoigne de l’entrée du surnaturel. Un spectre en femme voilée vient en effet donner le dernier avertissement à Dom Juan qui campe sur sa position rationaliste. L’apparition semble représenter les victimes du libertin (« je reconnais cette voix »). Elle est l’envoyée du Ciel pour avertir Dom Juan comme nous l’indique l’utilisation de « Ciel », « miséricorde », « repent », « diable »... On note « Le spectre change de figure, et représente le Temps avec sa faux à la main », didascalie qui corse un peu plus les effets spéciaux. De plus, lorsque le spectre s’est envolé, s’est autour de la statue du Commandeur de participer à l’intrigue. Ce protagoniste est, comme pour le spectre, assez périlleux à réaliser si l’on veut qu’il soit bien fait. En fin, le plus spectaculaire reste la scène représentée par la didascalie : « Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur Dom Juan ; la terre s’ouvre et l’abîme ; et il sort de grands feux de l’endroit où il est tombé »  Celle-ci nous laisse à penser à une chute continuelle de Dom Juan à travers les enfers et semble révéler un spectacle prodigieux.

Ainsi nous avons vu que cette fin est pour le moins spectaculaire, voire irréalisable pour les moyens de l’époque. Mais en quoi cette fin est-elle paradoxale ? C’est ce que nous tâcherons d’étudier.

 

Le paradoxe de cette fin repose sur le fait que Dom Juan, le héros de la pièce, meurt alors qu’il s’agit d’une comédie. De plus, alors que son maître est amené aux enfers dans une scène spectaculairement terrible, Sganarelle réclame son argent dans une tirade comique tant elle sort radicalement du sujet sérieux : « Ah ! Mes gages, mes gages ! ».

Or mis l’attitude assez spéciale du valet, Dom Juan ne semble pas être affecté parce qu’il lui arrive, il tend sa main sans rechigner à la statue et seul la souffrance physique semble le toucher.

 

Ainsi, le dénouement de la pièce est resserré autour des personnages principaux mais aussi dans le temps, spectaculaire avec l’intervention divine, les enfers, le spectre et la statue, et paradoxale car elle mélange les registres tragiques et comiques.

D’autres auteurs ont imaginé la suite de Dom Juan aux enfers, comme notamment C. Baudelaire dans Les Fleurs du mal.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:07

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Né à Paris en 1622, Jean-Baptiste Poquelin, fils du tapissier du roi Jean Poquelin, devait hériter de la charge de son père. Mais il choisira une vie différente, se faisant comédien, fondant avec l’actrice Madeleine Béjart la troupe de l’Illustre Théâtre et prenant pour pseudonyme Molière.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe et en s’inspirant du héros espagnol de Tirso de Molina (1620), il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Il s’agit de l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la pièce, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Le terme libertin trouve son étymologie dans le mot latin « libertinus » signifiant « esclave affranchi ». Au XVII° siècle, le libertin est le libre penseur qui s’affranchi de la morale religieuse tandis que le libertin des mœurs est celui qui s’adonne à la luxure tout en conservant un raffinement cultivé.

Aussi pouvons-nous nous demander quelles sont les différentes faces de la personnalité de Dom Juan.

Nous verrons dans un premier temps l’aristocratie que ce héros représente, puis le libertinage dont il fait preuve avant de porter notre attention sur le blasphémateur.

 

Dom Juan est un noble ; il incarne donc l’aristocratie. Ce rang social se manifeste d’abord par « Dom »,  particule que les nobles espagnoles ont devant leur nom. De plus, il rémunère un valet, Sganarelle, qui semble lui être entièrement dévoué et possède une suite. Dans la première scène de l’acte I, nous pouvons remarquer une réplique de Gusman, écuyer de Done Elvire : « Un homme de sa qualité ferait une action si lâche ? » Ici, « sa qualité » représente la noblesse à laquelle Dom Juan appartient. De plus Done Elvire, elle-même sœur de Dom Carlos et Dom Alonse, est une noble mariée et délaissée par Dom Juan. Elle part à la recherche de son mari qui n’est autre qu’un « épouseur à toutes mains », n’ayant aucun remord à se marier pour ensuite quitter.

Cependant et malgré les libertés que le héros prend avec les mœurs, il semble respecter certaines valeurs propre à l’aristocratie comme notamment le code de l’honneur. A la fin de la seconde scène de l’acte III, il s’exclame « Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté ». Ainsi l’homme dont l’action était qualifiée de lâche par Gusman se transforme en pourfendeur de la lâcheté, allant « se présenter à un péril qui ne le cherche pas » comme l’explique Sganarelle à la scène 3 de l’acte III. La personne sauvée n’est autre que Dom Carlos, frère de Done Elvire, envoyé pour tuer Dom Juan. Cependant, ce même code de l’honneur va sauver ce dernier.

Lorsque Dom Juan est à la campagne (acte II), la distinction entre aristocratie et paysannerie est accentuée par le langage de Charlotte et Pierrot ainsi que par le dialogue entre ce dernier et notre héros. En effet dans la scène 3 de l’acte II, Pierrot est irrité par le fait que Dom Juan cherche à lui prendre sa fiancée mais lui parle de manière respectueuse avec notamment « Tout doucement, Monsieur, tenez-vous s’il vous plaît » tandis que le noble repousse rudement l’intervenant en le raillant : « Qui m’amène cet impertinent ? ». Ainsi Dom Juan semble croire posséder toutes les personnes qu’il rencontre.

Ce sentiment se retrouve avec le comportement qu’il a avec son valet, allant lui demander à la fin de l’acte II de risquer sa vie à sa place. Même impression avec le dialogue entre Dom Juan et M. Dimanche qu’il renvoie de manière hypocrite.

En outre son père, Dom Louis, représente lui aussi l’entourage aristocrate de Dom Juan, allant lui rappeler les bonnes manières bien que celui-ci ne soit pas justement écouté.

 

Ainsi, Dom Juan est un aristocrate dont le comportement et l’entourage trahi sa position sociale. Cependant, il prend certaines libertés avec les mœurs. C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

Dom Juan est un libertin. Dès la première scène de la pièce, voire même dès la première réplique, on apprend qu’il est « un épouseur à toutes mains », se mariant puis quittant sans le moindre remord. En effet, il sort Done Elvire d’un couvent pour l’épouser et la fuie si tôt fait. De plus, on remarque dans l’acte II, qu’il n’hésite pas à séduire la fiancée de celui qui la sauvé de la noyade et ce, devant son  nez. Il s’agit là d’une ingratitude. De plus, alors qu’il quitte Done Elvire pour briser un mariage, il arrive cependant à abuser deux sœurs à force de langage (scène 4 acte II).

Hormis cela, il prend d’énormes libertés avec les mœurs comme notamment le fait de railler sa victime, le commandeur, en l’invitant à diner. En outre, la deuxième scène de l’Acte III nous le montre en train de corrompre un pauvre pour que celui-ci blasphème, chose qu’il ne fera pas. Ainsi, il ne respecte pas la charité.

Il n’honore pas sa parole comme nous le montre son attitude face à Elvire, M. Dimanche, et à la fin de la pièce, il se joue d’hypocrisie avec tous les protagonistes. Son propre père, qui appartient tout de même à sa famille, est abusé par son fils.

 

Ainsi, Dom Juan est un libertin qui se joue des codes sociaux. Mais pas seulement ! Il pousse le vice jusqu’au blasphème, cette même impiété qui value à la pièce d’être suspendue dans les théâtres et qui fera l’objet d’un nouvel axe d’étude.

 

Le libertinage dont fait preuve Dom Juan se retranscrit aussi en blasphème. En effet, on remarque son irrespect pour les sacrements comme les mariages ou les enterrements. Il se moque de l’ermite, l’accusant de prier inutilement et le poussant à outrager Dieu pour un Louis d’or. De plus, il achève la seconde scène de l’acte III par « pour l’amour de l’humanité », expression détourné de celle initiale qui est : « pour l’amour de Dieu ». De plus, Dom Juan fait un éloge hypocrite de la religion dans les trois premières scènes de l’acte V affirmant de manière ironique (scène 4 acte V) «  si le ciel me donne un avis, il faut qu’il parle un peu plus clairement, s’il veut que je l’entende ». Cette réplique est suivie d’une apparition d’un spectre, messager du Ciel. Mais Dom Juan le frappe de son épée. S’e suit l’arrivée de la statue, qui achèvera la pièce par une punition divine (scène 6 acte V).

 

Ainsi Dom Juan est un personnage ambivalent. Son rend social se manifeste par son comportement et par ses proches qui adoptent des valeurs parfois inverses et condamnent son libertinage. Mais il reste tel quel, se riant du Ciel qui aura cependant le dernier mot.

Eric-Emmanuel Schmitt donnera au personnage de Dom Juan une personnalité différente, en  le faisant souffrir de ne pas aimer.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:04



Né à Paris en 1622, Jean-Baptiste Poquelin, fils du tapissier du roi Jean Poquelin, devait hériter de la charge de son père. Mais il choisira une vie différente, se faisant comédien, fondant avec l’actrice Madeleine Béjart la troupe de l’Illustre Théâtre et prenant pour pseudonyme Molière.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Il s’agit de l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la pièce, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. L’une des grandes caractéristiques de l’œuvre de Molière réside dans la peinture sociale faîte par l’auteur. En effet, se croisent dans Dom Juan aussi bien les nobles, les bourgeois, les serviteurs mais aussi  les paysans et les plus pauvres.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend-il pour peindre la société au travers de sa pièce ?

Nous verrons dans un premier temps la peinture de la noblesse, avant de porter notre attention sur la satire de la bourgeoisie pour enfin remarquer la représentation contrastée du peuple.

 

Dans cette pièce, la noblesse se caractérise par l’attitude de personnages tels que le héros, Dom Juan, son père, Dom Louis, son épouse, Done Elvire et les frères de celle-ci, Dom Carlos et Dom Alonse. Cette diversité de protagonistes nous propose différentes approches de cette classe sociale.

Dom Juan est un libertin. Il ne respecte pas les codes tels que nous le montre la deuxième scène de l’Acte III où il propose de donner un louis d’or à un pauvre si celui-ci blasphème. Ce chantage met en évidence le vœu de l’auteur de créer un personnage contre-nature qui s’oppose à celui de Done Elvire, son épouse délaissée. Celle-ci est détentrice de valeurs morales. Elle est pour le respect de la Femme et possède le sens de l’honneur comme nous l’indique l’Acte III où elle envoie ses frères tuer Dom Juan pour laver l’honneur de sa famille. A la scène 6 de l’Acte IV, son comportement change radicalement. Elle n’est alors plus la femme voulant faire justice mais la messagère du courroux divin. Le Ciel est alors le représentant des valeurs à adopter (« Le Ciel a banni de mon âme toutes ces indignes ardeurs que je sentais pour vous », « vos offenses ont épuisé sa miséricorde »). Ainsi cette femme, par sa droiture, son intégrité, sa foi en ses principes et sa piété est l’opposée de Dom Juan et représente une noblesse d’honneur.

Le héros est « un épouseur à toutes mains », qui se rit aussi bien de l’amour que les femmes lui portent, que de la religion et du mariage qui n’est autre qu’un pacte passé devant Dieu. Pour lui, passer sa vie avec une même épouse serait-ce priver des plaisirs de la vie tandis que les couvents lui paraissent comme un lieu où les femmes lui sont interdites, ce qui attise son envie (il a en effet enlevé Done Elvire d’un couvent). Son père, Dom Louis semble se rattacher dans son attitude à Done Elvire puisque comme elle, il vient trouver son fils pour lui faire changer de comportement. Sans succès puisque comme pour M. Dimanche pour qui il n’a pas payé ses créances, Dom Juan utilise la séduction et l’hypocrisie pour manipuler ceux qui tentent de s’opposer à lui. De ce fait, il ne semble ni respecter ses engagements (créances), ni même sa famille (son père). En outre, en plus de blasphémer, il va jusqu’à railler les morts comme nous l’indique la scène 5 de l’Acte III où il propose à sa victime, le Commandeur, de venir souper chez lui. De plus, Dom Juan n’a aucun remord à manipuler Charlotte et Mathurine, deux paysannes qui l’ont pourtant sauvé de la mort.

Pour ce qui est des frères de Done Elvire, ceux-ci nous montre un bel exemple de loyauté et de sens de l’honneur car même s’ils doivent tuer Dom Juan pour essuyer l’honneur de leur faille, ils n’osent s’en prendre à l’homme qui sauva l’un d’entre eux (Dom Carlos à la scène 3).

 

Ainsi, la noblesse est peinte de différente façon. D’un côté certains nobles ont le sens de l’honneur, le respect des morts,  du mariage, du Ciel, des codes sociaux...et d’un autre, Dom Juan s’oppose radicalement à tout cela. Mais qu’en est-il de la bourgeoisie ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

Moins représentée que la noblesse, la Bourgeoisie se caractérise par un personnage, M. Dimanche, ainsi que par le rôle que joue Sganarelle en revêtant l’habit de médecin. Cette classe sociale est véritablement critiquée par Molière. En effet, il met en scène (Acte IV scène 3) un commerçant, M. Dimanche, créancier de Dom Juan et Sganarelle. Usant d’hypocrisie et de familiarités, le héros en va jusqu’à demander des nouvelles du chien et coupe systématiquement son invité à chaque début de répliques. Le bourgeois semble alors effacé devant le noble. De plus, lorsque Dom Juan quitte le commerçant, Sganarelle joue le même rôle pour éviter de payer ses dettes.

Pour ce qui est de la médecine, Molière l’a toujours critiqué tout au long de ses pièces. Dans celle-ci, Sganarelle porte le vêtement médical pour passer inaperçu. S’en suit un dialogue entre lui et son maître sur l’importance des médecins, dialogue qui se transforme très vite en satire implicite. En effet, Sganarelle s’octroie le droit de donner des diagnostics faux tandis que Dom Juan pense qu’ils ne peuvent pas l’être davantage que ceux délivrés par les véritables guérisseurs (Acte III scène 1 ; Dom Juan : « Et pourquoi non ? Par quelle raison n’aurais-tu pas les mêmes privilèges qu’ont tous les autres médecins ? »). Cette satire de la médecine induit aussi de la part de Dom Juan une éloge de la science et la foie en l’esprit humain (Dom Juan : « Je crois que deux et deux font quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit »).

 

Ainsi nous avons pu voir la satire de la bourgeoisie présente chez M. Dimanche ainsi que chez les médecins. Nous allons donc poursuivre sur la peinture du peuple.

 

Le peuple est quand à lui présent à la fois grâce aux serviteurs comme notamment Sganarelle, Gusman, La Violette et Ragotin, par les paysans comme Charlotte, Mathurine, Pierrot mais aussi par le pauvre.

Ce dernier symbolise une valeur : l’intégrité. En effet, Francisque se voit proposé par Dom Juan un louis d’or s’il se met à blasphémer. Mais il s’y refuse et obtient tout de même son argent. Ainsi Molière montre que l’on peut être pauvre et honnête. Cependant, on note que dans l’acte II, Charlotte, fiancée à Pierrot, semble accepter la proposition de mariage de Dom Juan si celui-ci tient ses promesses en évitant de la tromper. Elle fait alors le choix de partir pour un autre homme que son amant en faisant confiance à un étranger richement vêtu. On peut donc s’imaginer qu’elle est à la fois attirée par l’homme et par les richesses.

Dom Juan n’a aucun mal à manipuler les deux paysannes (Acte II scène 4). De plus, Molière leur donne une langue assez rurale, truffée d’injures à Dieu. Ces éléments montrent une infériorité intellectuelle entre les paysans et Dom Juan. Celle-ci se note ensuite avec l’affrontement de la noblesse et de la paysannerie remarquable à travers le conflit entre Pierrot et le noble. Cependant, Molière fait de cette scène un passage comique.

Les serviteurs sont quand à eux différents. D’une part Gusman semble être aussi moraliste que Done Elvire, tandis que Sganarelle est à la fois complice et soumis à Dom Juan (ce dernier n’hésite pas à la mettre en danger à sa place à la fin de l’acte II).

La diversité de personnages appartenant au peuple est telle qu’elle met en évidence d’importants contrastes.

 

Ainsi Molière nous présente une société où les classes sont très présentes et facilement remarquables. Les nobles sont respectueux des codes d’honneurs et de conduite mise à part Dom Juan, qui par son attitude outrage les siens. Les bourgeois sont vivement et implicitement critiqués par l’auteur. M. Dimanche, seul commerçant de la pièce, est en effet à la fois manipulé par Dom Juan et par son valet tandis que le noble critique ouvertement la médecine qu’il juge infondée et mal pratiquée. Le peuple est contrasté. On note à la fois un ermite qui vit reclus pour Dieu, des paysans qui dans leur langue insulte le Ciel et des serviteurs influencés par leurs maîtres.

 

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:00



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du troisième axe, le « grand seigneur méchant homme » rencontre un ermite et lui propose un louis d’or si celui-ci consent à jurer. Peu choquante à notre époque, elle a cependant était largement censurée lors du vivant de son auteur.

Aussi pouvons-nous nous demander quel est l’intérêt de cette scène.

Nous verrons dans un premier temps la peinture faîte de la religion par l’auteur, avant de porter notre attention sur les caractéristiques du héros.

 

I. Les différentes marques du fantastique et du surnaturel

 

A la fin de la quatrième scène de l’acte V, Dom Juan réplique à Sganarelle : « Si le Ciel me donne un avis, il faut qu’il parle un peu plus clairement, s’il veut que je l’entende ». Cette réplique sera suivie par deux scènes témoignant de la manifestation du surnaturel et du fantastique...

 

  • Une intrusion du surnaturel

 

Le spectre en femme voilée :

 

- Champ lexical du Ciel avec : « Ciel », « miséricorde », « repent », « diable » à Le spectre est l’envoyé des cieux pour un ultime avertissement.

- « en femme voilée », « je crois connaître cette voix » à Représentation des victimes du donjuanisme.

- Le spectre semble être catégorique dans ses propos dû à l’utilisation en fin de phrase de « résolu » : « Dom juan n’a plus qu’un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel ; et s’il ne se repent pas ici, sa perte est résolue ». De plus, il parle au héros à la 3ème personne du singulier ce qui rend compte d’u certain aspect solennel.

- Il s’agit là d’un avertissement, la repentance due à la miséricorde divine ou la mort.

 

Ultime avertissement : le temps avec sa faux à la main

 

- « Le spectre change de figure, et représente le Temps avec sa faux à la main » à la faucheuse : représentation de la mort médiévale.

- Le « temps » à ce qui reste à Dom Juan pour se repentir avant la mort, « la faux ».

- Le « spectre s’envole » à comme Dom Juan, les spectateurs ne doivent pas être sûrs de cette apparition.

 

  • La marque du fantastique

 

La statue du commandeur

 

- « Arrêtez, Dom Juan » à après le dernier avertissement (le spectre), la Statue se charge de stopper les agissements du héros.

- « Arrêtez » à impératif : Ordre mais avec un vouvoiement à Affrontement courtois

- Statue à Etre de pierre, être insensible qui exécute la parole divine sans se soucier des sentiments de Dom Juan et qui ne peut être séduit par le héros.

- « Donnez-moi la main » à lien / pacte funeste

 

Les enfers médiévaux

 

- « Le tonnerre tombe [...] où il est tombé » tous les éléments s’abattent sur le héros.
Molière nous décrit des enfers médiévaux.

 

II. L’attitude de Dom Juan face à sa perte

 

Face à Sganarelle :

 

- « Si le Ciel me donne un avis, il faut qu’il parle un peu plus clairement, s’il vaut que je l’entende » à impiété.

 

Face au spectre :

 

- « Qui ose... ? » Orgueil

- « Spectre, fantôme, ou diable, je veux voir ce que c’est » à Dom Juan reste rationaliste.

- « Je veux éprouver avec mon épée si c’est un corps ou un esprit » à le héros campe sur sa position.

- « Non, non [...] Allons, suis-moi » à il est déterminé.

- «  Quoi qu’il arrive », Dom Juan bravera Dieu même dans l’au-delà.

 

Face à la statue :

 

- « Où faut-il aller ? », « la voilà » à Cynisme et intégrité du personnage.

- «  Ô Ciel ! » invocation divine pour s’échapper  de son trépas, mais il est trop tard.

- Cependant, « que sens-je ? » montre que même au bord de l’enfer, Dom Juan reste rationnel.

 

III. Une fin originale

 

  • A mi-chemin entre le comique et le tragique

 

- Fin tragique à Le héros semble mourir

- Pièce comique à Dom Juan n’a pas peur d’être enlevé par la statue et reste droit jusqu’au dernier instant à héroïsme et courage

- Sganarelle à « Mes gages, mes gages », antithèse entre noblesse et servants.

 

  • Une fin rapide

 

- Vœu de Molière de créer une fin très rapide pour éviter que les spectateurs s’interroge sur le devenir de Dom Juan

 

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:56



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du troisième axe, le « grand seigneur méchant homme » rencontre un ermite et lui propose un louis d’or si celui-ci consent à jurer. Peu choquante à notre époque, elle a cependant était largement censurée lors du vivant de son auteur.

Aussi pouvons-nous nous demander quel est l’intérêt de cette scène.

Nous verrons dans un premier temps la peinture faîte de la religion par l’auteur, avant de porter notre attention sur les caractéristiques du héros.

 

Une peinture de la religion par le biais d’un Pauvre

 

  • Un ermite entre soumission et résistance

 

Cette seconde scène du troisième acte se caractérise par l’arrivée d’un protagoniste : Le Pauvre.

- Il est introduit par Sganarelle qui se charge de lui demander le chemin : « Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville ».

- On remarque dès les premières répliques du nouveau personnage, qu’il y a une très large répétition de « Monsieur » ou « Messieurs » (toutes les répliques), qui peut être synonyme de soumission.

- Dans cette optique, on note l’utilisation du vouvoiement du Pauvre à Sganarelle et Dom Juan et de Sganarelle au Pauvre tandis que Dom Juan tutoie l’ermite. Ainsi, une barrière marquée par le respect se créé entre les deux héros et le Pauvre.

- Cependant, c’est le valet qui demande le chemin, on peut donc imaginer que Dom Juan veut garder une séparation entre la pauvreté et la noblesse.

- « J’aime mieux mourir de faim » à il utilise l’argent pour se nourrir.

- « J’aime mieux mourir de faim » à Il ne veut pas se soumettre au vœu de Dom Juan, même s’il doit lui en couter la vie.

 

  • Un anachorète gardien des valeurs religieuses

 

- Le nouveau personnage n’a pas d’identité, il est juste nommé « Le Pauvre » tandis que Dom Juan et Sganarelle sont représenté par leur nom (et leur particule). Cet indéfinition peut nous laisser penser qu’il représente la religion elle-même.

- On connaît ensuite son statut dans la société « Quelle est ton occupation parmi ces arbres ? [...] Prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens qui me donnent quelque chose » à le Pauvre est un anachorète : personne retirée qui prie pour le salut du monde.

- En plus de donner le chemin, il prévient du danger : « depuis quelque temps, il y a des voleurs ici autour » ainsi à il n’est pas seulement « intéressé ».

- « des gens de bien » à des religieux.

 

Ainsi le Pauvre est à la fois soumis face à la noblesse mais résiste à l’argent, lui préférant les valeurs religieuses qu’il défend. Mais qu’en est-il de l’attitude de Dom Juan ? C’est ce que nous verrons dans un second.

 


L’attitude de Dom Juan

 

  • Dom Juan prophète du rationalisme et porteur de valeurs nobles

 

- «  ...il ne croit qu’en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit » à éloge des mathématiques et athéisme de Dom Juan qui ne croit qu’en ce qui est rationnel.

- « Tu te moques : un homme [...] bien dans ses affaires » : cheminement logique de la pensée.

- « Voilà qui est étrange » à « Etrange » est l’inverse de « tangible » et donc, l’occupation du pauvre et sa soumission à l’irrationnel est pour Dom Juan, contestable.

- Articulation de la pensée de Dom Juan avec une forte ponctuation et des articulateurs logiques.

 

- « Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté » à le verbe « devoir » met en évidence les valeurs morales que le statut de noble impose à Dom Juan de respecter.

- Il fini par donner le louis. 

  • Dom Juan blasphémateur

 

- Présence de deux parties : La première met en évidence la rencontre entre le Pauvre et les deux héros et s’arrête à la 20ème ligne ; la seconde se poursuit jusqu’à la fin et se manifeste par un affrontement idéologique entre le Pauvre et Dom Juan.

- Dom Juan est extrêmement polie : « je te suis bien obligé », « je te rends grâce de tout mon cœur »... Cependant, le héros n’aime pas les pauvres à « Ah, ah ! Ton avis est intéressé, à ce que je vois ». Pour lui, donner de l’argent à un nécessiteux ne rime à rien.

- « Quelle est ton occupation parmi ces arbres ? » à pour Dom Juan la religion est inutile et les ermites ne font pas avancer la société.

- Présence d’interjections, de phrases exclamatives et interrogatives dans le discours du héros : Dom Juan séduit par la parole et est à l’aise.

- Cynisme : « je te le donne pour l’amour de l’humanité »

- « Je m’en vais te donner un louis d’or tout à l’heure, pourvu que tu veuilles jurer » à jurer était à l’époque un crime lourdement puni en plus d’aller à l’encontre de la morale.  

 

Ainsi s’opère dans cette scène un conflit idéologique entre un Pauvre, gardien des valeurs morales et un Dom Juan à la fois cynique et loyal. Ce dernier va à l’encontre des principes de la société, mais pas envers les siens, qu’il respecte avec justesse et raison. Le but de cette scène est certainement de heurter les esprits dévots, ce qui conduira la scène puis la pièce à être censuré par le roi.

D’autres on critiqué la religion comme notamment Diderot avec Additions aux pensées philosophiques.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:48

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Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du second axe, le « grand seigneur méchant homme » est sauvé de la noyade par un paysan, alors qu’il voulait conquérir la femme d’un autre. Fidèle à lui-même, Dom Juan séduit la promise de son hôte, témoignant ainsi de son libertinage de mœurs. Caricature des rencontres amoureuses ou accentuation  sur la personnalité du héros, cette scène n’en reste pas moins comique.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend t-il pour présenter son héros face à une femme d’un rang social inférieur.

Nous verrons dans un premier temps les stratégies de séduction de Dom Juan, puis l’attitude naïve de Charlotte avant de porter notre attention sur le comique de la scène.

 

I. Les stratégies de « l’épouseur à toute main »

 

Dom Juan débute son approche de manière très sûr de lui. En effet, on note l’utilisation de « Ah ! » interjection ayant pour but d’alerter et d’attirer l’attention sur lui et sur ce qu’il va dire ; c’est une façon d’accentuer ses propos qui sont : « ...la belle personne, et que ses yeux sont pénétrants ! ». Aussi, à peine Charlotte eut-elle l’occasion de répondre une phrase qu’il poursuit son discours par une tirade assez longue ponctuée de point virgule, pour articuler ses propos, de points d’interrogations pour mêler Sganarelle à la conversation même si celui-ci ne prend pas la parole, et de points d’exclamations pour imposer ses idées. « Ah ! » au début de la seconde réplique du héros met en évidence son intelligence et sa répartie : il utilise l’attitude honteuse que Charlotte témoigne comme arme dans son argumentation. De plus, on note un parallélisme syntaxique. « Ah ! » est en effet employé six fois dans ces deux répliques et est à chaque fois utilisé pour une nouvelle idée proche chacune des autres. Comme énoncé, on remarque que Dom Juan prend appuie sur ce que dit Charlotte pour sa démarche séductrice. En effet, celle-ci dit : « vous me rendez toute honteuse », réplique utilisée par le héros dans « n’ayez point de honte d’entendre dire vos vérités ». De plus, celui-ci semble la prendre pour un objet, lui commandant des gestes pour vanter ses mérites : « Tournez-vous », « haussez un eu », « ouvrez vos yeux », « que je vois un peu vos dents, je vous prie »... On note l’utilisation d’une hyperbole, « je n’ai jamais vu une si charmante personne », expression usitée pour rendre « unique » Charlotte et donc la sortir du « lot ». Un champ lexical de la beauté est aussi apparent avec « la belle personne », « de plus agréable », « cette taille est jolie », « ce visage est mignon », « qu’ils sont beaux », « qu’elles sont amoureuses, et ces lèvres appétissantes », « charmante personne », « votre beauté », « elles sont les plus belles du monde »... En outre, Dom Juan utilise dans sa seconde réplique, c'est-à-dire celle où il décrit le physique de Charlotte, une construction syntaxique équivalente avec « ce que... » expression qui accentue les compliments, eux-mêmes intensifiés par des formules comme « les plus belles du monde » etc.

Dom Juan propose sans sourciller le mariage à Charlotte, lui proposant une condition sociale plus élevée, « une meilleur fortune », et utilisant le « Ciel » comme argument de valeur : « le Ciel, qui le connaît bien, m’a conduit ici ». On note que ses tirades sont très largement supérieurs en taille que celles de la jeune femme qui n’a pas le temps (ni l’esprit ?) pour se sortir du piège qui lui est dressé. Dom Juan vouvoie la paysanne, lui témoignant de se fait beaucoup de respect, et mettant son rang noble au même pied d’égalité que le sien.

Ainsi Dom Juan utilise tout les artifices au service de la séduction. Mais qu’en est-il de l’attitude de Charlotte ?

 

II. Charlotte : une paysanne naïve

 

Comme vu précédemment, on remarque que les tirades de Charlottes sont bien moins longues que celles du noble. On a l’impression qu’elle aime entendre ce genre de compliments de la part d’un homme de cette classe, si bien qu’elle ne cherche pas l’affrontement ou le retrait, mais plutôt, elle semble donner à Dom Juan des points à développer comme notamment « Monsieur, elles sont noires comme je ne sais quoi », réplique immédiatement reprise par le libertin avec « elles sont les plus belles du monde ».

Elle témoigne un profond respect pour Dom Juan, le vouvoyant constamment et l’appelant « Monsieur » à chacune de ses répliques. Lorsque le héros lui demande « vous n’êtes pas mariée, sans doute ? », elle répond avec une sorte de naïveté « mais je dois bientôt l’être avec Piarrot, le fils de la voisine Simonette ». Le « mais », articulateur logique d’opposition montre qu’elle résiste un minimum, se méfiant peut être du noble, tout en restant accessible.

Lorsque Dom Juan lui demande de se tourner etc., elle le fait sans rechigner, témoignant d’une servitude à l’égard du héros.

« ...les laver avec du son », le son étant le déchet de la mouture du blé, cette pratique paysanne n’est sans doute pas utilisé par le libertin, et sans doute Molière accentue t-il sur la naïveté de la femme. De plus, lorsqu’il lui parle de mariage et cherche à stopper celui engagé avec Piarrot, elle ne le coupe pas et le laisse exposer ses arguments. 

Paysanne, Charlotte est ainsi une femme faible, naïve, peu instruite et facilement malléable.

 

III. Le comique au service du moraliste

 

Le comique de situation de cette scène ce manifeste par la différence entre les deux personnages : Dom Juan, aristocrate libertin et cultivé et Charlotte, jeune paysanne naïve. Ce contraste de comportements et de tempéraments rend la scène amusante. De plus, il y a trois personnages mais seulement deux s’expriment, voire un puisque Dom Juan à très largement le monopole de la parole. Celui-ci invite Sganarelle à donner son avis mais avant même que celui-ci est eût ne serait-ce que le temps de répondre, Dom Juan part déjà sur une autre idée.

L’ironie à destination des spectateurs dans « le Ciel, qui le connaît bien, m’a conduit ici » amuse puisque l’on est au fait du mensonge et cette proximité entre le héros et le spectateur pour à sourire. Le comique de geste s’opère avec la scène où Dom Juan demande à Charlotte certaines positions pour pouvoir la complimenter, allant de faire d’elle une sorte de jouer ou d’animal auquel on demande de lever une patte pour une récompense. Le grand comique est néanmoins dû au fait que le héros s’est fait sauver de la noyade par Piarrot et pourtant il n’éprouve aucune gêne à chercher à épouser sa fiancée.

Toutes ces marques du comique peuvent être utilisées par Molière pour dénoncer ou pour parodier les rencontres amoureuses.

 

Ainsi Molière joue sur le contraste entre noblesse et paysannerie, nous montrant un Dom Juan toujours très sûr de lui et maîtrisant parfaitement la conversation, et une paysanne, Charlotte, naïve qui se laisse faire... Cette opposition de personnage et cette situation fait de cette scène une parodie voire une caricature des rencontres amoureuses.

D’autres ont joué sur les duos comiques avec des personnages au profil différent, notamment au cinéma avec Le grand blond avec une chaussure noire... En littérature, on note le couple de San-Antonio et Bérurier.

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:32



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du premier axe, Dom Juan, fidèle à lui-même, argumente en faveur de l’inconstance et contre les remontrances faîtes par son valet, Sganarelle.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend-il pour peindre la psychologie de son héros emblématique.

Nous verrons dans un premier temps l’éloge que Dom Juan fait de l’inconstance, avant de porter notre attention sur le portrait du héros.

 

I. Une argumentation paradoxale

 


1.1. Dom Juan se rit de la fidélité...

 

On remarque que dès les premières lignes jusqu’à la 52ème, Dom Juan reprend la théorie de la constance énoncée par Sganarelle pour mieux la contredire avec vigueur.

 

- Reprise de la thèse de Sganarelle : « Quoi ? Tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? » à Dépréciation de celle-ci : « La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! »

- « au premier objet qui nous prend » à réification : la femme est considérée comme un bien matériel.

- « un faux honneur d’être fidèle », contrairement à son valet, Dom Juan ne pense pas qu’être fidèle soit une valeur morale mais plutôt une idiotie.

- « qu’on renonce au monde pour lui » : le « monde » à les autres femmes, pour DJ, être fidèle revient à se priver de liberté.

- « de s’ensevelir » à « et d’être mort » : DJ clame qu’être fidèle revient à s’enterrer vivant.

- « Non, non » : double négation pour insister sur l’opposition entre la thèse de Sganarelle et celle du maître.

- « la constance n’est bonne que pour des ridicules » : Constance à idiotie

- « toutes les belles ont le droit de nous charmer » : Pour DJ, charmer est un droit naturel.

 

1.2. ...et clame les bienfaits de l’inconstance

 

Ensuite, on remarque un changement dans le discours du héros : « Pour moi » introduit une certaine forme de lyrisme.

- Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement [...] dont elle nous entraîne » : « douce violence » à Oxymore : Atténuation de l’argumentation qui vise à accepter l’idée de la faiblesse.

- « la beauté me ravit partout où je la trouve » : paradoxe à C’est DJ qui cherche les femmes, mais c’est elles qui sont coupable d’être trouvées.

- «  J’ai beau être engagé [...] où la nature nous oblige » : « engagé », « n’engage point », « oblige » : DJ se justifie en expliquant que l’homme est fait pour rendre hommage à la femme. Vocabulaire galant, DJ cherche à séduire dans son argumentation.

- «  Quoi qu’il en soit [...] ce que je vois d’aimable » : « quoi qu’il en soit » à DJ ne cherche pas à savoir quelle position est la bonne, il suit ses principes, « un beau visage me le demande » à DJ est attiré par la beauté comme nous pouvons le voir tout au long de la tirade, « je vois d’aimable » à pour DJ, toutes les femmes sont dignes d’aimer et d’être aimer.

- « tout le plaisir de l’amour est dans le changement » à idée force.

 

II. Un personnage emblématique

 

2.1. Un séducteur conquérant

 

- « On goûte une douceur extrême à réduire [...] nous avons envie de la faire venir » : « une douceur extrême à réduire », « à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait », à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous propose, vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir » à Dans ce portrait que DJ nous fait de sa perception de la séduction, il semblerait qu’il considère la femme comme un animal à dresser. Mais il utilise aussi des thermes guerriers comme « combattre », « vaincre », « réduire », « résistances », « oppose ». Ce mixe entre les champs lexicaux du combat et du dressage nous font penser à la corrida...

- « Mais lorsque l’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter [...] et présenter  à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. » : Lorsque DJ gagne la bataille, il cherche une nouvelle conquête. Il aime la résistance. à « Enfin il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne  [...] à borner les souhaits ».

 - « triompher », « résistance », « ambition », « conquérant », « victoire », suite du champ lexical de la bataille.

- Comparaison finale avec Alexandre le Grand dans « et comme Alexandre [...] pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses ».

 

2.2. Un orateur brillant

 

- Présence d’un présent de vérité général

- Séduction : vocabulaire galant dans « les tributs où la nature nous oblige ».

- Utilisation de « nous », « notre » etc. dans « nous nous endormons », « nous avons envie de la faire venir »... à il intègre donc d’autres personnes dans son argumentaire.

- Présence de phrases et expressions rhétoriques : « douce violence » à alléger l’argumentaire.

- Phrase interrogative en début de texte pour reprendre et contrer la thèse de Sganarelle.

Présence d’une importante ponctuation et de connecteurs logiques pour structurer sa tirade et faire passer au mieux ses idées.

- Présence de  phrases exclamatives et de thermes forts comme « ridicules », « mort dès sa jeunesse »... pour accentuer et donner du poids à ses propos.

 

Ainsi, par le biais de son héros emblématique, Molière nous propose un éloge paradoxal où la fidélité est critiquée au profit d’un éloge à l’inconstance. Pour se faire, l’auteur donne à DJ toutes les caractéristiques du conquérant et du brillant orateur.

Dans Lettre Portugaise, une religieuse cède aussi a un amant dans un couvent. Celle-ci peut se rapprocher de Done Elvire.

 

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:22



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du troisième axe, le « grand seigneur méchant homme » rencontre un ermite et lui propose un louis d’or si celui-ci consent à jurer. Peu choquante à notre époque, elle a cependant était largement censurée lors du vivant de son auteur.

Aussi pouvons-nous nous demander quel est l’intérêt de cette scène.

Nous verrons dans un premier temps la peinture faîte de la religion par l’auteur, avant de porter notre attention sur les caractéristiques du héros.

 

I. Sganarelle décrit son maître...

 

- « Je n’ai pas de grande peine à le comprendre, moi » Sganarelle rappelle sa situation de valet, affirmant le connaître, il s’agit d’un argument de valeur pour la suite.

- « le pèlerin », lexique dépréciatif

- « par précaution [...] je vois en lui le plus grand scélérat que la Terre ait jamais portée » : « par précaution » montre que pour parler, il prend des grands et on note avec « scélérat » et « plus grand » (hyperbole) marque le début d’un long champs lexical de la dépréciation qui se poursuit avec « un enragé [...] tout ce que nous croyons » : gradation à S. s’emporte, les virgules marquant le rythme plus soutenu.

- « un mariage ne [...] c’est un épouseur à toute main » : la gradation atteint son paroxysme avec cette constatation.

- présence d’ironie : « lui, son chat, son chien »

- Il semblerait qu’il est besoin de se confier

- « pour sa pulsion » DJ est animé par ses envies.

- « Dame [...] paysanne » : toutes les classes sociales sont représentées.

- « rien de trop chaud ni de trop froid pour lui » : métaphore avec la nourriture, il aime tout et mange de tout.

- « si je te disais le nom de toutes celles » : il a de nombreuses épouses.

- « grand seigneur méchant homme ».

 

II. ...et se présente par la même occasion

 

- Gradation : S s’emporte

- Ironie, cynisme

- Longue tirade ce qui montre son emportement

- Articulateurs logiques et ponctuation à argumente et articule sa pensée

- soumission : « je souhaiterais qu’il fut déjà je ne sais où » qui s’oppose à « je dirais hautement que tu aurais menti » : « me réduit d’applaudir »

- loyauté envers son maître bien qu’il soit contre lui : cl dépréciatif.

(Il manque pas mal de choses mais bon, sa fait une idée de plan...)

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:09



Né à Paris en 1622, Jean-Baptiste Poquelin, fils du tapissier du roi Jean Poquelin, devait hériter de la charge de son père. Mais il choisira une vie différente, se faisant comédien, fondant avec l’actrice Madeleine Béjart la troupe de l’Illustre Théâtre et prenant pour pseudonyme Molière.

 

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois.

 

Ce texte extrait la scène 1 de l’acte I est la première réplique de Sganarelle, valet de Dom Juan. Celui-ci fait l’éloge du tabac avant d’expliquer à Gusman, écuyer de Done Elvire, que son maître a peu de chance de revenir un jour à son épouse délaissée.

 

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend-il pour poser les fondations de la trame de sa pièce ?

 

Nous verrons dans un premier temps l’éloge du valet pour le tabac avant de porter notre attention sur la description que celui-ci fait de la trame.

 

I. Un éloge déroutant

 

Une réplique surprenante

 

- La pièce semble se débuter in mediares : le rideau s’ouvre sur une action déjà débutée.

- S’en suit le début de la réplique de Sganarelle ; celui-ci fait l’éloge du tabac en « tenant une tabatière ». La singularité se pose ici par le fait que le personnage encense un bien matériel superficiel sans grande qualité.

- Cet éloge se manifeste par des compliments tels que : « passion des honnêtes gens », « réjouit et purge les cerveaux humains », « qui vit dans tabac n’est pas digne de vivre », « introduit les âmes à la vertu », « apprend [...] à devenir honnête homme », « d’honneur », « de vertu »... Ainsi pour Sganarelle, le tabac est incontournable et a des propriétés qui rendent les consommateurs honnêtes et vertueux.

- « passion », « purge », « réjouit », « instruit », « digne », « vertu », « ravi », « souhait » conforte les louanges faites par le personnage.

- On note aussi « on court en donner au-devant du souhait des gens » ou encore « on est ravi d'en donner à droite et à gauche ». Ces expressions montrent l’allégresse que l’on éprouve avec le tabac.

- De plus, dans son réquisitoire, on sent que Sganarelle ne maîtrise pas son sujet ce qui le rend comique. Ainsi il nous parle d’Aristote dans « Aristote et toute sa philosophie » or il n’existait pas de tabac dans l’Antiquité. De plus, le language est simple, les termes redondants, et certaines expressions mal employées (« si bien donc » ne convient pas avec le reste de la phrase).

Ainsi l’éloge que Sganarelle fait pour un bien futile en début de pièce est surprenant.

 

Une tirade structurée

 

- Sganarelle, ou plutôt Molière, énonce dès le début du texte sa thèse : « il n’est rien d’égal au tabac ».

- Un paragraphe décomposable en deux (éloge / histoire)

- Les verbes sont en majorité au présent de vérité général (« il n’est rien d’égal », « il réjouit »...)

- Interrogation rhétorique : « Ne voyez-vous donc pas [...] partout où l’on se trouve ? »

- Présence d’expressions et de connecteurs logiques articulateurs de la pensée : « tant il est vrai que » induit une conclusion, « Quoi que » expression dévolutive des « théories » d’Aristote. « Non seulement » introduit l’idée d’une énumération d’exemples. « Mais encore » engendre un autre exemple. « et », conjonction de coordination au même titre que « mais », articule le texte.

- « Qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre » : utilisation simultanée d’une affirmation puis d’une négation pour donner plus d’impacte. Celui-ci se manifeste par le double emploi de  « vivre » qui donne une sonorité et un rythme à la phrase.

- « Mais c’est assez de cette manière. Reprenons notre discours. » Sganarelle met fin à son monologue pour introduire le discours qui situera le lecteur dans l’espace et dans la trame de l’histoire.

Ce texte est structuré ; il s’agit donc d’un réquisitoire en faveur du tabac.

 

Ainsi nous avons pu voir l’aspect déroutant de ce début qui, même s’il est très surprenant, n’en est pourtant pas moins structuré. Mais qu’en est-il du reste de la réplique ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.  

 

II. Les bases de l’histoire

 

Description de la trame

 

- Le fait que l’action soit déjà commencée est prouvé par l’utilisation de « si bien donc ».

- On apprend qu’une certaine Done Elvire, aimante du maître de Sganarelle (Dom Juan), est partie rechercher son amant parti. Celui-ci semble vouloir s’écarter d’elle par manque d’amour (« J’ai peur qu’elle ne soit mal payée de son amour [...] son voyage en cette ville produise peu de fruit ...»).

- On note l’utilisation par Molière d’une interrogation sans attente de réponse : « Veux-tu qu’entre nous je te dise ma pensée ? » Celui-ci utilise ce procédé pour pouvoir continuer de poser les bases de l’histoire tout en conservant l’intérêt du lecteur.

- « J’ai peur que [...] autant gagné à ne bouger de là » On note une légère gradation. Sganarelle commence en effet par dire qu’il serait peu probable que Dom Juan revienne vers Done Elvire puis, à l’aide de « et que », il semble plus catégorique en montrant que son voyage est inutile.

 

 

Description des personnages

 

- Done Elvire : Aimante de Dom Juan, elle est partie à la recherche de son époux qui l’a délaissé (« s’est mise en campagne après nous », « mon maître a su toucher trop fortement », « j’ai peur qu’elle ne soit mal payé de son amour).

- Don Juan : Maître de Sganarelle (« mon maître a su toucher »), c’est un homme volage qui semble séduire avant de délaisser (« mon maître a su toucher trop fortement », « j’ai peur qu’elle ne soit mal payé de son amour »)

- Gusman : Dans le texte, on apprend qu’il est le subordonné de Done Elvire (« Cher Gusman, que Done Elvire, ta maîtresse ») et le messager de sa venue.

- Sganarelle est quand à lui le subordonné de Don Juan. Vif dans le rythme qu’il donne à ses phrases, il semble être loyal envers son maître tout en condamnant son comportement (« Veux-tu qu’entre nous je te dise ma pensée ? »)

 

Ainsi, Molière débute sa pièce par un éloge surprenant mais structuré au tabac avant de décrire les bases de la trame. On peut alors s’imaginer que l’auteur a cherché à surprendre le lecteur pour l’inciter dès le début à se prendre à l’histoire. Mais on peut aussi penser que Molière s’oppose à l’interdiction du tabac par l’Eglise au XVII° voulant peut-être avoir Colbert (qui prône le monopole d’Etat) pour protecteur.

De nombreuses pièces débutent in mediares comme notamment Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux (1730)

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