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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 21:36


Quelle place occupe le rire et l’ironie dans les textes des Lumières ? En quoi sont-ils une arme contre la superstition, les persécutions et l’ignorance ?

 

Forme d’expression par laquelle on se moque de quelqu’un, de quelque chose, d’une idée, l’ironie consiste essentiellement en un décalage humoristique entre ce qui est dit et ce que l’on cherche à faire comprendre. Notamment utilisé par Voltaire dans Candide, le Portatif, De l’esclavage des Nègres etc. et par Montesquieu avec Lettres Persanes, elle fut l’arme privilégiée des philosophes du XVIII° siècle.

Aussi pouvons-nous nous demander quel fut le rôle de l’ironie dans les textes des Lumières et en quoi est-il avantageux de l’utiliser dans les critiques.

Nous analyserons dans premier temps la place de l’ironie dans les textes philosophiques du XVIII° siècle, avant de porter notre attention sur les avantages de cette arme.

 

L’ironie se traduit par plusieurs procédés rhétoriques. Dans ce sens, on note l’antiphrase qui consiste à dire le contraire de ce que l’on veut faire comprendre. La litote, une forme d’atténuation, peut elle aussi être utilisé ironiquement. La prétérition qui consiste à dire ce que l’on ne veut pas dire, l’hyperbole et l’ajout de commentaires décalés, sont aussi utilisés.

Dans une argumentation, l’ironie consiste à donner la parole à son adversaire pour montrer avec humour, les lacunes de son raisonnement. Dans une énonciation, l’auteur met délibérément une distance entre lui et son énoncé. L’ironie fut souvent utilisée par les philosophes les plus révoltés du XVIII° siècle. Voltaire par exemple, qui fut connu pour ses exiles répétées, est l’auteur de Candide, Traité sur la tolérance, Zadig, Micromégas, Lettres philosophiques et bien d’autres. A ses débuts, il utilisait énormément cette arme qui relève dans le Portatif de l’ironie dite « progressive ». Elle consiste à leurrer le lecteur avant de le désabuser. Beaumarchais quand à lui, utilisa cette forme de critique pour le monologue du Mariage de Figaro tandis que Montesquieu dans Lettres persanes avance ses critiques par le biais des railleries de Rica, un héros vif, joyeux et perspicace. L’ironie étant une forme polémique réprimée au XVIII°siècle, seuls certains auteurs se sont risqués à l’employer. On la retrouve cependant dans de nombreux pamphlets.

Ainsi nous avons vu la place de l’ironie chez quelques philosophes des Lumières, mais quel est l’intérêt de cette forme littéraire ? C’est ce que nous verrons dans un second temps.

 

Dans une argumentation, l’ironie est une arme très efficace car elle place les rieurs de son côté. De plus, par l’utilisation de ce persiflage, l’auteur habitue le lecteur à se méfier des apparences, lui apprenant le scepticisme tout en luttant contre les préjugés. Ainsi, l’ironie est une forme philosophique et pédagogique. Les superstitions sont ainsi condamnés (Exemple : Candide de voltaire avec la scène de l’autodafé). Il s’agit pour le lecteur de se demander en quoi les superstitions ont-elles des bases tangibles. Les persécutions sont quand à elles dénoncées par Voltaire avec Traité sur la tolérance (1763) où l’auteur utilise une nouvelle fois l’ironie pour mettre en évidence les superstitions, et l’intolérance religieuse. Il s’agit là d’interroger le lecteur sur la légitimité de l’intolérance. De plus, De l’horrible danger de la lecture (1765) dénonce de manière railleuse l’ignorance. De plus, on remarque que l’ironie se ressent dès le titre avec une hyperbole (due à l’utilisation du terme « horrible »).

 

Ainsi, l’ironie a une place prédominante dans les textes des Lumières. Notamment utilisée contre l’ignorance, les superstitions et les persécutions, elle joue un véritable rôle pédagogique en ralliant les lecteurs grâce au rire, et en les habituant à se méfier des apparences.Bien plus tard, l’ironie sera utilisée par G. Orwell pour dénoncer le totalitarisme stalinien.

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