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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:32



Après des années de difficultés, Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi, qui lui accorde une pension. Le prestige de l’acteur croît en entraînant son lot de jalousie, et de pressions, notamment de la part des ultracatholiques qui voient d’un mauvais œil la relation entre le monarque et le comédien.

En 1664, sa pièce Tartuffe est censurée. Pour nourrir sa troupe, il écrit en l’espace de deux mois Dom Juan (1665) qui, malgré le succès qu’il rencontra, ne fut joué que 15 fois à cause notamment de son  « impiété ». Reprise sur scène au XIXème siècle, elle est aujourd’hui reconnue comme un chef d’œuvre du théâtre français.

Reprenant le thème du Dom Juan de Tirso de Molina dans El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra (1625), cette pièce de théâtre est l’histoire d’un noble sicilien et libertin à l’excès qui, tout au long de la comédie, reçoit différents signes du mécontentement divin avant que celui-ci le happe dans les flammes de l’enfer. Dans ce texte extrait de la seconde scène du premier axe, Dom Juan, fidèle à lui-même, argumente en faveur de l’inconstance et contre les remontrances faîtes par son valet, Sganarelle.

Aussi pouvons-nous nous demander comment Molière s’y prend-il pour peindre la psychologie de son héros emblématique.

Nous verrons dans un premier temps l’éloge que Dom Juan fait de l’inconstance, avant de porter notre attention sur le portrait du héros.

 

I. Une argumentation paradoxale

 


1.1. Dom Juan se rit de la fidélité...

 

On remarque que dès les premières lignes jusqu’à la 52ème, Dom Juan reprend la théorie de la constance énoncée par Sganarelle pour mieux la contredire avec vigueur.

 

- Reprise de la thèse de Sganarelle : « Quoi ? Tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? » à Dépréciation de celle-ci : « La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! »

- « au premier objet qui nous prend » à réification : la femme est considérée comme un bien matériel.

- « un faux honneur d’être fidèle », contrairement à son valet, Dom Juan ne pense pas qu’être fidèle soit une valeur morale mais plutôt une idiotie.

- « qu’on renonce au monde pour lui » : le « monde » à les autres femmes, pour DJ, être fidèle revient à se priver de liberté.

- « de s’ensevelir » à « et d’être mort » : DJ clame qu’être fidèle revient à s’enterrer vivant.

- « Non, non » : double négation pour insister sur l’opposition entre la thèse de Sganarelle et celle du maître.

- « la constance n’est bonne que pour des ridicules » : Constance à idiotie

- « toutes les belles ont le droit de nous charmer » : Pour DJ, charmer est un droit naturel.

 

1.2. ...et clame les bienfaits de l’inconstance

 

Ensuite, on remarque un changement dans le discours du héros : « Pour moi » introduit une certaine forme de lyrisme.

- Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement [...] dont elle nous entraîne » : « douce violence » à Oxymore : Atténuation de l’argumentation qui vise à accepter l’idée de la faiblesse.

- « la beauté me ravit partout où je la trouve » : paradoxe à C’est DJ qui cherche les femmes, mais c’est elles qui sont coupable d’être trouvées.

- «  J’ai beau être engagé [...] où la nature nous oblige » : « engagé », « n’engage point », « oblige » : DJ se justifie en expliquant que l’homme est fait pour rendre hommage à la femme. Vocabulaire galant, DJ cherche à séduire dans son argumentation.

- «  Quoi qu’il en soit [...] ce que je vois d’aimable » : « quoi qu’il en soit » à DJ ne cherche pas à savoir quelle position est la bonne, il suit ses principes, « un beau visage me le demande » à DJ est attiré par la beauté comme nous pouvons le voir tout au long de la tirade, « je vois d’aimable » à pour DJ, toutes les femmes sont dignes d’aimer et d’être aimer.

- « tout le plaisir de l’amour est dans le changement » à idée force.

 

II. Un personnage emblématique

 

2.1. Un séducteur conquérant

 

- « On goûte une douceur extrême à réduire [...] nous avons envie de la faire venir » : « une douceur extrême à réduire », « à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait », à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous propose, vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir » à Dans ce portrait que DJ nous fait de sa perception de la séduction, il semblerait qu’il considère la femme comme un animal à dresser. Mais il utilise aussi des thermes guerriers comme « combattre », « vaincre », « réduire », « résistances », « oppose ». Ce mixe entre les champs lexicaux du combat et du dressage nous font penser à la corrida...

- « Mais lorsque l’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter [...] et présenter  à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. » : Lorsque DJ gagne la bataille, il cherche une nouvelle conquête. Il aime la résistance. à « Enfin il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne  [...] à borner les souhaits ».

 - « triompher », « résistance », « ambition », « conquérant », « victoire », suite du champ lexical de la bataille.

- Comparaison finale avec Alexandre le Grand dans « et comme Alexandre [...] pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses ».

 

2.2. Un orateur brillant

 

- Présence d’un présent de vérité général

- Séduction : vocabulaire galant dans « les tributs où la nature nous oblige ».

- Utilisation de « nous », « notre » etc. dans « nous nous endormons », « nous avons envie de la faire venir »... à il intègre donc d’autres personnes dans son argumentaire.

- Présence de phrases et expressions rhétoriques : « douce violence » à alléger l’argumentaire.

- Phrase interrogative en début de texte pour reprendre et contrer la thèse de Sganarelle.

Présence d’une importante ponctuation et de connecteurs logiques pour structurer sa tirade et faire passer au mieux ses idées.

- Présence de  phrases exclamatives et de thermes forts comme « ridicules », « mort dès sa jeunesse »... pour accentuer et donner du poids à ses propos.

 

Ainsi, par le biais de son héros emblématique, Molière nous propose un éloge paradoxal où la fidélité est critiquée au profit d’un éloge à l’inconstance. Pour se faire, l’auteur donne à DJ toutes les caractéristiques du conquérant et du brillant orateur.

Dans Lettre Portugaise, une religieuse cède aussi a un amant dans un couvent. Celle-ci peut se rapprocher de Done Elvire.

 

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